samedi 14 septembre 2019

LES FANTÔMES DU VIEUX PAYS






Titre original : "The Nix"
Auteur : NATHAN HILL
Traduction : Mathilde BACH
Editions : Gallimard Folio - 2017 - 950 pages

Voici un (très) gros roman, comme je les aime, lu durant cet été, si pauvre par ailleurs en lectures.
Un roman, qui fait fait rire et pleurer et qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière page, nous laissant  enfin espérer la paix pour ses deux héros tendres et fragiles. 

D'un côté le narrateur, Samuel Anderson, la trentaine,  jeune professeur de littérature à l'Université de Chicago. Un petit professeur pour le moment, qui semble s'ennuyer ferme, mal dans sa peau et qui se réfugie plus qu'il ne le faudrait dans les arcanes du  monde d"'Elfscape", un jeu vidéo qui le maintient des nuits durant devant l'écran de son ordinateur. Il faut dire qu'il ne s'est jamais remis du départ de sa mère, qui s'est effacée de sa vie alors qu'il avait onze ans.

De l'autre "Calamity Packer,"  la soixantaine, ainsi abusivement surnommée par la presse pour avoir "agressé" le très conservateur sénateur Packer, en campagne présidentielle. Un surnom bien inadapté à cette femme fragile et persuadée depuis son enfance qu'elle n'est qu'une "imposture".

Toute l'intrigue va se nouer lorsqu'il apparaît que "Calamity Packer" n'est autre que Faye Andresen-Anderson, la mère du précédent.



John Bauer :"La princesse et les Trolls" - 1913 - Source : repro-tableaux.com


C'est par une suite de chapitres qui  font alterner, les évènements actuels, ceux de l'enfance de Samuel et les étapes de la vie de sa mère,  que peu à peu la lumière sur leurs vies d'hier et d'aujourd'hui se fera.
Nous allons donc  successivement  partager avec nos héros et ceux qui les entourent, les risques qu'il y a à vivre sur un campus américain aujourd'hui,  l'ennui  d'une existence étriquée dans petite ville de l'Ohio dans les années 1960,  les dangers et pas seulement mentaux qui nous menacent dans le monde virtuel, l'ineptie du monde de l'édition, les affres des pauvres jeunes-filles en proie aux attaques de panique, l'effrayant monde des elfes norvégiens,  la violence des grandes manifestations pourtant pacifistes de Chicago en 1968, la rudesse d'un village  près du cap nord... et bien d'autres choses encore !


Les émeutes de Chicago, lors de la convention démocrate de1968.

Il ya dans ce roman, les doux, les tendres, les innocents et tout autant de veules, de malhonnêtes , de fous furieux.

Certains chapitres sont désopilants, comme celui dans lequel notre pauvre héros affronte l'une de ses étudiantes, tricheuse invétérée. On rit jaune, tellement ce qui est dit ou fait, illustre bien notre époque, mais on rit. 
D'autres sont poignants, comme ceux qui décrivent l'adolescence de Faye, prise en étau entre ses désirs, ses angoisses et le passé de son père mutique, ou l'enfance pleurnicharde de Samuel, illuminée un moment par sa rencontre avec la belle Bethany.

Les personnages sont attachants ou repoussants, les descriptions magistrales, notamment celles des émeutes, ou des combats virtuels sur '"Elfscape", dans lesquels se débat Samuel, tout autant que sa mère le faisait, contre les elfes émigrés avec son père de la lointaine Norvège.

Un vrai plaisir de le lecture, donc, qui nous fait attendre avec impatience, l'éventuel second ouvrage de ce jeune auteur.

Keisha avait également beaucoup aimé. Aifelle également.


mardi 3 septembre 2019

JOURNAL DE MON JARDIN





Titre original : "Illustrated Garden Book"
Auteure : VICTORIA SACKVILLE-WEST
Traduction : Patrick REUMAUX
Illustrations : Arthur Harry CHURCH et Xavier CARTERET
Editions : Klincksieck  - 2018 -380 pages.

Amies jardinières, amis jardiniers, mais aussi simples lecteurs, posez tout de suite bêches ou plantoirs, pour vous procurer au plus vite cet ouvrage, qui vous permettra de jouir à la fois, du plaisir de tenir entre vos mains ce joli livre illustré de charmantes aquarelles et de belles planches botaniques et de traverser l'année en compagnie d'une illustre jardinière, prodigue en conseils techniques, aussi pointus que poétiques, quand ils ne sont pas d'un renversant bon sens ou pétris d'un sens de l'économie, que l'on ne s'attend pas à trouver chez une aussi aristocratique personne.




