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mercredi 20 novembre 2013

FEDE GALIZIA


C'est devenu un jeu pour moi : rechercher les oeuvres de femmes, dans les musées que je visite.
Le plus souvent il faut y mettre un certain entêtement... La découverte n'en est donc que plus plaisante.

Voici donc mon dernier trophée :  le "Portrait de Paolo Morigia", daté de 1596, exposé à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan.

"Portrait de Paolo Morigia" - 1596 -Bibliothèque Ambrosienne, Milan, Italie


Son auteure est une jeune-femme alors âgée de dix-huit ans, Fede GALIZIA, que Paolo Morigia, historien et jésuite n'hésite pas à faire figurer dans son "Nobilita di Milano", parmi les personnes les plus distinguées de la ville.


Détail des loupes dans lesquelles se reflètent des objets de la pièce.


Elle est née en 1578, à Milan justement ou à Trento, dont son père,  Nunzio Galizio, peintre miniaturiste, est originaire.  
C'est lui, bien sûr, qui lui apprend le dessin et la peinture, lui donnant peut-être ce goût du détail parfaitement rendu, qui caractérise l'ensemble de ses oeuvres.
On sait relativement peu de choses de sa vie, si ce n'est qu'elle obtint très rapidement une renommée certaine, qu'elle ne se maria jamais, qu'elle prononça ses voeux le 21 juin 1630 et mourut de la peste quelques temps après.

Si beaucoup de ses oeuvres ont disparu, comme celles commandées par l'Empereur Rudolph II,  si certaines, peut-être même nombreuses, ont été attribuées à d'autres peintres, on estime à environ soixante-trois le nombre de celles, restantes, qui lui sont officiellement reconnues - car signées et datées - ou attribuées.
Parmi celles-ci, des miniatures, des portraits mais également des retables pour des églises de Milan comme le "Noli me tangere" réalisé en 1618 pour l'église Santo Stefano,



ou des tableaux à sujet religieux comme ce "Judith et Holopherne".


"Judith et Holopherne" - 
Ringling Museum, Sarasota, Floride, E-U


Détails du bracelet et signature de Fede Galizia.

Cependant, c'est surtout pour ses natures mortes qu'elle est restée dans les mémoires, puisqu'elle est considérée comme "l'artiste phare de la nature-morte archaïque"* lombarde.


"Coupe avec des prunes, despoires et une rose" - 1602 - Non localisée

Ce tableau,  un petit panneau de bois peint qui est "la première nature morte datée de Fede GALIZIA " et "la première nature-morte datée du XVII ème lombard"*,  est caractéristique de son style mais plus largement encore de celui de cette époque et de ce lieu :

 "Une grande sobriété, une attention aux choses simples, et une tendance à la géométrisation des formes. "*


Au même moment parviennent à Milan, à l'adresse du cardinal Federico Borromeo les premiers et fastueux bouquets de Jan Bruegel, peints sur cuivre.
Ces deux mondes vont se rencontrer... et la nature-morte évoluer.




Sources :
En français : 
-  Galerie Canesso : www.canesso.com, dont sont issues toutes les citations marquées d'une *
En anglais :
- article Wikipedia : Fede Galizia
- Clara database of women artists : http;//clara.nmwa.org
- Delia Gaze : "Concise dictionnary of women artists" : Google books

mercredi 29 mai 2013

ANNA DOROTHEA THERBUSCH

Lorsque l'on visite un musée, l'oeil est souvent attiré plus particulièrement par une oeuvre.
Un format plus grand ou plus petit que de coutume, une couleur étonnante, un détail insolite, parfois tout cela à la fois et nous voilà oubliant le reste, fasciné par un seul objet.

Tel a été le cas pour moi devant ce tableau  qui cumulait un peu tous ces critères : grande taille, tons raffinés et surtout ce bien curieux monocle, qui donne encore plus de caractère au visage de cette femme dont on ne doute pas qu'elle en soit déjà bien doté !

Anna- Dorothea Therbusch. Autoportrait 1777. Gemäldegalerie - Berlin-

Anna-Dorothea THERBUSCH, donc, la voici telle qu'elle a choisi de se représenter à l'âge de cinquante-six ans : robe froissée, cheveux grisonnants retenus à la va-vite, assise sans afféterie, livre à la main et monocle sur l'oeil, certainement pas une gracieuse poupée, mais une femme qui cherche et qui sait.

Mais qui est-elle et quels chemins a-t-elle pris pour en arriver là ?

