jeudi 18 janvier 2018

LE DERNIER ERMITE








Titre original : "The stranger in the woods"
Auteur : Michael FINKEL
Traducteur : Johan-Frederik Hel Guegj
Editions : JC Lattès. 2017. 272 pages


De 1987 à 2014, soit durant 27 ans, le camp d'été pour enfants souffrant de handicaps de Pine Tree et les trois-cents bungalows  qui s'échelonnent le long des vingt-trois kilomètres qui délimitent  l'Etang du Nord et le Petit Etang du Nord,  non loin du village d'Albion dans le Maine, furent la cible de multiples vols aux caractéristiques similaires : des vols "propres", pas du vandalisme,  des objets ciblés : vivres surtout sous emballage, matériel de camping, vêtements pour homme, piles, livres et revues, très peu d'argent...
Le voleur était si prévisible que bientôt chacun sut qu'il était "un bec sucré",  préférait un certain type de bière à un autre et les slips aux caleçons.
On invoquât d'abord une bande d'adolescents, puis petit à petit, le Maine ayant toujours été "une terre d'excentricité", se construisit la légende de l'ermite.


North Pond et Little North Pond 
Source :daysrealstate.com


Mais tout lasse.
En 2004 , la plupart des bungalows ayant été visités,  aucune trace ne permettant de suivre une quelconque piste, les battues au milieu des bois et des amas de rochers qui forment l'environnement des étangs étant restées infructueuses, une caméra à détecteur de mouvement  fut installée par l'un des propriétaires. Elle  permit enfin d'apercevoir le responsable de tous ces troubles : un homme vêtu proprement "ni émacié, ni barbu", pas particulièrement "agile ou robuste" : rien d'un homme des bois, non, un  "Monsieur Ordinaire", dont, malheureusement le visage restait flou.
Ce n'est que dix ans plus tard, qu'un un garde-chasse amateur de technologie de pointe réussit à le piéger :

Christopher KNIGHT, 49 ans, cinquième enfant d'une famille de"gens de la campagne" du tout proche village d'Albion, brusquement disparu à l'âge de 22 ans, sans que rien ne puisse l'expliquer. Juste un garçon silencieux et timide, "mais pas du tout bizarre".

Cette découverte entraîna un énorme tapage médiatique dans tous le pays.

Seul, Michael FINKEL, journaliste dans le Montana, réussit à entrer en contact avec lui, en lui adressant une lettre respectueuse, dans laquelle il évoquait son goût pour la nature et la littérature. Une semaine plus tard, il recevait une courte réponse rédigée au dos d'une photo d'un vieil homme, qui avait toujours vécu dans la brousse. Une correspondance espacée suivit ainsi que quelques rencontres durant l'incarcération de KNIGHT, puis après sa sortie de prison.


Le camp de Christopher KNIGHT

Source : mainepublic.org


C'est à partir de ce matériau, enrichi par la visite de l'extraordinaire "camp" que Christopher KNIGHT avait établi peu à peu, que Michael FINKEL a écrit cet ouvrage.
 Il y dresse  le portrait (est-ce d'ailleurs possible ?) de cet homme, qui a choisi de vivre  la vie dont il avait besoin : rêver, "penser à tout ce qui [lui ]passait par la tête", "observer la nature", lire, écouter parfois la radio, survivre aussi, tache épuisante dans cet environnement, être seul (27 ans), en affirmant cependant ne jamais l'avoir été. Vivre.
Son seul regret, ou plutôt sa honte : avoir volé, seule façon pour lui de pouvoir échapper "au contact des autres", qui "le soumettait à un état de tension permanent".

J'ai beaucoup aimé ce livre, histoire d'une rencontre, aussi courte fut-elle, entre deux hommes, capables de pleurer ensemble.

J'aimerais apprendre un jour que Christopher KNIGHT  a pris à nouveau une route, que tout le monde ignore et que surtout que personne ne souhaite connaître.

jeudi 11 janvier 2018

POUR TANIA


Deux clichés, pour Tania, qui nous a si bien parlé de Marguerite Yourcenar récemment et pour Christian également qui avait fait de même un peu avant.




Le bois et la rivière , près desquels est déposée l'urne contenat les cendres de Marguerite Yourcenar, sous cette simple petite dalle.





