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mardi 3 septembre 2019

JOURNAL DE MON JARDIN





Titre original : "Illustrated Garden Book"
Auteure : VICTORIA SACKVILLE-WEST
Traduction : Patrick REUMAUX
Illustrations : Arthur Harry CHURCH et Xavier CARTERET
Editions : Klincksieck  - 2018 -380 pages.

Amies jardinières, amis jardiniers, mais aussi simples lecteurs, posez tout de suite bêches ou plantoirs, pour vous procurer au plus vite cet ouvrage, qui vous permettra de jouir à la fois, du plaisir de tenir entre vos mains ce joli livre illustré de charmantes aquarelles et de belles planches botaniques et de traverser l'année en compagnie d'une illustre jardinière, prodigue en conseils techniques, aussi pointus que poétiques, quand ils ne sont pas d'un renversant bon sens ou pétris d'un sens de l'économie, que l'on ne s'attend pas à trouver chez une aussi aristocratique personne.




Car notre guide ici n'est autre que Lady Victoria Sackville-West, créatrice à partir de 1930,  avec  Harold Nicolson, son tout aussi sélect époux, du magnifique jardin de Sissinghurst, dans le Kent. Un des plus beaux jardin d'Angleterre - c'est dire !- et l'un des plus visités au monde.


Source : eurotunnel.com


L'année va donc se dérouler, mois après mois en sa compagnie. En mettant nos pas dans les siens,  nous allons parcourir son domaine, découvrir sous sa houlette la fleur, l'arbuste, l'arbre, qui se montre particulièrement remarquable à ce moment de l'année, apprendre grâce à elle, le "truc" qui change tout et qui nous donnera tous les atouts pour une franche réussite. 
Plantation, entretien, taille, usage en bouquets ou en cuisine, tout est abordé ici, non pas d'un ton docte, bien que sa science soit profonde, mais à la manière d'une amie, qui  partage avec vous son savoir lors d'une simple conversation, avec une liberté de ton pleine de vie et de charme. 
On saute souvent du coq à l'âne, mais n'est-ce pas un des plaisirs des échanges amicaux ?


Rosier Alain Blanchard. Source : les-racine-du-vent-.fr


Prenons le mois de juillet par exemple. Au programme : 

"Faites pousser vous-même vos plantes - Alstroemeria - Plus de choses sur les magnolias - Quelques-unes de mes roses favorites - Eremurus - Daphnés - L'importance de l'échelle - Cruauté du jardinage - Le jardin blanc de Sissinghurst - L'Acanthus - Ôter les fleurs mortes - La campanule - Un bel arbrisseau - Rose des Gitans - Phlox - Encore des roses."

Et tout est ainsi, mois après mois.

Mais être jardinier - un vrai ! - ne consiste pas seulement à savoir faire pousser des plantes. Il faut être également peintre ou poète  et Victoria Sackville-West, l'est sans conteste à sa manière, aussi sensible que pragmatique.

Ainsi du Prunus sargenti :

" ... un très joli arbre aux fleurs roses au printemps, mais plus beau encore en automne quand les fleurs deviennent rouges, surtout si vous l'avez planté de façon que le soleil du matin et les rayons du couchant illuminent les feuilles et les rendent transparentes. Il me semble que c'est là un point très important que tous les jardiniers sensibles aux coloris d'automne devraient observer : la transparence."

Ou bien du Rosa filipes :

"Si vous voulez un vigoureux rosier grimpant, qui se développe de façon incroyable en une saison, essayez d'obtenir Rosa Filipes, idéal pour grimper dans un vieil arbre qu'il drapera rapidement de longues guirlandes pendantes vert pâle, ornées de bouquets de petites fleurs blanches à centre jaune. Cela fait l'effet d'une dentelle aux myriades de petits yeux d'or fixés sur vous à travers les mailles. Cela a l'air d'être une description fantaisiste du genre que je déteste chez les autres écrivains traitant des questions d'horticulture, mais il y a des moments où l'on est obligé de toucher le fond, si l'on tente de partager ses impressions par un soir d'été parfait où tout retient son souffle. On s'assoit, on regarde, on essaie de s'emplir de tout ce que l'on voit en même temps, que l'on écoute les bruits d'une nuit d'été - les jeunes effraies ahanant dans leur nid au-dessus de l'étable, l'âne qui braie, le plop d'un gland qui tombe dans l'étang."