Car notre guide ici n'est autre que Lady Victoria Sackville-West, créatrice à partir de 1930,  avec  Harold Nicolson, son tout aussi sélect époux, du magnifique jardin de Sissinghurst, dans le Kent. Un des plus beaux jardin d'Angleterre - c'est dire !- et l'un des plus visités au monde.


Source : eurotunnel.com


L'année va donc se dérouler, mois après mois en sa compagnie. En mettant nos pas dans les siens,  nous allons parcourir son domaine, découvrir sous sa houlette la fleur, l'arbuste, l'arbre, qui se montre particulièrement remarquable à ce moment de l'année, apprendre grâce à elle, le "truc" qui change tout et qui nous donnera tous les atouts pour une franche réussite. 
Plantation, entretien, taille, usage en bouquets ou en cuisine, tout est abordé ici, non pas d'un ton docte, bien que sa science soit profonde, mais à la manière d'une amie, qui  partage avec vous son savoir lors d'une simple conversation, avec une liberté de ton pleine de vie et de charme. 
On saute souvent du coq à l'âne, mais n'est-ce pas un des plaisirs des échanges amicaux ?


Rosier Alain Blanchard. Source : les-racine-du-vent-.fr


Prenons le mois de juillet par exemple. Au programme : 

"Faites pousser vous-même vos plantes - Alstroemeria - Plus de choses sur les magnolias - Quelques-unes de mes roses favorites - Eremurus - Daphnés - L'importance de l'échelle - Cruauté du jardinage - Le jardin blanc de Sissinghurst - L'Acanthus - Ôter les fleurs mortes - La campanule - Un bel arbrisseau - Rose des Gitans - Phlox - Encore des roses."

Et tout est ainsi, mois après mois.

Mais être jardinier - un vrai ! - ne consiste pas seulement à savoir faire pousser des plantes. Il faut être également peintre ou poète  et Victoria Sackville-West, l'est sans conteste à sa manière, aussi sensible que pragmatique.

Ainsi du Prunus sargenti :

" ... un très joli arbre aux fleurs roses au printemps, mais plus beau encore en automne quand les fleurs deviennent rouges, surtout si vous l'avez planté de façon que le soleil du matin et les rayons du couchant illuminent les feuilles et les rendent transparentes. Il me semble que c'est là un point très important que tous les jardiniers sensibles aux coloris d'automne devraient observer : la transparence."

Ou bien du Rosa filipes :

"Si vous voulez un vigoureux rosier grimpant, qui se développe de façon incroyable en une saison, essayez d'obtenir Rosa Filipes, idéal pour grimper dans un vieil arbre qu'il drapera rapidement de longues guirlandes pendantes vert pâle, ornées de bouquets de petites fleurs blanches à centre jaune. Cela fait l'effet d'une dentelle aux myriades de petits yeux d'or fixés sur vous à travers les mailles. Cela a l'air d'être une description fantaisiste du genre que je déteste chez les autres écrivains traitant des questions d'horticulture, mais il y a des moments où l'on est obligé de toucher le fond, si l'on tente de partager ses impressions par un soir d'été parfait où tout retient son souffle. On s'assoit, on regarde, on essaie de s'emplir de tout ce que l'on voit en même temps, que l'on écoute les bruits d'une nuit d'été - les jeunes effraies ahanant dans leur nid au-dessus de l'étable, l'âne qui braie, le plop d'un gland qui tombe dans l'étang."



Le jardin blanc de Sissinghurst. Source : natuionaltrust.org.uk


Peut-être pensez-vous que ce livre n'est pas pour vous, soit parce que vous n'avez pas la chance de profiter de quelques mètres carrés de terre, soit que plus simplement vous n'appréciez pas de mettre vos mains dans la terre.
Ce serait pourtant une erreur. Car c'est l'occasion de mieux connaître cette femme, dont on ne retient encore trop souvent, qu'elle fût l'amie-amante de Virginia Woolf,  qui la peignit,  dans un long parcours à travers les siècles, sous les traits  de l'ambivalent "Orlando".

Or ce que nous découvrons, c'est l'image même d'une femme  libre et forte, pleine d'énergie, de confiance en elle, une femme riche d'un savoir, et d'un art, que tous les professionnels sont loin d'avoir toujours, une femme qui ne s'embarrasse pas  de "chichis", mais va droit au but, tout en étant capable par ailleurs, d'écrire un long et sensible poème de plusieurs pages pour conclure chaque saison de cet ouvrage.

Un double plaisir en vérité !

