mercredi 15 février 2012

LES DRÔLES DE MOTS DU MERCREDI


Deux mots aujourd'hui pour illustrer la vie dans les pontons, telle que nous l'a décrite Louis GARNERAY dans son récit "Mes pontons".

Le côté noir d'abord  : la maladie

une hémoptysie :
"L'affreux régime alimentaire auquel nous étions soumis, l'air méphitique de nos cloaques et surtout les brusques changements atmosphériques que nous subissions lorsque nous passions des batteries ou du faux pont au grand-air,...., multipliaient d'une façon effrayante les cas d'hémoptysie ou de suppuration des poumons."


Une hémoptysie est un crachement de sang provenant des poumons.
Plus particulièrement pour Suko, qui aime beaucoup l'étymologie, j'ajouterai que ce mot apparaît  en 1694 et qu'il est emprunté au bas latin haemoptycus, qui vient lui-même de deux mots grecs : haima = le sang  et ptuein qui signifie "cracher".

Le côté plus souriant : les passe-temps

la drogue :
"Se figure-t-il bonnement que j'ai laissé là ma drogue pour venir assister à ses grimaces?"
Il ne s'agit ici ni de "la base d'une préparation médicamenteuse", ni péjorativement d'un médicament, ni d'une "substance susceptible de perturber la conscience, la perception de la réalité", ni  de "ce qui empoisonne, pervertit l'esprit ou les qualités morales par une dépendance".....

Mais...

d'un ancien jeu de carte pratiqué durant le XIXème siècle par les soldats et les matelots qui "tire son nom d'une petite fourche en bois, fabriquée par les joueurs et destinée à coiffer le nez des perdants" jusqu'à ce qu'ils gagnent à leur tour.

H.Vernet "Soldats jouant au jeu de la drogue".

Sources :
- Le Robert Dictionnaire historique de la langue française- Paris 1992-
- Dictionnaire français de définitions
- Wikipédia

lundi 13 février 2012

MES PONTONS




Auteur : Louis GARNERAY
Editions : Omnibus -2011-

C'est un récit que je vous propose aujourd'hui, rédigé par un peintre dont je vous ai déjà parlé à l'occasion d'un post sur "Moby Dick".

A.L. GARNERAY 
-Autoportrait-

Lorsque le jeune Ambroise Louis Garrneray, à peine âgé de treize ans et demi, quitte Paris et son père,  un beau matin de l'été 1796, par "l'allée des Veuves", pour rejoindre à Rochefort  son cousin "M. Beaulieu-Leloup, capitaine de frégate" et embarquer à sa suite,  il ne se doute pas qu'il lui faudra attendre presque vingt ans pour retrouver la France et embrasser à nouveau sa famille.

Durant ces années, il aura voyagé douze ans sur toutes les mers du monde ou à peu près,  servi en militaire la République et l'Empire, corsaire, suivi Surcouf, navigué sur des navires marchands ou négriers. 
Mais, prisonnier, il aura aussi passé plus de  huit années sur trois pontons anglais, ancrés "à la file" de cinq autres "à l'entrée de la rivière de Portchester", au large de Portsmouth.


Edition 1851

Un ponton, c'est une prison flottante, "un vieux navire démâté, à deux ou trois ponts qui retenu par des amarres présente presque l'immobilité d'un édifice de pierre". 
Rien ne peut être pire, pour un marin que "cette masse noire et informe qui ressemblait assez de loin, à un sarcophage".
C'est "le désespoir au coeur" que le jeune Garneray, se voit conduire à bord de "ce sombre tombeau". C'est avec effroi qu'il découvre "la misérable et hideuse population du Protée", "une génération de morts sortant un moment de leurs tombes, les yeux caves, le teint terreux, le dos voûté, la barbe inculte, à peine recouverts de haillons jaunes en lambeaux, le corps d'une maigreur effrayante." 
Mais c'est surtout avec courage, panache, détermination, qu'il fait face à ses nouvelles conditions de vie.

