jeudi 16 mai 2019

CETTE CHOSE ETRANGE EN MOI






" La vie, les aventures, les rêves du marchand de boza Mevlut Karatas et l'histoire de ses amis,
et
Tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012, vue par les yeux de nombreux personnages"

Titre original : "Kafamda Bir Tuhaflik" - 2014  -
Auteur : OHRAN PAMUK
Traduction : Valérie GAY-AKSOY
Editions : Gallimard Folio n°6614 -2017 - 807 pages.


Voici donc l'histoire d'une vie et celle d'une ville, intimement liées.

La vie c'est celle de Mevlut Karatas, jeune garçon de douze ans, qui, comme beaucoup de ses semblables, quitte son village d'Anatolie pour rejoindre son père et son oncle à Istanbul.
Eux-mêmes sont partis quelques temps plus tôt pour y gagner leur vie, en déambulant et vendant dans les rues de la ville, du yaourt le jour, de la boza* la nuit.
Nous allons donc le suivre, durant quarante-trois ans, tout une vie modeste, mais qui se veut heureuse, malgré quelques grandes douleurs dont parfois, sur le tard, un sentiment, vite écarté, d'infériorité et d'insuffisance.
Car Mevlut, contrairement à ses cousins, ne cherche pas la réussite, même s'il l'espère avec une  touchante naïveté. Il aime ce qu'il a et s'attache à bien faire :  ses études au  lycée que peu à peu il abandonne,  sa famille aussi attentionnée que roublarde, les petits métiers qui complètent ce à quoi il ne pourra jamais renoncer : parcourir les rues d'Istanbul, sa perche sur le dos, pour livrer au domicile de ceux qui répondent à son appel, cette vieille boisson ottomane, qui permet au bon croyant de consommer un peu d'alcool sans jamais s'enivrer.


Un gecekondu. Source : journals.openedition.org

La ville, c'est la tentaculaire Istanbul à cheval sur deux continents. Pas celles des merveilles architecturales qui témoignent de sa grandeur. Non, celle des multiples quartiers, qui peu à peu ont couvert les collines, vague après vague ; les immenses "gecekondu" au-delà des murailles, les quartiers grecs et arméniens vidés depuis longtemps de leurs premiers habitants, les vieilles ruelles au-dessus desquelles penchent encore des maisons de bois, tous ces lieux  où les chiens rodent la nuit, aussi angoissants que de mauvais rêves, et que  Mevluk, voit peu à peu disparaître, jusqu'à ne plus s'y sentir chez lui, remplacés qu'ils sont par d' immenses tours,  après avoir été traversés par des voies rapides à six voies.

C'est ainsi que se déroule sous nos yeux toute une histoire : celle des hommes, dont "l'orgueil reste un problème", surtout s'ils  l'appellent "l'honneur", celles des femmes fines et courageuses,  celle des familles, aussi solidaires qu'étouffantes et qui peu à peu s'ouvrent au monde et y réussissent plus ou moins, celle d'une société marquée par le clanisme et la corruption, celle enfin des luttes politiques et sociales, qui amènent au pouvoir,  le maître que nous connaissons aujourd'hui.


Ce que devient une gecekondu. Source : T24.com.fr

Orhan Pamuk, arrive à tisser tout cela avec une maestria teintée d'humour et une totale empathie, qui donne à ce roman, pourtant cruel, une grande tendresse. 
Le choix qu'il fait de faire alterner  dans le même chapitre la voix du narrateur, toujours précédée de l'image du "bozaci"** et celle de l'un ou l'autre personnage du roman, qui corrige ce qu'il considère être une erreur, atténue un avis, ou donne sa propre vision des choses, ajoute encore au charme du texte.

Un roman puissant et magnifique, dont je vous conseille absolument la lecture.





* Boisson fermentée que l'on boit accompagnée de pois chiches grillés et de cannelle ** Marchand de Boza

mardi 7 mai 2019

JEUNE-FILLE A L'OUVRAGE





Titre original : "Shishû suru Shôjo"-1996
Auteure : YÔKO OGAWA
Traduction : Rose-Marie MAKINO-FAYOLLE
Editions : Actes Sud Babel -2016 -219 pages

Vous êtes fatigué(e) -promis je n'irai pas plus loin dans l'écriture inclusive - ? Vous avez besoin de silence et de paix ? Vous voudriez quitter pour un petit moment votre train-train habituel ?
Je vous propose ce remède, qui en quelques heures de lecture et pour 7,80 €, répondra à toutes vos attentes.

Dix courtes nouvelles, des lieux souvent transitoires et qui peuvent apparaître pourtant comme des refuges - chambre d'hôpital ou d'hôtel , centre d'hébergement, chalet sous la neige, usine où l'on fabrique des grues, salle d'attente d'un aéroport - des personnages qui portent tous leur part d'étrangeté - jeune-fille qui brode toujours les mêmes motifs, femme mûre qui a perdu partie de sa raison, tante autrefois cantatrice, petit ami vétérinaire qui doit autopsier une girafe, jeune-femme asthmatique... -  des moments de vie particuliers  - agonie d'une mère, concours de beauté, rencontre adultère, anniversaire, lendemain d'une opération - et nous voilà transporté dans un autre monde...

On retrouve ici tout ce qui fait le charme, tout au moins pour moi, des livres de Yôko Ogawa : un style sans aucune grandiloquence : les choses sont dîtes simplement mais précisément,  évoquant avec mesure, sans en nier l'intensité, la beauté ou l'étrangeté des lieux et la réalité des sentimentsune attention portée aux corps avec une précision presque clinique, mais qui ne masque  pas la sensualité qu'ils inspirent ; une forme de neutralité  distante, qui m'a fait souvent hésiter sur le sexe des personnages ;  le goût de la musique et un don personnel pour introduire dans le récit, l'élément étrange qui fait tout basculer.


