dimanche 19 mai 2013

BAROQUES


Avant d'entamer cette journée avec la passionnante Isabelle RIVE, je ne me doutais pas que les austères églises du Queyras, contenaient autant de surprises.


Eglise Saint-Laurent -Arvieux-  Hautes-Alpes. France

Eglise Saint-Pierre -Abriès- Hautes-Alpes. France

Eglise Saint-Véran -Saint-Véran- Hautes-Alpes. France

Eglise Saint-Romain -Molines en Queyras. 
Hautes-Alpes. France





















Voûtes peintes,


Saint-Pierre d'Abriès -Abriès-  Hautes-Alpes. France

retables surchargés,


Eglise Saint-Laurent -Arvieux-  Hautes-Alpes. France

pilastres rutilants,


Eglise Saint-Romain -Molines en Queyras. Hautes-Alpes. France

monstres menaçants,


Eglise Saint-Véran -Saint-Véran- Hautes-Alpes. France

une véritable débauche de séraphins et de chérubins éclatant de dorures,


Eglise Saint-Véran -Saint-Véran- Hautes-Alpes. France

tout l'attirail de la contre-réforme et de son bras armé, le baroque, pour réaffirmer la puissance d'une église catholique un peu oubliée dans ces hautes-vallées qui avaient si bien su accueillir les Vaudois.

mercredi 15 mai 2013

LA FEMME QUI TREMBLE

"Une histoire de mes nerfs"



Titre original : "The Shaking Woman or a History of My Nerves" -2009-
Auteure : Siri HUSTVEDT
Traductrice : Christine LEBOEUF
Editions : Actes Sud-Babel -2010- 257 pages


Siri HUSTVEDT,  grande migraineuse depuis l'enfance et de ce fait victime de la"divine exaltation", des scintillements des trous noirs voire des hallucinations visuelles, qui précèdent ou accompagnent ces crises douloureuses a 51 ans , quand, en 2005, deux ans et demi après la mort d'un père qu'elle chérissait, elle s'apprète à prendre la parole pour lui rendre hommage, au pied du sapin qui a été planté à sa mémoire.
Famille, amis, anciens collègues l'entourent, dans cette ville où elle est née et où elle a passé son enfance. Un moment émouvant, certes, mais pas particulièrement effrayant a priori, pour une intellectuelle de sa trempe, qui a l'habitude de s'exprimer en public.
Pourtant à peine les premiers mots prononcés, et sans que sa voix en soit altérée, elle se met à trembler violemment du cou jusqu'aux pieds. Ces tremblements ne cesseront qu'une fois le dernier mot prononcé.
Devant la récurrence du phénomène, qui la fait  de manière angoissante, se découvrir dédoublée sans pouvoir rien contrôler, déjà portée par une curiosité initiale, devenue passion impérieuse pour "tout ce qui touche [son] propre système nerveux",  elle décide, faute de pouvoir guérir, de chercher à comprendre son mal.

 "Qui sommes-nous ?...
  Qu'est-ce que le corps et qu'est-ce que l'esprit ?...
  Chacun d'entre-nous est-il singulier ou pluriel ?...
  Comment nous souvenons-nous des choses et comment les oublions-nous ?...
  Comment lisons-nous un symptome ou une maladie ?..."
telles sont quelques unes des questions que Siri HUSTVEDT, se pose.

Pour y répondre, elle convoque tous  ceux qui se sont interrogés sur nos cerveaux, de Galien, le médecin de l'empereur Marc-Aurèle aux  neurologues psychiatres, psychanalistes, neuro-psychiatres contemporains qu'elle consulte de manière fictive ou réelle ; lectrice boulimique elle interroge tous les écrits qu'elle a  pu étudier et qu'ont produits scientifiques ou philosophes ; elle n'oublie pas son histoire et fouille dans son passé pour confronter ces théories à ses expériences personnelles,  lointaines ou proches, ou à celles des "individus, atteints de maladies complexes" auprès desquels, depuis des années, elle anime un stage d'écriture dans une clinique psychiatrique ; elle se soumet enfin à tous les examens qui lui sont prescrits et teste différentes molécules. 
En vain ou presque, le mystère reste entier. 