Le jardin blanc de Sissinghurst. Source : natuionaltrust.org.uk


Peut-être pensez-vous que ce livre n'est pas pour vous, soit parce que vous n'avez pas la chance de profiter de quelques mètres carrés de terre, soit que plus simplement vous n'appréciez pas de mettre vos mains dans la terre.
Ce serait pourtant une erreur. Car c'est l'occasion de mieux connaître cette femme, dont on ne retient encore trop souvent, qu'elle fût l'amie-amante de Virginia Woolf,  qui la peignit,  dans un long parcours à travers les siècles, sous les traits  de l'ambivalent "Orlando".

Or ce que nous découvrons, c'est l'image même d'une femme  libre et forte, pleine d'énergie, de confiance en elle, une femme riche d'un savoir, et d'un art, que tous les professionnels sont loin d'avoir toujours, une femme qui ne s'embarrasse pas  de "chichis", mais va droit au but, tout en étant capable par ailleurs, d'écrire un long et sensible poème de plusieurs pages pour conclure chaque saison de cet ouvrage.

Un double plaisir en vérité !

Un conseil pour terminer : munissez-vous d'une tablette pour pouvoir page après page, admirez les nombreuses plantes et fleurs qui sont évoquées ici. Vous ne le regrettrez pas !

mercredi 25 octobre 2017

QU'ARRIVE-T-IL AUX OISEAUX ?

Depuis des années, nous nourrissons les oiseaux durant la mauvaise saison.
Au premier froid, nous sortons nos mangeoires, accrochons les boules de graisse et attendons.
En général deux ou trois jours plus tard, une première mésange arrive, suivie bientôt d'une deuxième... Les charbonnières, les bleues, les noires, les nonnettes, cela ne s'arrête plus d'autant , que le rouge-gorge, la sittelle, les chardonnerets, les tarins des aulnes, les pinsons des arbres, les gros-becs les suivent plus ou moins fidèlement.




L'hiver dernier déjà, nous avions été surpris. Très peu de visites. Quelques mésanges, le rouge-gorge et la sittelle, ce fut à peu près tout.

Cet été a été "normal". Plus de mangeoires bien sûr et plus d'oiseaux à demeure.

A la mi-septembre nous avons commencé à nous étonner.
Les merles, nombreux, nous ont rendu visite. Plus précisément, ils sont venus chaque matin et chaque soir gentiment défoncer notre jardin à la recherche de vers et d'insectes, qu'ils ne trouvaient pas ailleurs.




Quelques jours plus tard, nouvelle surprise, deux chardonnerets sont apparus. 
Ce sont les cosmos, brusquement agités, qui ont attiré notre regard. Nous avons vite compris que les oiseaux venaient picorer les graines au coeur des fleurs fanées. 
Cela nous a d'autant plus étonnés, que les chardonnerets viennent surtout à partir du mois de janvier.

Enfin, la semaine dernière, nouvel étonnement, vers seize heures, grands battements d'ailes autour du mât sur lequel nous accrochons les mangeoires : plusieurs mésanges qui picoraient comme elles pouvaient la tige métallique, à la recherche de tout ce qui avait pu y adhérer.
Même jeu les jours suivants.
Très surpris, nous nous sommes décidés à déposer dans une assiette des graines de tournesol sur lesquelles elles se sont précipitées. Nous avons ajouté quatre boules de graisse.

Depuis cela ne s'arrête pas. A toute heure du jour les mésanges sont là, contrairement à l'hiver où elles ne viennent que le matin de bonne heure, autour de midi et avant la tombée de la nuit. Ce soir, la sittelle et le rouge-gorge sont venus également.

Nous en avons déduit qu'ils avaient faim, très faim.




Nous avons pensé tout d'abord que la sécheresse, qui sévit ici, pouvait y être pour quelque chose.