Un conseil pour terminer : munissez-vous d'une tablette pour pouvoir page après page, admirez les nombreuses plantes et fleurs qui sont évoquées ici. Vous ne le regrettrez pas !

ICI AUSSI, C'EST LA RENTREE !





Et pour commencer l'année, je vous propose des fleurs, encore des fleurs... avant qu'elles ne soient plus qu'un souvenir, jusqu'au printemps prochain !


lundi 29 juillet 2019

BLEUES


Juste à l'endroit où la route du col du Galibier, rejoint celle du col du Lautaret, face au magnifique massif de la Meije et au glacier de l'Homme, que l'on admire d'autant plus qu'on le sait menacé, s'étage, à 2060 mètres d'altitude LE JARDIN ALPIN DU LAUTARET.

Riche de 2000 plantes alpines (= d'altitude) du monde entier - les plantes propres aux Alpes sont des plantes alpiennes - c'est chaque année un enchantement et une source de connaissances toujours renouvelée.




Cette année, je ne sais pourquoi, j'ai choisi de m'intéresser particulièrement aux fleurs bleues, exercice moins facile qu'il n'y parait, chacun ayant du bleu une perception très personnelle, comme me l'ont prouvé les discussions  animées, entamées devant certains spécimens : bleus ?  Mauves ?  Violets ? chacun ayant son avis et y tenant.

Ceci n'est donc que mon choix....

Tout d'abord omniprésente à ce moment de l'année, voici, la Polémoine bleue  (il en existe également une blanche), inconnue à l'état sauvage dans le reste des Hautes-Alpes,  mais qui par contre ici  est partout dans le jardin, formant de belles masses d'un bleu intense.




En matière d'intensité elle est cependant dépassée par le coussin formé par cette belle inconnue, une incongruité dans ce lieu où tout est soigneusement étiqueté,




ou par celui, tout aussi éclatant, du grand  Pied d'alouette.




Le bleu sait aussi se faire plus discret, tel celui de cette charmante Véronique  d'Autriche, dont l'aire s'étend du centre de l'Europe, jusqu'à la Russie.




D'un ton encore plus doux, voici le bien nommé, Pavot hérissé, natif de Chine et de l'Himalaya.
Il reste aussi délicat que parfait à mon goût...





Enfin, voici  les "vedettes", aussi incontestables qu'incontestées !

La première est locale : le Panicaut des Alpes, dont le bleu gris s'affirme, lorsqu'il est pollinisé, indiquant  ainsi aux rares insectes qui vivent à cette altitude, qu'ils doivent à présent s'occuper de ses voisins*.







La seconde, délicatement ombragée sous le couvert d'un arbuste, laisse sans voix :  le Pavot Bleu de l'Himalaya aussi beau à peine ouvert qu'épanoui, vers lequel se penchent tous ses admirateurs éblouis.







Et les gentianes me direz-vous. Je n'en ai pas vu ici. Par contre j'ai eu le bonheur d'en admirer deux au retour,  sur les tables des "Floralies Alpines de Serre-Chevalier", dans le village de La Salle-les-Alpes.
 
Voici donc pour terminer  la Gentiane à feuilles orbiculaires,




et la minuscule et si belle, Gentiane de Bavière,




Bleues, oui, vraiment bleues !


 *Source : reporterre.net

lundi 8 juillet 2019

ÊTRE AMOUREUX


" Nous le rejoignîmes : en effet c'était une nuit comme je n'en vis plus jamais par la suite. La lune pleine se tenait au-dessus de la maison, derrière nous, de sorte qu'on ne la voyait pas et que la moitié de l'ombre du toit, des poteaux de bois et des rideaux de toile de la véranda était couchée de biais, en raccourci, sur le sentier sablonneux et sur le cercle de gazon. Tout le reste était clair, enveloppé par la rosée argentée et par la lumière de la lune. Le large chemin fleuri que recouvrait d'un côté l'ombre oblique des dahlias et de leurs tuteurs, toute claire, froide et brillante avec son gravier irrégulier, se perdait dans le brouillard et le lointain. A travers les arbres, on apercevait le toit lumineux de la serre, et du fossé montait un brouillard qui s'épaississait. Déjà quelques bosquets dénudés de lilas étaient lumineux jusqu'à leurs rameaux. On pouvait distinguer l'une de l'autre toutes les fleurs trempées par la rosée. L'ombre et la lumière se fondaient si bien dans les allées que celles-ci semblaient faites non d'arbres et de chemins, mais de maisons transparentes, oscillantes et frémissantes. A droite, dans l'ombre de la maison, tout était noir, indistinct et effrayant. Par contre, la cime capricieusement déployée du peuplier qui restait là bizarrement près de la maison, en haut dans la vive lumière, au lieu de s'enfuir quelque part, très loin dans le ciel bleuâtre qui semblait s'éloigner, émergeait, encore plus claire, de cette obscurité[...]