Je n'ai jamais rien vu d'aussi apaisant.

lundi 8 janvier 2018

UN CLAFOUTIS AUX TOMATES CERISES





Auteure : VERONIQUE DE BURE
Editions : Flammarion 2017- 384 pages


Toutes les fois où je vais voir ma mère, je lui porte une pile de livres. Ceux qui m'ont plu, ceux dont je pense qu'ils lui plairont.
C'est ce que j'ai fait en arrivant pour Noël.
Mais cette fois, elle m'a également tendu un livre, en souriant : " Tiens lis-çà !"

En fille obéissante que je suis,  je l'ai fait, entre deux préparations de repas ou aux heures bénies où petits et grands ne souhaitent qu'une chose : être tranquilles, chacun dans son coin.

JEANNE, donc, a 90 ans et, allez savoir pourquoi, au début du printemps, elle décide de tenir son journal durant toute une année.
Ce n'est pas qu'elle pense avoir des choses importantes à raconter, non, elle souhaite simplement consigner les petits faits, qui font sa vie à présent.

Parisienne bon teint, elle n'est jamais devenue vraiment campagnarde.  Depuis la mort de son mari, il y a déjà plusieurs années, elle vit seule, près d'un village entre Moulins et Vichy, dans la grande maison familiale, qu'elle n'utilise  plus qu'en partie, sauf quand enfants et petits enfants s'annoncent.

Mais seule ne veut pas dire solitaire :

il y a d'abord les voisins : les vieux fermiers Bernard et Marcelle. Ils sont "la présence", ceux qu'elle aperçoit derrière ses fenêtres, qui débarquent chez elle pour un prétexte ou un autre, pour rendre ou demander service.
Il y a le jardinier et la femme de ménage, dont la venue rythme la semaine et dont la défection, momentanée entraîne d'intenses négociations avec leurs suppléants temporaires.
Il y a ses amies, Gilberte, Nine, Toinette, réparties aux alentours, veuves elles aussi, qu' elle retrouve à la messe, ou avec plus de plaisir encore, chez l'une ou l'autre, devant un gâteau fait maison -est-ce utile de le préciser ?- tasses de thé ou verres de muscat, quand ce n'est pas devant les tables de bridge où quelques vieux messieurs se joignent à elles.
Il y a les enfants enfin, les petits enfants et leur chien, qu'elle attend avec plaisir, mais voit aussi repartir avec un certain soulagement.

Il y a aussi les objets :
Ceux qui lui sont indispensables : la petite voiture, la radio, les télés,  les journaux et magazines
pourvoyeurs de mots-croisés et le congélateur. Très important le congélateur !
Ceux qu'elle aurait tendance à trouver superflus, comme le téléphone portable ou l'alarme qui la relie au centre de secours et qui la barbent, mais les enfants ont dit...

Les jours s'écoulent sans ennui, les pensées sont splendides cette année, une vache ou un cheval s'invitent parfois dans le jardin, Marcelle semble perdre la tête puis  la perd pour de bon, une amie tombe malade...  Mais il faut préparer des choux pour l'apéritif et les mettre au congélateur pour l'arrivée des enfants.
Les nuits sont parfois plus difficiles, le sommeil n'est pas toujours là, on entend des craquements bizarres... mais qu'on est bien le lendemain, à lire dans son fauteuil tandis que le vent souffle.

Jeanne n'en demande pas plus, vit avec bonheur tous ces moments, s'attristant parfois mais se reprenant vite, sachant profiter  de tous les "Bonheurs du jour" et pardonner ses propres faiblesses, comme celle de ne pas entretenir la tombe de son mari au cimetière de Moulins... Elle a toujours détesté Moulins.

Elle n'est pas dupe, il ne faut pas perdre une minute, il vaut vivre, simplement, profiter de chaque moment.

Ce livre charmant, même s'il n'est pas dénué de clichés, risque d'ennuyer les plus jeunes ou au contraire de leur faire porter un autre regard sur les vieilles personnes qu'elles connaissent, ou croisent dans la rue.
Par contre il risque de charmer et émouvoir tous les "grands enfants", de soixante ou soixante-dix ans, qui ont encore la chance de pouvoir chérir un parent âgé de cet acabit.