Je dois l'avouer tout de suite cet essai ne se lit pas comme un roman et m'a donné parfois du fil à retordre !
J'ai été gênée, par l'absence de chapitres : 257 pages d'une seule traite sur un sujet ardu font souhaiter quelques pauses ! J'ai été également parfois accablée par autant de références dans des domaines que je suis loin de bien maîtriser.

Cependant par beaucoup d'aspects ce livre m'a aussi passionnée :
Parce qu'il nous permet de partager les expériences douloureuses et déconcertantes d'un autre être humain, parce qu'il nous renvoie à nos propres troubles et à la façon dont nous essayons de les juguler ou de nous interroger à leur sujet, parce qu'il soulève un coin du voile sur les mystères de nos  cerveaux, de nos pensées, de nos cultures et nous fait découvrir toutes les stratégies que nous mettons en place pour faire face à la souffrance et à la perte d'une partie de soi ou à celle d'un autre.
On y trouve également une belle leçon de vie : comment apprendre à vivre, avec la douleur, comment accepter de ne plus y porter trop d'attention, pour ne pas l'exacerber.
Accepter en quelque sorte d'être aussi "la femme qui tremble".

dimanche 12 mai 2013

DRÔLE D'OISEAU !

Protection des abeilles oblige, nous avons soigneusement laissé les pissenlits envahir notre jardin.
Mais visiblement elles ne sont pas les seules à les apprécier !
Durant une bonne heure ce chardonneret nous a donné un bien curieux spectacle :

Acte I  :
Il se pose sur une tige de pissenlit , en arrache et en mange consciencieusement les graines :


Acte II : 
Cela doit être un travail bien fatigant car, toujours sur la même tige, il glisse sa tête sous son aile et pique un petit somme.


Acte III :
Il change de tige et recommence son manége :


Acte IV :
suivi d'une nouvelle petite sieste...


Acte V :
Puis lassé des pissenlits et constatant que la mangeoire hivernale est fermée pour l'été,


Il s'envole !

mercredi 8 mai 2013

L'ATELIER DES STRESOR



Auteure : Cécile OUMHANI
Editions : Elyzad -2012- 160 p


Juste quelques traces.

C'est tout ce qu'il reste de l'oeuvre d'Henry STRESOR et de celle de sa fille Anne-Renée,  pourtant l'une des très rares femmes admises à l'Académie Royale de peinture  et de sculpture, dans cette seconde partie du XVIIème siècle.
Peu d'images, quelques textes, souvent difficilement lisibles, et c'est tout.

C'est pourtant à partir de ces petits riens, que Cécile OUMHANI, a écrit  ce beau roman.
Deux parties, l'une pour évoquer le père, l'autre  pour rappeler la fille, tous deux liés, au-delà de leur amour réciproque et de leur passion pour la peinture,  par une culpabilité tue et pourtant partagée.
S'il était revenu comme il l'avait dit en juin à Magdebourg, si elle avait fait preuve de plus de sollicitude...

Car leur parcours est différent et semblable, marqué par l'exil, subi et choisi : la guerre de Trente ans pour le père,  la disparition de toute sa famille, son choix de rejoindre Paris et l'atelier des frères Le Nain, son installation chez le jovial Louis Buart maître-peintre et chanteur, son succès et son bonheur, sensés compenser la perte d'une famille victime de la peste, d'un pays ravagé, d'une langue et d'une religion considérée hérétique.
Une vie chaleureuse pour la fille, la joie d'être élue par son père qui lui enseigne son art mais lui tait tout son histoire, un succès exceptionnel qui comble ses parents mais l'éloigne de ses amis, les joies de la vanité et de l'amour,  le rejet aussi par crainte d'une mésalliance, pour finir l'enfermement volontaire dans un couvent et le besoin de s'y consumer.


Louis Le Nain -"La visite chez la grand-mère"


Pour parler de ces êtres, sensibles et tourmentés Cécile OUMHANI a choisi un beau parti : un plan simple, une succession de tableaux - chaque scène en est un au sens pictural du terme, un beau style, classique, riche de mots anciens qui parfois interrogent mais charment toujours.