"La Nuit, effet de lune". Félix Valotton.

Il ne m'avait jamais donné le bras, ce fut moi qui pris le sien et il ne trouva pas cela anormal [... ]
Tout le monde, ce ciel, ce jardin, cet air n'étaient plus ceux que je connaissais.
Lorsque je regardais en avant, dans l'allée que nous suivions, j'avais tout le temps l'impression qu'on ne pouvait aller plus loin dans cette direction, que là-bas le monde du possible prenait fin, que tout cela devait être fixé à jamais dans sa beauté. Mais nous avancions, le monde enchanté de la beauté s'écartait et nous laissait passer ; notre jardin familier semblait être là-bas lui aussi, avec ses arbres, ses sentiers, ses feuilles mortes. En effet, nous longions des chemins, nous posions le pied sur des cercles de lumière et d'ombre, une feuille sèche craquait sous nos pas, un rameau frais effleurait mon visage. C'était bien lui qui, marchant d'un pas égal sans mot dire à côté de moi, soutenait mon bras avec précaution ; c'était bien Katia qui nous emboîtait le pas en faisant grincer ses souliers. Et c'était assurément la lune qui brillait dans le ciel au-dessus de nous à travers les branches immobiles...
Mais à chaque pas derrière nous et devant nous, le mur enchanté se refermait et je cessais de croire qu'on pût encore aller plus loin, cessais de croire en tout ce qui était.
- Oh ! une grenouille ! fit Katia.
" Qui dit cela et pourquoi ?" songeai-je. Mais ensuite je me rappelai que c'était Katia, qu'elle avait peur des grenouilles et je regardai à mes pieds. Une petite rainette fit un bond et disparut sous mes yeux, et l'on vit sa petite ombre sur l'argile claire du sentier.
- Et vous, vous n'avez pas peur ? me dit-il.
Je tournai la tête vers lui. Un tilleul manquait dans l'allée à l'endroit où nous passions... je voyais nettement son visage. Il était si beau, si radieux...
Il m'avait dit  : " Et vous, vous n'avez pas peur ?" J'avais entendu : "Je t'aime, chère enfant !" "Je t'aime, je t'aime !" répétaient son regard, son bras ; et la lumière, et l'ombre, et l'air, tout répétait les mêmes mots."


Extrait de : 

TOLSTOÏ. 
"Le bonheur conjugal

Traduction de Sylvie LUNEAU
Editions : Gallimard. Folio classique n° 622 (contient également "Le Diable" et "Lza Sonate à Kreutzer".)

lundi 1 juillet 2019

FRAÎCHEUR DES CHAMPS, FRAÎCHEURS DES VILLES...


Vous reconnaîtrez que je fais preuve d'un bel optimisme ou peut-être d'un sérieux dérangement mental, en utilisant par les temps qui courent, le joli mot de FRAÎCHEUR.

Pourtant, pour lutter contre les 40° et parfois plus en ville, qu'il nous a fallu affronter, et ce n'est probablement et malheureusement pas prêt de s'arrêter, j'ai trouvé durant ces dix jours, deux excellentes solutions :

Fraîcheur des champs :

Monter encore plus haut qu'à l'altitude où nous habitons ; dépasser Briançon et prendre la route de l'Italie ; juste avant d'entamer la montée du col du Montgenèvre, tourner à gauche ; entrer dans la merveilleuse vallée de Névache, et rouler lentement le long du torrent devenu ici presque une rivière ; traverser les villages déjà fleuris, mais encore de lilas et de pivoines ; atteindre le dernier, au moment où les premiers touristes de l'été sont déjà attablés à la terrasse de ce qui semble être le seul restaurant ; suivre une flèche et découvrir ce beau lieu *, où des tables sont dressées sous les arbres et les lilas en fleurs ; s'attabler pas très loin de la fontaine et se dire qu'ici, ma foi,  il fait vraiment très bon....







