Auteure : Cécile OUMHANI
Editions : Elyzad -2012- 160 p
Juste quelques traces.
C'est tout ce qu'il reste de l'oeuvre d'Henry STRESOR et de celle de sa fille Anne-Renée, pourtant l'une des très rares femmes admises à l'Académie Royale de peinture et de sculpture, dans cette seconde partie du XVIIème siècle.
Peu d'images, quelques textes, souvent difficilement lisibles, et c'est tout.
C'est pourtant à partir de ces petits riens, que Cécile OUMHANI, a écrit ce beau roman.
Deux parties, l'une pour évoquer le père, l'autre pour rappeler la fille, tous deux liés, au-delà de leur amour réciproque et de leur passion pour la peinture, par une culpabilité tue et pourtant partagée.
S'il était revenu comme il l'avait dit en juin à Magdebourg, si elle avait fait preuve de plus de sollicitude...
Car leur parcours est différent et semblable, marqué par l'exil, subi et choisi : la guerre de Trente ans pour le père, la disparition de toute sa famille, son choix de rejoindre Paris et l'atelier des frères Le Nain, son installation chez le jovial Louis Buart maître-peintre et chanteur, son succès et son bonheur, sensés compenser la perte d'une famille victime de la peste, d'un pays ravagé, d'une langue et d'une religion considérée hérétique.
Une vie chaleureuse pour la fille, la joie d'être élue par son père qui lui enseigne son art mais lui tait tout son histoire, un succès exceptionnel qui comble ses parents mais l'éloigne de ses amis, les joies de la vanité et de l'amour, le rejet aussi par crainte d'une mésalliance, pour finir l'enfermement volontaire dans un couvent et le besoin de s'y consumer.
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| Louis Le Nain -"La visite chez la grand-mère" |
Pour parler de ces êtres, sensibles et tourmentés Cécile OUMHANI a choisi un beau parti : un plan simple, une succession de tableaux - chaque scène en est un au sens pictural du terme, un beau style, classique, riche de mots anciens qui parfois interrogent mais charment toujours.
Tout a été ressenti ici et ce qui est écrit a d'abord été vu, senti, touché entendu, goûté :
"Les ruines, les gibets, les cadavres et la mort, il les a laissés là-bas sur une autre rive. Les sinistres bouffées d'avant, il les a éloignées en respirant à pleins poumons l'odeur des pigments de l'atelier. La griffe osseuse de la vieille voisine et son récit funèbre, il les a repoussés dans son sommeil, en noyant sa tête dans la chevelure de Catherine endormie. Le silence mortel des rues de sa ville s'est fondu dans une épaisse nuit, éclipsé par le souffle de Catherine à son oreille, la chaleur de son ventre contre le sien."
Pour finir un bel objet : couverture attrayante, papier épais, mise en page claire, belle typographie...
Vraiment que demander de plus ?
Vraiment que demander de plus ?