Née à Berlin en 1721, d'un père portraitiste d'origine polonaise qui lui apprend le métier  dès sa prime enfance, Anna-Dorothea LISIEWSKI, est considérée très tôt comme un prodige, que s'arrache la haute-société.

Si son mariage avec un aubergiste et la naissance de quatre enfants freinent un temps la pousuite de sa carrière, celle-ci reprend dès 1761, lorsqu'elle est appelée à la cour de Stuttgart auprès du duc Carl Eugen Von WÜRTTEMBERG, pour lequel elle peint, dans un délai très court, dix-huit tableaux pour orner la galerie des glaces de son château.
Sa carrière ainsi relancée, elle va d'une cour à l'autre - Mannheim en 1763, Berlin en 1764- engrangeant ainsi reconnaissance et argent.

 Forte de ces appuis elle décide, en 1765 de tenter sa chance à Paris, alors métropole de l'art.
Le succès a-t-il été au rendez-vous immédiatement ? Celui-ci a-t-il été plus long à venir ? Les avis divergent.
Ce qui est certain c'est que DIDEROT joue un rôle important (et ambigu!) dans son parcours, comme en témoignent les huit pages qu'il rédige à son propos dans son "Salon de 1767". 
Celles-ci révèlent tout à la fois :
- le poids des nécessaires recommandations dans le déroulement d'une carrière et DIDEROTs'y prête en l'introduisant auprès de ses nombreux amis et connaissances,
- la difficulté particulière du parcours des femmes , qui souhaitent être reçues à L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture et auxquelles peu de choses sont épargnées : mise en doute de leurs capacités voire de leur honnêteté -sont-elles bien les auteures de ces oeuvres ?- , cantonnement aux seules scènes de genre, quand ce n'est pas acceptation du rôle d'objet sexuel que l'on attend d'elles.

"Ce n'est pas le talent qui lui a manqué pour faire la sensation la plus forte dans ce pays-ci. Elle en avait de reste. C'est la jeunesse, c'est la beauté, c'est la modestie, c'est la coquetterie. Il fallait s'extasier sur le mérite de nos grands artistes ; prendre de leurs leçons, avoir les tétons et des fesses et leur abandonner."

- ... et la duplicité même  de notre encyclopédiste, n'hésitant pas à se déshabiller complètement devant elle, alors que posant pour elle elle lui demande de voir... son cou.
Nullement déstabilisée, elle continua de peindre un tableau aujourd'hui disparu, mais le portrait (en buste !) de DIDEROT nous est parvenu grâce à la gravure de BERTONNIER réalisée en 1821.
Curieux épisode, surtout d'avoir été raconté et utilisé à des fins très discutables !



Quoi qu'il en soit c'est bien en tant qu'Académicienne qu'Anna-Dorothéa THERBUSCH quitte Paris en novembre 1768, poussée au départ par des difficultés financières, laissant derrière elle, toujours selon DIDEROT, nombre de créanciers furieux, que doit calmer "le pauvre philosophe", qui ne voit plus en elle que "l'indigne prussienne."  

De retour à Berlin, elle est accueillie à bras ouverts à la cour de Prusse, où FREDERIC LE GRAND devient son mécène. Il lui demande de réaliser des scènes mythologiques pour le nouveau palais de Sans-Souci et se laisse peindre par ses soins grandeur nature.
Bientôt toute la cour et la bourgeoisie berlinoises, se l'arrachent, lui donnant ainsi l'occasion de réaliser de nombreux portraits, dans lesquels la réalité psychologique l'emporte sur les conventions.

A- D. Therbusch. Portrait  de Henriette Herz 1778. 
Gemäldegalerie - Berlin-


C'est également à Berlin qu'elle meurt le 9 novembre 1782, à l'âge de 61 ans.

En écrivant cet article je voulais essentiellement attirer l'attention sur une de ces nombreuses artistes dont on garde si mal le souvenir.
Je n'ai trouvé que très peu d'informations en français sur Anna-Dorothéa THERBUSCH.
Ce que j'ai appris (péniblement!) provient presque exclusivement d'un livre de Gottfried Sello : "Malerinnen aus vier Jahrunderten" et surtout d'un article  fouillé et passionnant de Bernadette Fort "Indicting the Woman Artist : Diderot, le Libertin, and Anna Dorothea Therbusch"que vous pouvez trouver ici.
Son analyse, qui présente le texte de Diderot comme l'exemple même de la critique artistique orientée (négativement !) par le genre, mérite largement qu'on s'y attarde.
J'attends avec impatience, la parution d'une biographie qui libère Anna Dorothea Therbusch d'un poids qui l'écrase encore (une pièce d'Eric Emmanuel Schmitt et un film de Gabriel Aghion intitulés "Le libertin"  perpétuent aujourd'hui encore le portrait qu'en a donné Diderot)  pour qu'elle puisse et son oeuvre avec elle trouver sa juste place.