A sa suite nous découvrons ce terrible et curieux monde, dans lequel on meurt presque de faim, on risque l'asphyxie par trop de promiscuité, on est jeté blessé, dans l'eau glacée d'un bain pour éviter la contagion, on risque au mieux la pendaison pour avoir cherché à s'échapper.
Mais c'est un monde aussi, dans lequel on veut survivre, corps et âme : on sait soudoyer qui il faut pour obtenir quelques livres, du papier, des couleurs, on se regroupe, chaque soir,  autour d'une table pour travailler dans l'inconfort et l'angoisse, pour pouvoir s'absorber dans une activité qui fasse oublier un peu la captivité.
On aime bien aussi provoquer les Anglais : en s'évadant, en les ridiculisant devant les nobles dames, venues, toutes poudrées,  sur le ponton comme au théâtre regarder un pauvre diable être mis en pièces, en les peignant de manière peu flatteuses sans qu'ils n'y voient rien.

Edition 1851

Car Garneray peint sur le ponton, il vend même ses toiles, il amasse un petit pécule et, tout en restant fidèle à ses compatriotes, est sauvé du pire par la double grâce de son art et de sa connaissance de l'anglais.

J'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture d'autant plus que Garneray pratique le beau français de cette époque ! J'ai eu, par moment l'impression, pas désagréable non plus de retrouver l'univers de "Barry Lindon".
Si, comme moi, vous appréciez cette athmosphère, vous n'hésiterez pas à lire au préalable  les "Voyages, aventures et combats" de Garneray également, qui figurent aussi dans cette édition.

Bon vent à toutes et à tous !

 

dimanche 12 février 2012

POUR CHANGER DE LA NEIGE







"Par les journées grises et détrempées de [février], je passais des heures, penchée sur les catalogues [de graines] de l'année précédente et, quand je relevais la tête, je pouvais regarder le paysage sans plus frémir de froid. C'était tout juste si je n'entendais pas bourdonner les abeilles, si je ne sentais pas la chaleur de l'été, si je ne voyais pas la cour entière nager dans les splendeurs tropicales"


Betty MAC DONALD

mercredi 8 février 2012

LES DRÔLES DE MOTS DU MERCREDI


Ce sont mes lectrices anglophones qui vont être contentes aujourd'hui.
J'ai, en effet, eu beaucoup de mal à trouver des définitions en français,  des trois mots trouvés dans
"Les belles choses que porte le ciel" de Dinaw MENGESTU.

Le yam :
".... les jeudis soirs, on pouvait assister à une lecture libre et partager les beignets de yam qui circulaient dans l'assistance."
La seule définition, trouvée en français est relativement imprécise :
"nom d'une racine analogue à la pomme de terre".
Par contre le "free dictionnary" éclaire mieux ma lanterne :
"Sweet potato with deep orange flesh that remains moist when baked."
Il s'agirait donc d'une patate douce à chair orange qui a la particularité de rester moelleuse à la cuisson : idéale, donc, pour des beignets !

Des plats d'injera :
"De minuscules tasses de café bleues et blanches circulaient sans cesse autour de la pièce, accompagnées de plats d'injera fourrés au choux."
Le site Yumsugar décrit parfaitement de quoi il s'agit :
"One of the most well known national dishes of Ethiopia, injera is a pancake like flatbread made from a special type of flour (en fait de la farine d'une graminée appelée teff).
The flour is mixed with water and ferments for a couple of days. After its ferments, the dough is fried into large disc.
Serving ustensils are not common in the Ethiopian culture. Instead meats, stews, salads and everything else is scooped onto torn pieces of injera, which acts  as both plate and fork."

En bon français :


Le wat :
"Les couloirs, à tous les étages, sentent le wat, le café et l'encens".
C'est Wikipedia qui vient à mon secours et en français, cette fois :
le wat est un plat commun en Ethiopie, un ragoût à base de légumineuses, de légumes et de viande, assaisonné d'un mélange d'épices et de beurre.

En bon anglais :

Source : http://epicesducru.com

  

mardi 7 février 2012

LES BELLES CHOSES QUE PORTENT LE CIEL





Titre original : "The beautiful things that Heaven bears"
Auteur :  Dinaw MENGESTU
Traductrice : Anne WICKE
Editions : Albin Michel 2007 -"Le livre de poche" n°31523- 281 pages


Nous les rencontrons tous les jours au coeur de nos villes, grandes et même petites. Ils ont des papiers ou n'en n'ont pas : ce sont les exilés.

