mercredi 16 mars 2011

LES DRÔLES DE MOT DU MERCREDI


Je voulais aujourd'hui proposer trois "drôles de mots", découverts dans le livre de Michel Pastoureau
"Le cochon, histoire d'un cousin mal aimé", lorsque je me suis (bêtement, c'est le moment de le dire) posé la question :
"Mais quelle est la différence entre un cochon et un porc ?"
Je ne pensais pas  alors qu'il était aussi difficile de trouver une réponse !

L'origine de ces deux mots d'abord, ne nous apprend pas grand-chose, cochon étant d'origine inconnue et porc, venant du latin porcus.

La consultation des dictionnaires ne s'avère guère plus éclairante et aurait même plutôt tendance  à ajouter de la confusion :
"Le nouveau Petit Robert de la langue française 2007" définit le cochon comme un "mammifère de l'ordre des artiodactyles" et le porc, de manière plus précise, comme un "mammifère ongulé omnivore (artiodactyles) au corps épais, dont la tête est terminée par un groin, qui est domestiqué et élevé pour sa chair".
Le dictionnaire Larousse est  un plus clair  en ce qui concerne le porc : C'est "un mammifère (suidé) domestique, très répandu dans le monde, élevé pour sa chair. C'est aussi le nom donné  "la chair de cet animal." Par contre la définition de cochon apparaît curieusement succincte : "synonyme du porc".

Un organisme professionnel, oppose le mot cochon "l'animal de façon générale" au terme porc qui "sert avant tout à désigner la viande".


Mais dans la pratique ce n'est pas si simple !
Alors que nous pouvons dire à un petit enfant en parlant de sa tirelire : "Va chercher ton petit cochon, pour que j'y mette une pièce dedans", il ne nous viendrait pas à l'idée de déclarer : "Va chercher ton petit porc". 
De même nous lui lisons l'histoire des "Trois petits cochons", jamais des "Trois petits porcs". 
Par contre si le même enfant revient couvert de boue et que nous sommes en colère, nous pourrons lui dire presque indifféremment : "Quel cochon (ou quel porc) tu fais!". 
Enfin si nous nous régalons d'un rôti ou de côtelettes de porc (jamais "de cochon"), nous apprécions (éventuellement !) aussi les oreilles ou les pieds "de cochon " (et non "de porc"), sans parler du cochon de lait !


Pour terminer sur une note plus constructive, voici quelques définitions complémentaires  et techniques, ce qui fait parfois du bien :

un verrasson : un jeune mâle, non mature sexuellement et destiné à la reproduction.
Un verrat : l'animal reproducteur mâle.
Une cochette : un jeune animal femelle, non mâture sexuellement, destinée à la reproduction et qui n'a  pas encore eu de petits.
Une truie :  l'animal reproducteur femelle, ayant eu des porcelets.
Une coche : une truie reproductrice, en fin de carrière de reproduction et qui est destinée à être abattue.
Un porcelet : un très jeune porc de quelques semaines destiné à produire de la viande.



A midi,  j'ai cuisiné du poisson !

dimanche 13 mars 2011

vendredi 11 mars 2011

LE COCHON : HISTOIRE D'UN COUSIN MAL-AIME



Auteur : Michel Pastoureau
Edition : Gallimard - Découvertes- 2009
Format : Poche -158 pages-


Si vous vous appelez Eberhard Pourcel et que vous habitez à Porquerolles, vous avez déjà trois bonnes raisons de lire ce livre : votre prénom, votre nom et  celui de votre village, font tous référence au sanglier ou au cochon.
Si ce n'est pas le cas, ce qui est le plus probable, n'hésitez pas non plus, car vous allez découvrir beaucoup de choses sur ce cousin biologique aimé ou méprisé qui nous accompagne depuis vingt-huit millénaires.

C'est d'abord d'histoire qu'il est question dans les deux premiers chapitres. Une histoire au long cours, qui nous fait passer du porc sauvage - qui ne serait pas le sanglier - aux cochons domestiques, heureux "Cul noir du Limousin, Gascon, Pie noir basque ou Corse", qui ont encore parfois la chance de s'ébattre au grand-air, ou malheureux  "Large White" et autres "Berkshire", parqués dans leurs porcheries industrielles et qui mourront sans jamais avoir vu le jour.
Nous suivons donc notre animal, qui n'a pas toujours été rose, du VIII ème millénaire avant notre ère, où l'homme, se sédentarisant peut le domestiquer, au monde antique (Egypte, Grèce, Rome) où il est élevé en troupeaux pour être sacrifié aux Dieux comme aux humains.
Source : Bréviaire d'amour d'Ermengal de Béziers

Nous le retrouvons ensuite au Moyen-Âge : bien que méprisé - le porcher est souvent un "simple d'esprit" -, il reste le pilier de l'alimentation carnée, puisque sa viande peut aussi bien être mangée fraîche, après l'abattage, que salée, longtemps après celui-ci.
Il vit alors parqué près des fermes, mais est aussi élevé en forêt, quand on ne le retrouve pas en pleine ville, où, gambadant, il ne manque pas de provoquer des accidents, comme celui qui coûtera la vie au fils aîné du roi Louis VI Le Gros, à Paris en 1133.
Ce n'est qu'à partir de 1740 qu'il gagnera en Grande-Bretagne la porcherie,  à l'occasion des premières tentatives d'amélioration des races porcines, et au XIX ème siecle que se développera son élevage intensif puis industriel, en lien avec la diffusion de la pomme de terre et le développement des industries agro-alimentaires pourvoyeuses de déchets dont on le nourrira.