dimanche 3 février 2013

EMILY CARR

Il est plutôt rare, quand on pénètre dans un musée, de découvrir que tout un étage est consacré à une artiste. C'est pourtant le cas à la Galerie d'Art de Vancouver, qui conserve et expose la plus grande collection des oeuvres d'Emily Carr (1871-1945), peintre et auteure canadienne, qui, si elle reste assez peu connue chez nous, est une véritable icône dans son pays.



Auto-portrait -1938-1939-
National Gallery of Canada, Ottawa

Emily Carr justement, la voici en 1939, telle qu'elle choisit de se présenter, dans son habit de travail, sans fioritures, incarnant  "ses valeurs personnelles et celles qu'elle admire chez les autres : l'honnêteté, la sincérité et la force".*
Elle est alors âgée de 68 ans, a encore six années à vivre et a parcouru sans faillir un long chemin, depuis le jour de sa naissance, le 13 décembre 1871, dans la très victorienne maison de ses parents à Victoria, petite capitale de la Colombie Britannique,


La maison natale d'Emily Carr à Victoria -BC-
jusqu'à la caravane, "l'éléphant", que des dizaines d'années plus tard, elle installe, l'été, au gré de ses envies, pour pouvoir peindre en pleine nature, entourée de ses chiens, cet ouest canadien, dont elle a su rendre, de manière si expressive, l'histoire la force et la beauté.



Vous l'aurez compris, son chemin n'a pas été celui du conformisme !
Dans une société peu encline à laisser aux femmes le choix de leur destin et un environnement ou l'homme blanc pense être la mesure de toute chose, elle a choisi la peinture, la nature, les peuples des premières nations et le célibat, considérant que "son art venait en premier, et qu'elle ne souhaitait pas le sacrifier en devant faire les compromis que demanderaient les responsabilités domestiques et des enfants."*


Lorsqu'elle meurt, le 2 mars 1945, Emily Carr laisse derrière elle des témoignages éclatants de son art puissant et de sa forte personnalité : ses peintures, dessins, poteries ... qui rendent hommage à un monde aborigène en train de disparaître et à la nature grandiose et omniprésente qui l'abrite,



"Totem Walk at Sitka" -1907- Art Gallery of Greater Victoria



"Vanquished" -vers 1930- Vancouver Art Gallery











"Big Raven" -1931- Vancouver Art Gallery
















                                                                                                          



"Red Cedar"-1933-

"Above the trees" - vers 1939- Vancouver Art Gallery
mais aussi une dizaine de livres, qui, d'une autre manière, rendent compte de ses mêmes passions et de la vie qu'elle a construite autour d'elles.



"Scorned as timber, Beloved of the Sky" -1935- Vancouver Art Gallery

"Méprisé comme bois, aimé du ciel" est l'un des plus célèbres tableaux d' Emily Carr.
"Rejeté en tant que bois d'oeuvre, l'arbre continue à grandir, montant jusqu'au ciel comme un symbole d'espoir"*
Certains y ont vu le profond attachement qu'elle portait à la nature et sa consternation devant les ravages induits par le développement urbain, d'autres un portrait d'elle-même, faisant son chemin seule ou presque, fière d'avoir  atteint son but. 




Toutes les citations marquées d'une étoile * sont tirées de ce livre. Certains commentaires en sont également issus. Titre : "EMILY CARR : an introduction to her life and art"
 Auteure : Ann NEWLANDS
  Editions : Firely Books -1996- 64 pages.

mercredi 30 mai 2012

POSTHUMES


Auteure : Nadeije LANEYRIE-DAGEN
avec des dessins de Marc DESGRANDCHAMPS
Editions : Scala 2012, Collection "Ateliers imaginaires"-286 pages-

Voici un livre bien curieux, qui intéresse et déroute à la fois, et qu'il faut lire jusqu'à la dernière page, annexes comprises.

Avec pour auteure, une spécialiste de la Renaissance, on s'attend, si l'on n'a pas prêté attention au titre de la collection,  à un essai, un traité d'histoire de l'art, une monographie.
Mais que penser alors d'une première phrase aussi troublante que celle-ci :
"Qu'il est étrange d'être mort..." 