Tout a été ressenti ici et ce qui est écrit a d'abord été vu, senti, touché entendu, goûté :

"Les ruines, les gibets, les cadavres et la mort, il les a laissés là-bas sur une autre rive. Les sinistres bouffées d'avant, il les a éloignées en respirant à pleins poumons l'odeur des pigments de l'atelier. La griffe osseuse de la vieille voisine et son récit funèbre, il les a repoussés dans son sommeil, en noyant sa tête dans la chevelure de Catherine endormie. Le silence mortel des rues de sa ville s'est fondu dans une épaisse nuit, éclipsé par le souffle de Catherine à son oreille, la chaleur de son ventre contre le sien."

Pour finir un bel objet : couverture attrayante, papier épais, mise en page claire, belle typographie...
Vraiment que demander de plus ? 

mercredi 1 mai 2013

UNE TRISTE NOUVELLE


Cliché : Photo club de Montreuil

La conteuse, chanteuse, auteure haïtienne, Mimi BARTHELEMY est décédée le 27 avril dernier, à Paris.

Elle contait en français et en créole haïtien "dans le souci de transmettre ce qu'elle a reçu en partage et d'en être témoin à part entière au sein de la francophonie".*

Elle avait publié de nombreux ouvrages pour la jeunesse, en France, en Haïti, au Canada. 
Elle dirigeait également la collection "Les petites histoires du monde" aux Editions Vents d'ailleurs.

Catherine Bayle,  qui avait publié avec elle deux ouvrages ,"La Création de l' île de la tortue" et 
"Les perles de Zima" a eu la gentillesse de m'en informer.


Elles avaient commencé ensemble à travailler sur un nouveau livre, que malheureusement, nous n'aurons pas la joie de lire à nos enfants, petits-enfants, arrière-petits enfants...

*People Bo Kay

CHRONIQUE D'HIVER




Titre original : "Winter journal" - 2012 -
Auteur : Paul AUSTER
Traduction : Pierre FURLAN
Editions : Actes Sud/Leméac - 2013- 252 pages


Devant ce fait incontestable : il n'est plus jeune, soixante-quatre ans, au moment où il achève ce manuscrit, Paul Auster choisit de faire un retour sur sa vie en empruntant un chemin original, les sensations, toutes celles  "qui viennent de vivre dans ce corps depuis le premier jour" où il s'est senti vivant, jusqu'à aujourd'hui.

Elles sont nombreuses ces sensations : "plaisirs physiques et douleurs physiques",  plénitude  du sommeil enfantin, ivresse  de la bagarre et des jeux,  piqûres horribles des guêpes ou des frelons,  baisers donnés et reçus, extases rêvées puis vécues, mais aussi paroles restées gravées dans sa tête et son coeur, sonneries de téléphone qui ont bouleversé sa vie, malaises violents qui l'ont projeté à terre, et tant d'autres qui ont laissé leurs traces : cicatrices et bosses, dégâts probables et acceptés de l'alcool et du tabac.

Paul Auster, se regarde et se souvient, convoque les images des pays où il a vécu, dont la France, des vingt-et-un appartements et maisons qui l'ont accueilli, évoque ceux qui l'ont marqué, ceux qu'il a aimés ou qui l'ont aimé : inconnus, amis, amantes, tante détestable, cousine secourable,  parents mal-assortis et beaux-parents unis, fils espéré, fille admirée et bien sûr "l'Unique", rencontrée "le 23 février 1981", la femme qui est avec lui depuis ce soir-là. 

Il est tout çà, comme il est, suppose-t-il "le résultat de vastes migrations préhistoriques, de conquêtes de viols et d'enlèvements," le descendant de juifs d'Europe orientale à la progéniture si diverse, qu'il a décidé "en toute conscience d'être tout le monde, d'englober tout le monde" afin d'être "pleinement et plus librement" lui-même. 

C'est un livre d'un charme rare que celui-ci : parce qu'on y découvre un homme sensible et honnête qui se remémore et regrette ses lâchetés, qui pose sur le monde et les autres un regard aigu et tendre, qui sait dire qu'il a aimé et qu'il aime.

Pour peu que l'on ait son âge ou presque, s'ajoute le plaisir des souvenirs partagés.  Le "tu" avec lequel il s'interpelle nous interpelle  tout autant.

Comme  lui on sait qu' "une porte s'est refermée. Une autre s'est ouverte". 
Ensemble nous sommes entrés dans l'hiver de nos vies. 

Heureusement, il y a aussi de belles journées d'hiver en attendant, de "mourir aimable (si l'on peut)."