Pour moi, j'y ai retrouvé la vie de ma nonagénaire préférée, qui de plus, mène ses affaires de main de maître, envoie des mails, consulte internet, appelle sur Face-Time, ne joue pas au bridge ni ne va à la messe, mais ne raterait pour rien au monde son jour de chorale. 
Plus finaude  que Jeanne,  elle a eu le talent de se faire des amies de vingt ou trente ans ses cadettes, histoire de ne pas rester seule, quand ses contemporaines ont une fâcheuse tendance à disparaître.

1mètre 51 d'attention aux autres et de joie de vivre, 1 mètre 51 de COURAGE.


TRES BONNE ANNEE 2018 A TOUTES ET A TOUS !










mardi 19 décembre 2017

EN ATTENDANT L'AN PROCHAIN...


En guise d'au revoir temporaire, je vous offre les premières pages du dernier livre* de Françoise Héritier, dont j'ai appris  le décès avec stupeur, le 15 novembre dernier, alors que je l'avais écoutée quelques jours auparavant, avec toujours la même admiration mêlée de plaisir.






"... grelotter d'un coup, et se blottir sous une couverture, accorder du temps et de l'indulgence aux gens pressés et intolérants, se souvenir qu'un camionneur lors de la grande tempête qui coucha tous les arbres de la forêt de Paimpont et d'ailleurs avait vu un groupe de vaches s'envoler dans les airs bien au-dessus de son pare-brise d'après les témoignages publiés par Ouest-France, essayer d'avoir le débit de paroles de la spirituelle et mutine Marie Dubois dans "Tirez sur le pianiste", saliver devant des plats simples tels que de belles tomates farcies ou une brandade de morue ou un hachis parmentier fait maison, faire à quarante ans passés une nouvelle robe à sa poupée chauve début de siècle, trinquer dans un bar de bord d'autoroute avec des chauffeurs de poids lourds, voir des formes étranges dans les nuages ou dans le papier peint ou sous ses paupières pressées avec les pouces, rire au souvenir de la mésaventure de ce jeune-homme en vélo sur une route africaine que freinait par-derrière à coups de patte une jeune lionne facétieuse et qui battait pour le coup des records de vitesse debout sur les pédales, vider discrètement son verre d'un mauvais soda dans un palmier en pot, se battre avec constance avec le pied de chèvre cuit avec son sabot et sa fourrure qui vous échut au hasard du service, sourire aimablement à la personne qui vient de vous parler sans que vous ayez saisi un mot de ce qu'elle a bien pu vous dire, détester le tutoiement d'office, écouter avec tendresse ce vieux monsieur si heureux d'avoir trouvé une oreille accueillante pour pouvoir raconter sa guerre de 14-18 et son évasion miraculeuse...."



Le Collège de France en 1985


Je souhaite à chacun et chacune d'entre vous, de passer de Bonnes Fêtes et de commencer l'année 2018, avec un esprit aussi ouvert que le sien, un humour aussi tendre, une aussi grande  simplicité.


Par contre j'espère que "mauvais soda" et "pied de chèvre cuit avec son sabot et sa fourrure" vous seront épargnés...



*"Au gré des jours" Editions Odile Jacob 2017

jeudi 14 décembre 2017

DE L'ARDEUR







Sous titre : Histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne
Auteure : Justine Augier
Editions : Actes Sud. 2017. 315 pages.



Il y a des livres difficiles à lire, parce que les faits qu'ils relatent sont si terribles, qu'on du mal à les affronter, mais je pense qu il le faut.
"De l'ardeur" de Justine Augier,  me semble faire partie de ceux-là.

Ce livre qualifié par l'éditeur  de "récit d'une enquête et d'une obsession intime", m'a passionnée et bien souvent bouleversée.
Mais je dois avouer que mon attention s'est beaucoup plus tournée vers l'héroïne bien involontaire de cette histoire et sur le "crime permanent" qu'est devenue  la Syrie,  que sur les questionnements personnels de l'auteure.

L'héroïne, qui justement ne voulait pas en être une et qui pourtant est devenue une icône de la résistance syrienne,  Razan ZAITOUNEH,  est une jeune avocate syrienne, née en 1977,  une militante absolue des droits de l'hommequi a choisi de consacrer sa vie à lutter contre la dictature et pour la dignité et la liberté de tous.