Un roman alors ? cela semble plus juste une fois constaté que  l'ouvrage est construit sur l'alternance d'un texte, le journal de Francesco Melzi, élève et secrétaire de Léonard de Vinci, et de la voix de celui-ci : un homme mort, qui le sait et ne nie aucunement l'étrangeté du phénomène. 
Mais que font alors ici, ces cartes, cet arbre généalogique des Valois, cette chronologie, ce dictionnaire ?

Il faudra vous y habituer : on est entre les deux. Ce n'est pas la stricte réalité qui importe ici et de toute façon elle est impossible à établir, mais ce qui a pu être.
Ce qui semble vrai est peut-être faux. Ce qui semble faux est peut-être vrai !

Léonard de Vinci- Autoportrait-
Bibliothèque Nationale- Turin, Italie

Suivons donc Léonard de Vinci dans ce dernier voyage qui le conduit à l'automne 1516, de Rome à Amboise, et trois ans plus tard à la mort :  âgé, il a alors soixante-quatre ans , malade, lassé  de voir le pape lui préférer Raphaël, il s'est enfin décidé à répondre à l'invitation de François Ier et quitte son pays, traînant un peu le pas. Il est accompagné de ses plus proches et de huit tableaux.
Parmi eux, la "Sainte-Anne", que Louis XII, père défunt de la reine Claude de France, lui a commandé il y a bien longtemps.
Le voyage se révèle périlleux autant pour Vinci que pour ses oeuvres, la "Sainte-Anne" en particulier.
Il arrive malgré tout à Amboise et s'installe, blessé, au château du Clos -Lucé que le roi a fait préparer pour lui.
Réconforté par l'accueil qui lui est réservé, il espère, malgré ses infirmités, pouvoir se remettre au travail, non pas tant peindre, mais créer une ville, Romorantin, comme le lui a demandé le roi. Il veut également terminer ce tableau, si important pour le reine. Mais rien n'est simple !

Léonard de Vinci-"Sainte-Anne"-
Carton de Burlington House-National Gallery-Londres GB



Léonard de Vinci- Etude de composition pour la "Sainte-Anne"
Gallerie d'ell Accademia-Venise-Italie
Ce n'est donc pas le Léonard flamboyant que nous suivons, mais un vieil homme qui va vers sa mort et doit s'accommoder de ce qui lui est offert : il y a de la tristesse, de la douleur ici et pourtant c'est un livre très vivant et plein de surprises. Je ne parle pas tant des rebondissements, que l'auteure a créés pour nous faire suivre les supposés chemins tortueux de la "Sainte-Anne",  mais de ce que nous pouvons découvrir de la vie de Léonard de Vinci, des secrets de son atelier,  de la cour de France et de ses fastes.
Les personnages sont attachants (quel destin que celui de la reine !), les descriptions vivantes, les techniques passionnantes.
Ceux qui ont eu la chance de pouvoir visiter la récente exposition du Louvre autour du tableau restauré, trouveront ici un moyen bien agréable d'y repenser.
Les autres, seront moins frustrés de ne pas y avoir eu accès...

Léonard de Vinci- "Sainte-Anne"- 
Musée du Louvre. Paris France 
 
J'ai ajouté ces différentes images pour aider à la lecture du livre.
 Regardez-bien,  comparez, tout, paysages et personnages , de la tête aux pieds....

dimanche 22 avril 2012

ROSALBA CARRIERA


Allégorie de la peinture
The National Museum of Art -Washington-USA
La visite des musées réserve bien des surprises.
C'est ainsi que jeudi, parcourant les salles du musée Granet à Aix en Provence, j'ai été attirée par un minuscule tableau, qui semblait un peu perdu au milieu de ses opulents voisins.
Moins de dix centimètres de côté je pense, un fond d'un beau bleu, quelques coups de pinceau  donnant vie à un portrait de jeune-fille. C'était d'ailleurs le titre de l'oeuvre.
Ce qui me surprit tout autant que la petite taille de ce portrait, ce fut de découvrir qu'il avait été peint sur ivoire, et que son auteur était une femme, Rosalba CARRIERA, dont il était dit qu'elle était "une des rares à mener une carrière européenne au XVIIIème siècle". 
J'avoue que, jusqu'à ce jour,  j'ignorais totalement son  nom.

Pour réparer cette ignorance, je vous propose trois portraits réalisés par ses soins, au seul pastel, qui illustrent l'ampleur de son talent.

