Titre original : "En digters basar"
Auteur : Hans Christian ANDERSEN
Traducteur : Michel FORGET
Editions : Corti - Domaine romantique - 2013 / 435 pages
Le 31 octobre 1840, Hans-Christian Andersen s'embarque à Copenhague pour un très long périple à travers l'Europe et "l'Orient".
S'il n'est pas encore l'auteur des "Contes et Histoires" qui le rendront universellement célèbre, c'est un jeune écrivain de trente-cinq ans à la réputation déjà flatteuse, poussé par un irrésistible besoin de changer d'air, comme chaque fois qu'il se sent malheureux, une double blessure d'amour et d'amour-propre cette fois.
Pas moins de neuf mois lui seront nécessaires pour traverser l'Allemagne et l'Italie, déjà visitées quelques années plus tôt, la Grèce, nouvellement libérée du joug Ottoman, qu'il découvre avec émerveillement, une partie de l'actuelle Turquie , dont bien sûr Constantinople, avant d'entreprendre un périlleux voyage de retour, en bateau, sur la mer Noire et le Danube.
| Source : Bibliothèque Sainte-Geneviève. Paris |
Comme d'habitude, ce n'est qu'une fois au port, fin juillet 1841, qu'il rédigera le récit de son voyage ou plutôt qu'il donnera forme en une succession de courts chapitres, aux souvenirs qui l'ont le plus marqué.
Un bazar, oui, un joyeux mélange de tableaux croqués sur le vif, et bien qu'il regrette amèrement de ne pas l'être - "Que ne suis-je peintre ?"-, Andersen nous offre des croquis merveilleux, de relations de rencontres prestigieuses - Liszt, les souverains de Grèce - ou non, traitées avec la même acuité, quelques très courtes nouvelles ou contes.
Et toujours beaucoup d'enthousiasme : pour la nature et ses beautés douces ou cruelles, les Apennins, les cascades de Tivoli, le Stromboli, les Cyclades, le Bosphore, la mer Noire, le Danube... pour toutes ces villes traversées, Augsbourg, Nuremberg, Munich, Rome, Naples, Athènes, Smyrne, Constantinople, Pest, Buda, Vienne... pour ces monuments imaginés et aujourd'hui découverts, le Colisée, l'Acropole... pour toutes les nouvelles techniques aussi, le chemin de fer, le bateau à vapeur, le daguerréotype... qui rendent ce siècle si intéressant.
Par- dessus tout un regard curieux et bienveillant - à quelques exceptions près ! - portés sur les autres : leurs costumes, leurs coutumes, leurs fêtes, leurs rites aussi étonnants soient-ils pour ce luthérien, habitant de l'exotique Danemark, qui ne s'offusque pas d'être pris par tous pour... un américain.
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| Constantinople. Source : site ARTE |
Si la nostalgie pointe, c'est juste pour un très court moment : le voyage est éreintant, les quarantaines assommantes - la peste rode encore en ce temps - il faut toujours quitter les amis à peine ceux-ci rencontrés, celle qu'on croit aimer se marie bien loin d'ici en cet instant, la mort peut nous saisir brusquement comme elle vient de le faire pour la très jeune, très belle et très talentueuse Malibran.
Car bien sûr en parlant des autres Andersen parle également de lui-même : sa vanité transparaît parfois - nul n'est parfait- mais c'est surtout son attention aux autres, humains ou animaux, que l'on retient, comme son regard aiguisé et son imagination rapide qui savent métamorphoser en un instant une cruche d'argile et une enfant :
"Je ne crois pas que j'aurais été bien surpris si le petit cheval d'argile, avec son oiseau derrière l'oreille, avait soudain pris vie, s'il avait grossi et s'était transformé en grand cheval capable de nous porter, la petite Zuleika et moi, et de nous enlever dans les airs, au-dessus de la mer de Marmara, et pas davantage si, à peine au sol parmi la myrte, la petite s'était transformée en grande jeune-fille, aussi ravissante qu'au temps de son enfance et aussi ardente que le soleil qui avait déposé ses rayons dans ses yeux noirs."
Un très beau voyage, donc, en très bonne compagnie, que je vous recommande vivement !
Merci à Nicole pour ce cadeau et merci, en tout premier lieu, à celui sans qui ce voyage nous serait probablement resté totalement étranger.