Inspiratrice et co-fondatrice des "comités révolutionnaires de coordination locaux, réseau actif dans la mobilisation et la couverture médiatique des manifestations révolutionnaires"*, fondatrice avec d'autres militants du "Violation Documentation Center" (VDC)  qui documente les crimes commis par tous les belligérants, régime Al- HASSAD en tête, elle n'hésite pas non plus à mettre en place avec ses amis les "Local development small projects supports" et à participer concrètement aux actions de terrain ainsi soutenues, comme balayer les rues après les bombardements, pour dire que la vie  doit continuer et l'espoir malgré tout perdurer.




Razan ZAITOUNEH donc, dans son jean et son T-shirt, cigarette à la bouche, travailleuse infatigable, ayant définitivement répondu "Non" à l'idée de quitter son pays, qui enquête auprès de tous, familles de disparus toutes tendances confondues,  prisonniers torturés, enfermés sans avoir été jugés, relâchés des mois, des années après, sans que rien de ce qu'ils ont vécu ne leur soit jamais justifié, qui ne renonce jamais, qui publie sans relâche textes et vidéos,  qui ne plie pas devant les services plus ou moins secrets qui l'assaillent,  qui reconnaît être gênée par les récompenses qu'elle reçoit, notamment en 2011 (prix Anna Politovskaïa et Sakharov), "parce qu'il vaut mieux ne pas être sollicitée trop souvent et ne pas se disperser", Razan ZAITOIUNEH jugée aussi souvent "peu sympathique" qu' amie exemplaire,  amoureuse des chats, d'un calme, d'un courage, d'une détermination sans failles.


Razan Zaitouneh à quelques jours de son enlèvement

Réfugiée à Douma, banlieue de Damas contrôlée par les groupes armés de l'opposition syrienne, elle est enlevée le 9 décembre 2013, avec trois autres militants,  Waël HAMADA son mari, Samira KHALIL et Nazem el-HAM, dans l'appartement où ils se terraient en continuant leur mission.

lls n'ont, bien sûr, jamais été retrouvés.

Beaucoup pense que les responsables de cet enlèvement sont probablement des membres de "l'armée de l'Islam", de Zahran Alloush, un des groupes salafistes opposants au régime, d'autres beaucoup moins nombreux des suppôts de celui-ci. 

Il est certain qu'elles et qu'ils  gênaient les deux camps et d'autres encore...




Mon commentaire n'est pas, en fait, un compte-rendu ou une critique de ce livre,  je m'en excuse auprès de l'auteure.

Il me permet simplement , grâce à elle, d'attirer l'attention sur tous les militants et militantes des droits de l'homme syriens, qui se battent  ou malheureusement pour nombre d'entre eux, se sont battus,
pour gagner une liberté qu'ils risquent de devoir  attendre bien longtemps encore,
pour témoigner des horreurs qui se sont passées et se passent encore  dans leurs pays aujourd'hui pratiquement détruit (l'article d'Annick Cojean, "En Syrie, le viol était le maître mot", paru dans "Le Monde" de mercredi 6 décembre en est encore un accablant témoignage), 
dans l'espoir qu'on les entendequ'on les appuie, et que justice soit enfin rendue.

Chacun appréciera comment ils ont été écoutés par les leurs et de quelle manière nous avons répondu à leurs attentes.

* Ziad Majed "L'Orient le Jour"

vendredi 8 décembre 2017

AVEC LES COULEURS ET LES LIGNES...


"Avec les couleurs et les lignes, je voudrais que mon travail soit comme une fleur dans une forêt et un chant d'oiseau en montagne, pour que les visiteurs se sentent apaisés et soulagés. J'ai donc essayé de composer un univers pictural tout en simplicité et sobriété, tout en richesse intérieure, comme au temps des pièces grégoriennes."






C'est en ces termes que l'artiste et moine dominicain d'origine coréenne KIM EN JOONG, définit l'oeuvre qu'il a réalisée entre 2004 et 2008, en collaboration avec les ateliers Loire de Chartres, dans la basilique Saint-Julien de Brioude.
Trente-sept vitraux pour remplacer ceux du XIXe siècle, qui occultaient les baies du narthex et de la nef, depuis les destructions de la Révolution, "l'une des plus importantes créations de ce genre en Europe."






Pas question de didactisme ici, mais le souhait de saisir les âmes, de chercher aussi "à créer une harmonie totale évoquant une continuité du XIe au XXIe siècle."

Bien sûr on est saisi en les découvrant, ébloui aussi par la beauté des couleurs.