- "Figure de petite-fille, de face",

Musée de l'Hermitage -Saint-Petersbourg- Russie


- "Portrait de la Comtesse Anna-Katharina Ozelska",





 - et ce bel "Autoportrait", daté de 1745, un an avant qu'elle ne devienne aveugle.



Vous trouverez ici en anglais et là en français, plus de détails sur sa vie.

J'espère qu'une rétrospective, comme celle organisée en ce moment autour de l'oeuvre d'Artemisia GENTILESCHI, au Musée Maillol, à Paris, lui sera bientôt consacrée.

dimanche 19 février 2012

D'UN PEINTRE A L'AUTRE : LOUIS-FRANCOIS LEJEUNE



Comme vous le savez, le monde est extrêmement petit, même au début du XIXème siècle.
C'est donc sur le ponton "La Vengeance", que l'aide-timonier Garneray,  qui restera célèbre dans 
l' Histoire par ses récits et son oeuvre de peintre de la Marine, fait la connaissance du Colonel, et bientôt Général Lejeune, 
J.V Guérin "Portrait de L.F.Lejeune"

qui y figurera autant par ses exploits militaires que par ses tableaux de batailles.
Et les deux prisonniers d'entamer la converstaion d'autant plus facilement que "c'est le papa Garneray" qui a donné au bouillant Colonel ses premières leçons de dessin.....

Elles semblent bien lui avoir été profitables !

L.F. Lejeune : "La bataille de la Moskova"
Musée de l'Histoire de France- Château de Versailles-

Détail

lundi 13 février 2012

MES PONTONS




Auteur : Louis GARNERAY
Editions : Omnibus -2011-

C'est un récit que je vous propose aujourd'hui, rédigé par un peintre dont je vous ai déjà parlé à l'occasion d'un post sur "Moby Dick".

A.L. GARNERAY 
-Autoportrait-

Lorsque le jeune Ambroise Louis Garrneray, à peine âgé de treize ans et demi, quitte Paris et son père,  un beau matin de l'été 1796, par "l'allée des Veuves", pour rejoindre à Rochefort  son cousin "M. Beaulieu-Leloup, capitaine de frégate" et embarquer à sa suite,  il ne se doute pas qu'il lui faudra attendre presque vingt ans pour retrouver la France et embrasser à nouveau sa famille.

Durant ces années, il aura voyagé douze ans sur toutes les mers du monde ou à peu près,  servi en militaire la République et l'Empire, corsaire, suivi Surcouf, navigué sur des navires marchands ou négriers. 
Mais, prisonnier, il aura aussi passé plus de  huit années sur trois pontons anglais, ancrés "à la file" de cinq autres "à l'entrée de la rivière de Portchester", au large de Portsmouth.


Edition 1851

Un ponton, c'est une prison flottante, "un vieux navire démâté, à deux ou trois ponts qui retenu par des amarres présente presque l'immobilité d'un édifice de pierre". 
Rien ne peut être pire, pour un marin que "cette masse noire et informe qui ressemblait assez de loin, à un sarcophage".
C'est "le désespoir au coeur" que le jeune Garneray, se voit conduire à bord de "ce sombre tombeau". C'est avec effroi qu'il découvre "la misérable et hideuse population du Protée", "une génération de morts sortant un moment de leurs tombes, les yeux caves, le teint terreux, le dos voûté, la barbe inculte, à peine recouverts de haillons jaunes en lambeaux, le corps d'une maigreur effrayante." 
Mais c'est surtout avec courage, panache, détermination, qu'il fait face à ses nouvelles conditions de vie.

A sa suite nous découvrons ce terrible et curieux monde, dans lequel on meurt presque de faim, on risque l'asphyxie par trop de promiscuité, on est jeté blessé, dans l'eau glacée d'un bain pour éviter la contagion, on risque au mieux la pendaison pour avoir cherché à s'échapper.
Mais c'est un monde aussi, dans lequel on veut survivre, corps et âme : on sait soudoyer qui il faut pour obtenir quelques livres, du papier, des couleurs, on se regroupe, chaque soir,  autour d'une table pour travailler dans l'inconfort et l'angoisse, pour pouvoir s'absorber dans une activité qui fasse oublier un peu la captivité.
On aime bien aussi provoquer les Anglais : en s'évadant, en les ridiculisant devant les nobles dames, venues, toutes poudrées,  sur le ponton comme au théâtre regarder un pauvre diable être mis en pièces, en les peignant de manière peu flatteuses sans qu'ils n'y voient rien.