Mais après l'histoire vient la symbolique : comme pour tout autre animal, elle est ambivalente, variant selon les contextes, mais globalement elle reste plus négative que positive, les tabous des religions monothéistes l'emportant sur les vertus que lui reconnaissaient, les celtes, les germains ou encore les romains.
D'un côté le cochon est jugé impur, se nourrissant d'ordures quand ce n'est pas pire et se vautrant dans la boue. Il l'est à tel point que les hébreux refusent non seulement de le manger mais aussi de le toucher, d'utiliser son cuir, et même de le nommer. Il est "une autre chose".
L'Islam rejette également sa chair et "tous les produits que l'on peut en retirer", et les théologiens chrétiens du Moyen-Âge, pour ne pas être en reste, en font radicalement l'un "des attributs de Satan.". Cependant, "pour les  chrétiens, il existe un bon porc : le cochon compagnon et attribut de saints" .









Le hasard faisant bien les choses, j'ai découvert ce week-end dans l'église Saint-Vincent à Nyons, ce portrait de Saint-Antoine .....et  de son cochon.





De l'autre côté, et pour équilibrer ce sombre portrait, on  lui trouve également quelques qualités, ou plutôt, les reconnaît-on surtout au sanglier et à la truie. Au premier,  Celtes et Germains accordent la force et le courage absolu. C'est pourquoi il figure sur les blasons.
Source : Wikimedia

A la seconde, la fécondité,
Source : l'élevage respectueux
Sans oublier "le petit cochon" qui doit permettre à tous d'accéder à la prospérité !

Source : Sidonie et Gédéon

Enfin, pour conclure, Michel Pastoureau aborde l'aspect le plus fascinant de cette histoire, ce qui pourrait expliquer, plus que toute autre chose l'attrait et le dégoût que le cochon  inspire : notre cousinage biologique, source de légendes, de caricatures, de pratiques et d'histoires.

Source : Wikimedia

On peut se remettre à lire !


Ce que j'ai aimé :
Comme toujours, dans cette collection :
 - le mariage texte/iconographie, toujours splendide !
-  les "Témoignages et documents" , en fin d'ouvrage, qui permettent d'approfondir l'un ou l'autre aspect de l'analyse, ou de découvrir les dates et les lieux des événements, qui maintiennent toujours vivantes les traditions porcines.
- la possibilité de lire l'ouvrage à différents niveaux : de la première à la dernière lettre, ou en survolant au  fil des commentaires qui accompagnent chaque illustration.
Ce que j'ai moins apprécié très contradictoirement :
Comme toujours dans cette collection :
- La difficulté que j'ai à lire le texte au milieu de toutes ces images !

mercredi 9 mars 2011

LES DRÔLES DE MOT DU MERCREDI



Les "Drôles de mots du mercredi"  de cette semaine renvoient tous les deux à la nourriture, mais pas tout à fait du même genre :


Le premier, le bdellium, est cité dans la Bible (Nombres-11.8)
"La manne avait la forme des graines de coriandre et était blanchâtre comme la résine du bdellium".
D'après Pline l'Ancien, qui vécut entre 23 et 79,  la résine du bdellium était une substance "transparente, parfumée, ressemblant à de la cire, graisseuse au toucher et de goût amer", et le bdellium, dont elle était issue,  un arbre de la taille d'un olivier, portant des feuilles ressemblant à celles du chêne-vert et des fruits semblables aux figues sauvages.
Cette description restant insuffisante, il fallut attendre, Lamarck (1744-1829), pour pouvoir préciser qu'il s'agissait probablement d'un "Balsamier- Balsam tree-  de la famille des thérébintacées".
Est-ce que cela vous éclaire ?


Le second, le stifado, plus prosaïque,  est tiré du livre de Bertina Heirichs "La joueuse d'échecs", qui se déroule dans l'île grecque de Naxos.
"Il mangea avec beaucoup d'appétit le stifado qu'Eleni avait préparé."
Il s'agit d'un plat traditionnel du sud de la Grèce et des îles, composé de cubes de boeuf revenus puis cuits longuement dans un peu de vin ou de vinaigre, avec des oignons, des tomates, de l'ail, du laurier et du cumin. Certaines recettes mentionnent également de la cannelle, des pommes de terre nouvelles, des petites fèves et des coeurs de petits artichauts.
C'est beaucoup plus parlant !