C'est juste à ce moment que j'ai pris connaissance du résultat d'une étude, conduite en Allemagne depuis 1989 et qui conclut à :

 "un déclin dramatique des insectes volants de 76% en moyenne et jusqu'à 82% au milieu de l'été, dans les aires protégées allemandes, en seulement 27 ans..."*

L'intensification des pratiques agricoles, avec l'emploi notamment de pesticides et d'engrais de synthèse en serait la cause.
Sans pouvoir l'affirmer, les auteurs pensent "qu'il y a une bonne chance", si l'on peut dire, que la situation soit la même en France puisque les pratiques agricoles y sont de même nature.

Je me suis souvenue alors que cet été je n'avais pratiquement pas vu de "gendarmes", qui pullulaient ici jusqu'alors.

Source : Wikipedia

Les papillons, de leur côté, avaient été très peu nombreux.

Depuis je regarde mes oiseaux avec tristesse, me demandant si je ne suis pas entrain d'assister à quelque chose qui ressemble "à une catastrophe écologique imminente"*.

Pas drôle.


Cf "Le Monde" 20/10/2017, page 6.  "Le déclin des insectes atteindrait 80% en trente ans"Stéphane Foucart.

samedi 9 septembre 2017

UN BESTIAIRE FANTASTIQUE


Les routes du Cantal réservent de bien belles surprises.
Le château de La Trémolière, dans le village d'Anglards-de-Salers est l'une des plus agréables d'entre-elles.

Imaginez une gentilhommière typique de la fin du règne de Louis XIV : murs en basalte, tourelle et mâchicoulis, construite et remaniée entre la fin du XVe siècle et celle du XVIIe.

On s'attend à voir passer une fée...

Source : RégionFrance.com
L'idée, n'est pas totalement vaine.

En 1860, la commune souhaitant y établir un presbytère, achète le château à la famille de Montclar.
Quelques temps plus tard, le curé prend possession de son nouveau domaine et découvre dans le grenier un trésor : douze  tapisseries tissées en laine et en soie, sur des métiers de basse lisse, dans les ateliers d'Aubusson, probablement à l'occasion du mariage, le 8 octobre 1586, de Rénée de Chalus d'Orcival et de Guy de Monclar.

Dix d'entre elles ont pu être restaurées et constituent l'une des plus belles séries aujourd'hui conservées de "Verdures à animaux", caractéristiques de la production d'Aubusson.

Ce sont elles que nous pouvons aujourd'hui admirer dans les salles du château.


Dans un paysage luxuriant composé d'arbres, de plantes et d'herbes, dont les superbes "feuilles de choux", qui sont le leitmotiv de l'ensemble, s'ébattent animaux réels et fantastiques, au regard parfois si étrangement humain, tandis que maisons, châteaux, églises, d'inspiration flamande, limitent les lointains.


Source : point.contrepoint.com

Ici se mêlent licornes, dragons, griffons, hydre à trois têtes, girafes, singes, ours, panthères, renards, chevaux, chiens, lapins, écureuils,  mais aussi paons, dindons, canards, cygnes, anguilles, papillons.... certains s'ignorant, d'autres s'entre-dévorant.


Source : aubusson-tapisseries.fr

Tout baigne dans les magnifiques tons bleu-vert, produits notamment par la Guède (bleu) et la Gaude (jaune), qui confèrent à l'ensemble un mystère et une fraîcheur sans pareil.

Je suis sortie de cette visite éblouie, pour découvrir une autre merveille : le jardin contemporain d'inspiration médiévale, réalisé par Eric Ossart et Arnaud Maurières, qui porte le nom de "Verger de Déduit", en référence au "Paradis d'amour" décrit par Guillaume de Lorris en 1230, dans son "Roman de la Rose".




Comme nous, le narrateur traverse divers enclos, pour aboutir à une fontaine, dans laquelle il aperçoit le reflet d'une rose...


Pour terminer, il faut ajouter que l'accueil est particulièrement aimable et que la jardinière n'hésite pas à vous donner des boutures si vous avez la main verte...

Que demander de plus ?

Château de la Trémolière
15380 Anglards-de-Salers
04 71 40 05 72 ou 04 71 40 00 02,  pour connaître les horaires d'ouverture suivant les saisons.