Fraîcheur des villes :

Après avoir déjeuné rapidement à une terrasse, car il fait trop chaud, car il y a trop de bruit, fait quelques courses nécessaires, dont pas mal de livres - on comprendra la nécessité -  se demander alors comment meubler le restant de cet après-midi puisque même la visite d'une autre librairie ne nous dit rien, ;  penser alors  au musée**, dont on admire régulièrement les expositions.
S'y rendre en rasant les murs et en s'accordant la pause "glace" que l'on trouve nécessaire.
Entrer dans le musée et respirer : il y fait délicieusement frais et le public est rare. Obtenir ses tickets sans contrepartie, canicule ici égale gratuité. Pénétrer dans les vastes salles aux murs blancs et aux sols parquetés de clair. Se dire que l'on n'a plus qu'à admirer, d'autant plus facilement que les fauteuils regroupés au centre sont  bien confortables.

Il y a des fleurs et des fruits :

Frédéric BAZILLE Fleurs. 1868




Osias BERT (1580-1642). Fruits et verres



Des paysages qui en cette saison font rêver :

Francesco FOSCHI. Paysage montagneux sous la neige avec diligence. 1805.




Gustave DORE. Lac en Ecosse après l'orage.







































Des jardins accueillants :


Georgette AGUTTE (1867-1922). Le café dans le jardin.




Georgette AGUTTE (1867-1922). Le jardin à Bonnières.





Des animaux charmeurs :


Marc CHAGALL (1887-1985) Le marchand de bestiaux




Georges LEBRUN. La chasse. Avant 1914






Des visages émouvants ou pleins d'énergie :


Victoria DUBOURG (1840-1926). 
Portrait de Melle Charlotte Dubourg, soeur de l'auteur.













Attribué à Adelaïde LABILLE-GUIARD ( 1749-1803)
Portrait d'un artiste.


Des rêves éveillés :


Séraphine LOUIS, dîte  Séraphine de Senlis.
Fruits. Vers 1928



























Marc CHAGALL (1887-1985)
Songe d'une nuit d'été.


























Largement plus de deux heures après, vivifié, on se sent prêt à affronter la touffeur du soir.


Au coeur du village de Névache - Le Creux Des souches - Gite - Auberge - Restaurant
Tel : +33(0)492211634 - Mail : lecreuxdessouches@gmail.com
** Musée de Grenoble : 5, place de Lavalette. 38000 Grenoble

lundi 24 juin 2019

BLOG, EN MODE ETE !


Ceci sera mon premier article... en mode "été".
Je sais que durant deux mois je n'aurai guère le temps d'écrire. Par contre recopier un texte qui m'a intéressée ou émue, partager quelques photos, souvenirs de bons moments, me semble encore à ma portée. Plutôt qu'une pause radicale c'est donc la formule que j'ai choisie pour cet été.

Premier texte donc, tiré du très émouvant recueil de textes que Joyce Carol Oates a regroupés sous le titre "Paysage perdu", dont Tania, nous avait parlé ici.

Ce paysage perdu, c'est celui de son enfance dans une  ferme de l'état de New-York, auprès de ses parents, qu'elle sait évoquer avec tant de tendresse et de respect. C'est le chemin d'une enfant devenue écrivain.



Joyce Carol Oates à Pâques, le 17 avril 1949. Photo Fred Oates.

Ce texte est adressé à sa mère Carolina Oates.

"Jonquilles, narcisses, tulipes, naissant des bulbes que tu avais plantés dans les parterres autour de la maison.
Pivoines rouges, pivoines rose pâle, spirées, zinnias. Lilas, azalées.
Poussant à l'état sauvage le long de la clotûre derrière la vieille grange, volubilis, pois de senteur et houx.
Sauvages et résistants comme les plus hautes des mauvaises herbes, des tournesols aux limites de la basse-cour.
Ta fleur favorite, les roses. Ta rose favorite, Double Delight.
Ton légume de jardin préféré, les tomates. Tes tomates préférées les First Ladies. 
Un  inventaire de nos vies.
Le monde perdu des lessives (campagnardes) : cordes à linge, draps, serviettes, pantalons, robes, sous-vêtements, chaussettes claquant au vent, un vent qui semblait incessant, comme cela paraît primitif aujourd'hui !
Et pourtant il y avait du plaisir dans la répétition, dans la familiarité même de la tâche. Prendre chaque pièce de la lessive, la secouer, la lisser, la fixer sur la corde par des épingles en bois. De ma petite chambre d'enfant au premier étage, au fond de la maison, je pouvais à tout moment regarder par la fenêtre la lessive sécher sur les cordes et y voir un reflet de notre famille, comme des silhouettes fantomatiques aperçues dans l'eau."



Le rosier Double Delight. Source : Promesse de fleurs.


Joyce Carol Oates
"Paysage perdu". De l'enfant à l'écrivain Récit.
Editions Philippe Rey - 2017 - 417 pages