Kenneth est  (ou faut-il dire "était") kenyan, Joseph, congolais et Stepha, qui est aussi le narrateur éthiopien. 
Ils ont la trentaine ou un peu plus et vivent depuis plus de dix ans à Washington, où ils tentent ou ont tenté de reconstruire leur vie. Ils ne sont pas à la rue et travaillent. Le premier est devenu ingénieur, le second serveur dans un restaurant chic, Stépha, lui a ouvert une petite épicerie à Logan Circle, dans un quartier décrépi, mais pas pour longtemps, coincé qu'il est entre la Maison Blanche et Georgetown où vivent discrètement les puissants.
Lorsqu'ils se retrouvent le jeudi, ils se donnent de grandes tapes sur le dos, ils rient, ils boivent aussi plus ou moins. Surtout ils jouent à leur jeu favori : trouver la date, le lieu, le nom des protagonistes d'un coup d'Etat en Afrique. Ils en trouvent toujours un nouveau. 
Et, "inévitablement, de manière prévisible", leurs conversations trouvent "le chemin du pays".
Car ils ne vont pas aussi bien qu'ils veulent en avoir l'air, quand ils le peuvent encore. Stépha le premier, qui a de plus en plus de mal à soulever le poids de son passé.
Comment vivre bien quand on ne se rappelle plus "où se trouve la cicatrice sur le visage" de son père, quand on ne pourrait plus "le distinguer au milieu des autres vieillards", quand on a compris qu'on ne reverrait plus jamais sa famille et son pays.

Mais la nature humaine est ainsi faite. Il suffit de peu de chose pour lui redonner espoir. 
Dante, sortant de l'Enfer, lui-même l'a écrit :

"Par un pertuis rond je vis apparaître
Les belles choses que portent le ciel.

                            Nous avançâmes, et une fois encore, vîmes les étoiles."

Pour Stépha, c'est la rénovation d'une maison voisine et l'arrivée de Judith, la propriétaire et de Naomi sa fille de onze ans.
 Ils vont s'approcher, partager un ou deux repas et  la lecture des "Frères Karamazov", presque se trouver.

J'ai beaucoup aimé ce livre aussi violent dans les faits que doux dans l' écriture. 
En ces périodes de déclarations tonitruantes, il nous rappelle qu'on quitte rarement tout ce qui faisait sa vie par plaisir,  que la volonté n'est pas suffisante pour se trouver à l'aise à l'autre bout du monde, que l' étranger n'est qu'un autre nous-même, un être humain. 
Je trouve que c'est beaucoup.




mercredi 1 février 2012

LES DRÔLES DE MOTS DU MERCREDI



Entre Noël et le jour de l'An, j'ai mené une vie extrêmement aventureuse, suivant Ambroise Louis GARNERAY, dont je vous ai déjà parlé, de navire corsaire en navire corsaire sur toutes les mers du monde.
Je l'ai abandonné pour l'instant fatiguée que j'étais de monter à l'abordage de navires anglais, mais  je compte bien le retrouver un jour, car ses aventures, telles qu'il les raconte dans "Moi, Garneray, artiste et corsaire" sont pleines de vie et de panache.
Parmi les très nombreux "Drôles de mots" qui parsèment le récit, j'en ai choisi deux qui  n'ont rien à voir avec la mer, par pur esprit de contradiction, je suppose...

Une cassine :
"Adieu, je m'en vais ailleurs... Bien de l'agrément, et que le diable emporte ta cassine !"

D'après le "Littré" le mot cassine peut avoir trois sens :
1. En terme de guerre : une petite maison détachée au milieu des champs, où l'on peut s'embusquer, se retrancher.
2. Une maisonnette de chétive apparence mais aussi une maison mal tenue.
3.  Familièrement : une petite maison de plaisir hors la ville.

Dans le contexte les deux dernières significations pourraien têtre retenues, bien que la maison d'Encarnacion soit située dans le village.

 Une amboulame :
" Il nous accueillit, à merveille, et s'empressa de nous emmener dans sa case, où nous attendait un repas à peu près pareil à celui que nous avait donné le sous-roi, mari de la charmante amboulame"


Après avoir lu l'une des notes figurant dans la page discussion de l'article "Madagascar" da Wikipedia, "la charmante amboulame" rencontrée par Garneray lors de son incursion à Madagascar, doit être l'une des descendantes d'immigrants polynésiens, installés dans le centre-nord de la grande île au XVIème siècle, qui peu à peu se sont métissés avec les autochtones. Ils se faisaient remarquer par leurs cheveux noirs et surtout lisses.