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mercredi 6 juin 2012

UN PAS DE CÔTE : LE JARDIN DES MEDITERRANNEES





Pour aller de Marseille à Gênes, si l'on choisit de passer par la côte, mieux vaut savoir ce qui vous attend. Le pire et le meilleur.
Le pire : l'urbanisation à tout va, les panneaux publicitaires de toutes tailles, les villages et les routes saturés de voiture. Le meilleur : des paysages à vous couper le souffle, des fleurs de toutes couleurs grimpant à l'assaut des piliers ou débordant des murettes, la mer et, au Rayol-Canadel dans le Var, le Jardin des Méditerrannées.



Le Domaine du Rayol, acheté en 1989 par le Conservatoire du littoral, est une miraculeuse enclave de 20 hectares, qui descend jusqu'à la mer.
Propriété d'hommes d'affaires, qui en on fait leur lieu de séjour plus ou moins temporaire, elle ne comporte que quelques bâtiments noyés dans la verdure : villas, bastidon, ferme, maison de la plage, pergola. Chacun y a apporté sa marque, chacun y a planté selon son humeur, potager, verger, jardin exotique. Puis la nature a repris ses droits.




Consulté  sur la vocation possible de cet espace, le paysagiste Gilles Clément, y a réalisé "un jardin de paysages plutôt qu'un jardin de plantes", qui propose "un brassage planétaire des flores" venues de toutes les régions du monde à climat méditerranéen : Canaries, Californie, Australie, Amérique aride ou subtropicale, Chili, Nouvelle-Zélande, Asie subtropicale, Afrique du Sud...




Voilà comment sont nés ces onze jardins ou plutôt ces onze paysages qui s'imbriquent les uns dans les autres sans que l'on ne perçoive jamais que l'on a franchi une limite, sauf pour le jardin marin.




Pas question ici de forcer les plantes à s'adapter : on étudie au mieux leurs besoins, on les installe dans les lieux qui semblent le mieux pouvoir leur convenir, on observe, on rectifie une fois si nécessaire puis on les laisse vivre.




Pas d'étiquettes non plus, mais des guides si vous le souhaitez, à moins que vous ne préfériez déambuler à votre pas. Le rêveur peut rêver, le botaniste herboriser, l'écologiste méditer, le jardinier observer,  en se promettant d'en faire de même à son échelle.




Chacun, lorsqu'il est proche, se jure de revenir chaque année à chaque saison, car ce jardin est fait pour bouger, "un jardin soumis aux aléas du ciel, à la sécheresse, à la fragilité des hommes : la planète."








Ceux qui ne peuvent malheureusement pas s'y rendre, comme ceux qui ont eu la chance de pouvoir le visiter trouveront dans cet ouvrage une somme d'informations sur l'histoire du domaine, la conception et le mode de gestion du jardin,




Préface : Gilles CLEMENT
Textes : Sonia LESOT
Photographies : Henri GAUD
Éditions : Gaud 2008- 191 pages


dimanche 13 mai 2012

UN PAS DE CÔTE : LA TULIPE DE GUILLESTRE




Il y a trois semaines, je mettais ce blog en pause, pour cause de départ imminent. 
Je pensais le reprendre dès mon retour, mais les jours ont passé, sans que le goût de lire et d'écrire ne me
reprenne : difficile donc, dans ces conditions, de tenir un blog de lecture !
Que faire alors ? Fermer ?  
Me méfiant des solutions radicales, qui m'éloigneraient de plus de vos amicales visites,  je préfère suivre l'exemple de Françoise Héritier, entendue récemment, et faire un pas de côté  : parler d'autre chose, pour quelques jours peut-être, le temps que l'enthousiasme revienne !

La tulipe de Guillestre donc : c'est une bien belle chose que j'ai eu l'occasion de découvrir mercredi dernier, à moins de vingt minutes de chez moi. 
Pour la trouver, il faut suivre Philippe Gillot, botaniste et administrateur de "la Maison de la Nature" à Guillestre, qui durant les quelques courtes semaines que dure  la floraison, amène, des petits groupes, découvrir la belle sur le seul territoire où elle pousse encore : un petit jardin sauvage, au flanc d'un vallon, la seule station où cette rareté accepte pour l'instant de survivre.

   
L'histoire de cette fleur ressemble un peu à un roman :

Tulipa platystigma Jordan, tel est son nom,  est une endémique de la Haute-Durance, entendez par là, qu'elle ne vit que dans cette zone géographique. Elle fait partie des quatorze espèces de tulipes sauvages encore connues en France et, à ce titre fait l'objet d'une sévère protection.

Découverte et décrite  en 1855 par un naturaliste, Jordan, dont elle porte le nom, elle disparaît presque aussitôt pendant plus d'un siècle.
En 1990,  André Foy, curé de Risoul, contacte Philippe Gillot : depuis plusieurs années, au moment des communions, un bouquet de narcisses blancs est déposé sur l'autel de son église  et, au coeur de ce bouquet, une tulipe, lilas au coeur bleu, attire tous les regards. 


Aussitôt, une véritable enquête est lancée.  Qui apporte ce bouquet ? Où cette fleur est-elle cueillie ? Nos limiers amoureux des fleurs se mettent sur la piste, et bientôt le mystère est résolu : une prairie, ils n'en diront pas plus, un carré fleuri chaque mois de mai, le trésor est là, mais si ténu qu'il faut aller plus loin : négocier avec le propriétaire des lieux, ramasser quelques oignons, les mettre en culture à Gap au Conservatoire botanique de  Charance,  les surveiller pour éviter virose ou hybridation, accepter l' échec, les rapatrier  en 1995 à Guillestre, tout un travail de bénédictin pour arriver vingt ans plus tard à trois planches de fleurs et 13150 oignons.

Rien n'est gagné encore, elle peut encore disparaître : c'est ce qu'elle a pratiquement fait sur son site naturel : trop d'eau ? Pas assez ? trop de vaches autour ? Allez savoir !

En attendant, si vous passez par Guillestre, dans les Hautes- Alpes, la semaine prochaine, contactez "la Maison de la Nature" (04 92 45 37 87). 
Sinon, il vous faudra attendre l'an prochain, en espérant que tout aille bien.