Très vite, on perçoit la force de vie qu'ils portent en eux.

Reflets sur les pierres,




reflets sur les murs,


Ajouter une légende


qui animent la basilique, en suivant la course du soleil.

Un lieu rendu vivant en quelque sorte, si loin des atmosphères compassées de tant d'autres  monuments religieux.

Celles et ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur cet artiste peuvent consulter ici, le site qui lui est consacré.

Pour moi ce fut un réel coup de foudre.




dimanche 3 décembre 2017

L'ELDORADO POLAIRE DE MARTIN FROBISHER


Auteure : Marie-Hélène FRAISSË
Editions : Albin Michel 2017. 223 pages.

J'ai essayé au moins  à quatre reprises. J'ai commencé un paragraphe, je l'ai repris, je l'ai effacé. J'ai tenté une autre tournure. Et puis je suis arrivée à la conclusion qu'il était inutile que je m'entête, que je n'y arriverais pas, qu'en fait, sans savoir pourquoi, je n'avais pas envie d'écrire cet article.

Pourtant voici un très bon livre, savant, vivant, plein de traits d'humour, qui nous conte l'aventure ou plutôt les aventures de ce Martin FROBISHER (vers 1535- 1594),  mauvais garçon, mauvais époux, colérique, renfermé, violent, cruel, menteur... mais aussi excellent marin et homme de grand courage, qui à trois reprises, 1576, 1577, 1578, prend le commandement de trois expéditions, sensées, tout au moins pour la première, le mener en Chine ou plutôt au Cathey. Pas par la longue route de l'ouest,  que suivent Espagnols et Portugais, mais par celle du nord-ouest, déjà mythique et qui nous fait toujours rêver. Quelques récits, quelques cartes, tous et toutes  aussi improbables, encouragent déjà à le faire.

La souveraine, la grande Elisabeth, agacée au bas mot par l'hégémonie ibérique, accepte d'y mettre quelque argent, des nobles et des négociants en ajoutent beaucoup, aussi prompts à vouloir lui complaire qu'à rêver de bénéfices et de gloire.


Elisabeth Iere. Portrait au tamis. 1583.

Eton College

Trois expéditions de plus en plus coûteuses et trois échecs donc.

Le bilan ?


- Trois pauvres inuits (deux hommes, une femme et son bébé), qui après avoir montré une grandeur d'âme bien supérieure à celle de leurs peu glorieux ravisseurs, mourront, aussitôt le pied posé en Europe, après avoir été exhibés comme des bêtes.

- Une mystérieuse pierre noire, mais brillante, ramassée par hasard,  suivie de tonnes de pierres de même nature arrachées au sol de cette "Meta incognita", au prix de souffrances sans nom,  que des alchimistes de tous bords déclareront aurifère puis, plus justement, sans aucun intérêt.

Source : musée canadien de l'histoire

- Des vaisseaux engloutis.
- Cinq marins a priori disparus, mais ce n'est pas certain.
- Des dizaines d'hommes, noyés, blessés, rendus infirmes et qui n'obtiendront jamais réparation.
- Des négociants ruinés et emprisonnés pour dettes.

Et bien sûr la Chine, jamais atteinte par cette voie, le passage resté secret.

Martin Frobisher souffrira, mais s'en remettra, gagnant dix ans plus tard, un titre et un droit à la postérité dans les combats contre l'invincible Armada.

Les traces de son passage sur la Terre de Baffin, sembleront disparaître, puis réapparaîtront au XIXe et XXe siècles.

Peu de choses certes,  mais des  témoignages de "cette première tentative avortée d'établissements anglais aux Amériques", véritable "matrice de ce qui suivra : rien moins que l'anglicisation du monde, dont nous sommes, qu'on le déplore ou non, toujours partie prenante, en ce début de troisième millénaire."

Cruellement, mais non sans ironie aussi, nous savons aujourd'hui que la Terre de Baffin contient d'énormes gisements aurifères, sans parler du pétrole, du gaz, des diamants, des terres rares repérés dans cet immense "coffre-fort", pour un temps encore pétrifié par la glace.

De quoi faire retourner dans leur tombe le bouillant Martin FROBISHER et ces, pour certains,  très malheureux compagnons.





Bon et bien en fait cet article est écrit, allez savoir pourquoi ?