Edition 1851

Car Garneray peint sur le ponton, il vend même ses toiles, il amasse un petit pécule et, tout en restant fidèle à ses compatriotes, est sauvé du pire par la double grâce de son art et de sa connaissance de l'anglais.

J'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture d'autant plus que Garneray pratique le beau français de cette époque ! J'ai eu, par moment l'impression, pas désagréable non plus de retrouver l'univers de "Barry Lindon".
Si, comme moi, vous appréciez cette athmosphère, vous n'hésiterez pas à lire au préalable  les "Voyages, aventures et combats" de Garneray également, qui figurent aussi dans cette édition.

Bon vent à toutes et à tous !

 

jeudi 15 décembre 2011

AMBROISE LOUIS GARNERAY

Nous sommes aujourd'hui habitués aux splendides photos de baleines qui nous révèlent tout le mystère, toute la beauté et la puissance de ces animaux extraordinaires.
Au milieu du XIX ème , au moment où Herman MELVILLE écrit "MOBY DICK", les choses sont bien différentes.
Soucieux de rendre un hommage aussi complet que possible à l'animal qui l'obsède, MELVILLE consacre deux chapitres entiers aux diverses représentations de la baleine : gravures, peintures, sculptures sur bois ou ivoire et même  montagnes et étoiles qui portent son nom.
S'il est généralement peu tendre avec les artistes ou scientifiques qui se sont frottés au sujet, l'un d'eux pourtant trouve grâce à ses yeux, un français, Ambroise Louis GARNERAY, dont il a admiré deux tableaux, reproduits en aquatinte.

"Elles représentent respectivement des attaques de Cachalot et de la Vraie-Baleine.
Dans la première, un noble cachalot est dépeint dans la pleine majesté de la puissance ; il vient de remonter des profondeurs de l'Océan, juste dessous une baleinière, et porte sur son dos, haut dans l'air, l'affreuse épave démantelée...

"Pêche du Cachalot" -New-Bedford Whaling Muséum-  New-Bedford  Mass-USA

Debout sur cette proue, pour cet insaisissable éclair de temps, on voit un rameur, mi-voilé par le jet furieux de la baleine et s'apprêtant à sauter comme dans un précipice. La scène est merveilleusement juste et vraie."

"Dans la seconde gravure, le canot est en train d'accoster le flanc d'une grande Vraie-Baleine en mouvement et qui roule sa masse noire pleines de mauvaises herbes marines, comme quelque éboulement de rocher couvert de mousse des falaises patagoniennes...


"Pêche de la baleine" -New-Bedford Whaling Muséum- New-Bedford  Mass-USA


Ainsi au premier-plan tout est rage et mouvement. Mais à l'arrière-plan, par un contraste artistique admirable, est représenté le niveau vitreux d'une mer encalminée ; du vaisseau impuissant, les voiles dégonflées sont affaissées et la masse inerte d'une baleine morte, forteresse conquise, a le drapeau de capture qui tombe paresseusement du bâton fixé dans le trou de son jet."


"Qui était Garneray le peintre ?Je ne sais. Mais je gagerais ma vie qu'il avait pratiqué son sujet, ou alors qu'il avait été merveilleusement formé par quelques baleiniers expérimenté."


Herman Melville  avait raison. Ambroise Louis GARNERAY savait e quoi il parlait !

Né en 1783, à Paris, il s'engage à l'âge de 13 ans dans la Marine.

"Excepté la piraterie, je crois que j'ai pratiqué tous les genres de navigation"

Navigant  tout aussi bien sur des vaisseaux de guerre officiels, qu'avec Surcouf, sur des bateaux corsaires, il ne quitte la mer qu'en 1806, quand, blessé, il est fait prisonnier par les anglais, qui le garderont "les huit années suivantes dans l'enfer des pontons en rade de Plymouth".
Formé  enfant par son père, il utilise ce temps à peindre, puis, libéré devient rapidement peintre officiel de la Marine puis Directeur du musée de Rouen.
Parallèlement il écrit des récits et ses mémoires, qui font de lui "un des précurseurs du roman d'aventure maritime", qui remaniés et édulcorés, seront ensuite publiés dans des éditions pour la jeunesse.
Il meut à Paris en 1857.

Ainsi, d'un livre à d'autres, si nous le voulons, nous ne quitterons pas la mer !






dimanche 20 mars 2011

UN PEINTRE QUE KARITAS ADMIRE

Harald GIERSING
"Ung Dame med en Avis" 1918
The SJØRUP JØRGENSESCollection