Sources :
-  Jewish- Encyclopedia
- Sites : Marmiton et Allrecipes

vendredi 4 mars 2011

LA JOUEUSE D'ECHECS



Auteur : Bertina HEINRICHS
Editions : Liana Levi  -2005-
Format : Poche  -156pages-

Bertina HEINRICHS est allemande. C'est pourtant en français qu'elle a choisi d'écrire ce premier livre, qui a reçu de nombreux prix régionaux, et c'est dans l'île grecque de Naxos qu'il se déroule, sur très peu de mois.
Eleni, la quarantaine passée, native de l'île où elle vit avec son mari Panis le garagiste et leurs deux enfants, travaille comme femme de chambre, depuis des années,  dans un hôtel qui domine la ville.
Elle aime bien son existence, peut-être parce que sa patronne est sympathique - elle l'attend tous les matins avec une tasse de café- peut-être aussi  parce que son métier lui permet de rêver : quelques vêtements laissés sur une chaise, des pots sur l'étagère de la salle de bains, les sonorités d'une langue que pourtant elle ne comprend pas, ces petits indices lui indiquent toujours d'où viennent les clients  : Allemagne, Italie ou encore mieux France.
Car Eleni à un faible pour Paris.  C'est dans la chambre d'un couple de français justement, la chemise de nuit et le petit flacon de parfum "enivrant" qu'elle prend le temps de respirer ne peuvent mentir, qu'en balayant , elle fait tomber  d'un échiquier une petite pièce noire.
Et cette petite pièce noire va tout changer, bon gré mal gré, dans sa vie, celle de son mari et même celle de son ancien instituteur qui, étonné, va lui servir de mentor et donner à celle que certains appellent "la boniche" une nouvelle dignité.

Ce que j'ai particulièrement aimé :
- La manière dont Bertina Heinrichs décrit la passion qui saisit Elina, car c'est  bien de cela qu'il s'agit. Non par de grandes envolées, mais par l'accumulation de détails prosaïques, ne plus boire son café, "expédier" le dîner qu'elle aimait préparer, éviter l'amie bavarde. Elina n'a plus de temps pour ses ces petits plaisirs, quelque chose de bien plus grand l'attend :
 "Ce lambeau de vie qui lui appartient en propre, où se manifestait une soif d'apprendre jusque là ignorée", "cette sensation de basculer dans un autre univers chaque fois qu'elle s'attablait devant un échiquier".
- Le vocabulaire des échecs,  qui fait rêver :   "La partie espagnole", "la partie viennoise", la défense Cordel moderne", le système Rauser", l'attaque Max-Lange" la défense sicilienne "le gambit Göring" et surtout entre poésie et technologie, "le dragon semi-accéléré" et "le dragon accéléré."

Ce que j'ai regretté :
- N'étant pas joueuse d'échecs,  ne pas pouvoir réellement apprécier la subtilité des tactiques mises en oeuvre par Eleni.
- Bêtement, je dois le reconnaître, la référence précise au parfum, qui accompagne et structure cette aventure intérieure.

Voilà donc un livre que j'ai lu avec plaisir. Je crains cependant de l'oublier assez vite, sans pouvoir expliquer pourquoi.

Malheureusement, malgré mes recherches, je n'ai pas trouvé de références à une version en anglais.

J'ai lu ce livre dans le cadre de "Lire à Embrun 2011"

mercredi 2 mars 2011

LES DRÔLES DE MOT DU MERCREDI

Lorsqu'on rencontre dans un livre un mot d'origine étrangère, le plus souvent imprimé en italique, on en comprend, en général,  à peu près le sens.
Mais combien de fois ne se dit-on pas aussi :
"Mais c'est quoi exactement ?"
La lecture de "Mille soleils splendides" de Khaled Hosseini, a été l'occasion pour moi de revivre cette expérience.

J'aurais bien aimé avoir une image plus précise de la kolba dans laquelle vivent Mariam et sa mère Nana ! J'ai compris que c'était une (très ) petite maison, voire une hutte un peu solide, sans arriver pourtant à m'en construire une image précise... Je resterai sur ma faim, car malgré mes recherches je n'en ai pas appris plus!

J'ai eu plus de chance avec le chapan :
"L'homme qui lui parle a une barbe striée de gris et porte un chapan par-dessus une tunique longue et un pantalon."
il s'agit d'un long manteau, porté par les hommes notamment en Afghanistan,"en laine, en coton ou en soie, dont la coupe protège mieux des rigueurs de l'hiver et dont l'ampleur est compatible avec la monte à cheval et la position accroupie, les devants du manteau couvrant bien les jambes."
Site : Hasangam
Les chapans "par leurs matières et leurs finitions, offrent toute la gamme des façons, du manteau le plus humble au plus prestigieux, du rural au citadin, du bon marché au plus coûteux."

Photo : Reuter




 En fait, le chapan ne nous est pas inconnu !
Nous l'avons vu à de multiples reprises, porté par le Président Afgan, Hamid Karzaï !
A présent nous pourrons le nommer !






Pour finir : le mot chapan est également employé dans l'expression afghane "donner un chapan", ce qui correspond chez nous à "donner un pot de vin".
Dans tous les cas c'est donc le prix d'une faveur obtenue.

Source : Pierre Centlivres et Michèle Centlivres-Demont "Et si on parlait de l'Afghanistan" 1964-1980