Source : cornettedesaintcyr.fr

J'aurais du mal à expliquer pourquoi, mais ces textes sont pour moi des textes du silence.
Talent particulier de l'auteure ? Témoignages d'une civilisation, dont je ne sais à peu près rien ? Je suis bien incapable de répondre à ces questions.

Je suis sortie de la lecture de ces nouvelles aussi  paisible et revigorée qu'après avoir passé une journée seule chez moi à vivre à mon rythme, avec en plus l'impression très agréable d'être partie "ailleurs", un lieu indéfini, aussi bizarre qu' un rêve.

La lecture de ce livre m'a en outre permis de découvrir  le blog "Lire le Japon", consacré à la littérature japonaise et à tout ce qui parle de ce pays. On y retrouve bien sûr des auteurs japonais, ceux qui écrivent pour les adultes comme ceux qui le font pour les enfants, mais également des écrivains étrangers qui aiment le Japon.

mardi 30 avril 2019

WASHINGTON SQUARE








Auteur : HENRY JAMES  -1881- 177 pages.
Traduction : Claude GRIMAL
Editions : NRF Bibliothèque de La Pléiade.



Un lieu principal, New-York et particulièrement un quartier, Washington-Square, qui vient de sortir de terre à l'intention des classes fortunées.

Une période de temps restreinte, autour des années 1850, qui voit la ville se développer et se transformer à toute allure et ses habitants abandonner de plus en plus les valeurs traditionnelles.

Quatre personnages majeurs :
     Le père, le docteur Austin  Sloper, homme brillant et énergique, qui malgré tout son talent, largement reconnu dans le meilleur monde, n'a pu empêcher la mort de son fils de trois ans,  déjà paré de toutes les vertus, ni celle de sa  jeune, ravissante et très chère épouse emportée deux ans plus tard.

     Sa fille cadette et unique rescapée de la famille, Catherine, âgée d'une vingtaine d'années au début du roman, qui après toutes ces merveilles, lui apparaît si terne.

      La tante enfin, Mrs Penniman, veuve d'un pasteur, qui vit avec eux depuis les dix ans de Catherine et dont le caractère, romaneque à outrance, va conduire à bien des abus.

     Enfin, un  beau jeune-homme  peu scrupuleux, Moris Townsend, dont il ne faut pas être grand clerc pour comprendre, que l'intérêt très vif qu'il porte à Catherine est  beaucoup moins éthéré que ses propos lui laissent entendre.

Telle est la trame, plutôt conventionnelle de ce court roman.


"The Heiress", William Wyler. 1949.   Le docteur Austin Sloper.


Mais voilà, son auteur est Henry James et le conventionnel de la situation va très vite être oublié.
Car se joue ici un véritable drame, celui de Catherine, la gentille, la craintive, la respectueuse, la silencieuse, dont les seuls excès sont ceux de sa vêture.

Traitée avec ironie par son père, qui fort de l'autorité  qu'il sait avoir sur elle, l'observe avec une attention dédaigneuse comme il le ferait d'un cobaye de laboratoire ; transformée en marionnette par sa tante qui compte, à travers elle, vivre les situations échevelées qu'elle n'a pas connues avec son ecclésiastique époux ; manipulée par son prétendant qui voit en elle au premier regard, la parfaite oie blanche dont il pourra tirer partie, Catherine leurs apprendra avec ténacité que les faibles ont cependant des armes et qu'il suffit de peu de choses, quelques mots, pour réduire à néant, confiance et respect.

Un roman lu en deux jours avec avidité, presque une pièce de théâtre (il en a été tiré une d'ailleurs, ainsi que plusieurs films), dont la saveur tient autant à la cruauté des situations, qu'à la beauté et l'efficacité du style de son auteur.


"The Heiress", William Wyller. 1949; Catherine et Moris Townsend


"Catherine demeura seule dans son fauteuil près du feu - elle y demeura pendant plus d'une heure, perdue dans ses méditations. Sa tante lui semblait agressive et stupide, et le fait de s'en apercevoir si clairement - de juger Mrs Penniman de manière si tranchée - lui donnait le sentiment d'être vieille et sévère. Elle ne lui en voulait pas de l'avoir accusée de faiblesse ; cela ne l'avait pas touchée, car elle n'avait pas le sentiment d'être faible, et elle ne se sentait pas blessée d'être mésestimée. Elle avait un immense respect pour son père, et lui déplaire lui semblait un délit analogue à la profanation d'un grand sanctuaire ; mais sa résolution avait lentement mûri, et ses prières, elle en était convaincue, avaient purifié cette résolution de sa violence.
La soirée avançait, et la lampe avait baissé sans qu'elle l'eût remarqué ; ses yeux restaient fixés sur son terrible projet. Elle savait que son père était dans son bureau - qu'il s'y trouvait depuis le début de la soirée ; de temps en temps, elle s'attendait à l'entendre se déplacer. Elle pensait qu'il apparaîtrait peut-être au salon, comme il le faisait parfois. Finalement l'horloge sonna 11 heures, et la maison fut plongée dans le silence ; les domestiques étaient allés se coucher. Catherine se leva et se dirigea lentement vers la porte du bureau, devant laquelle elle attendit un moment sans bouger. Puis elle frappa et attendit à nouveau."

Christian en avait parlé, avec un peu moins d'enthousiasme que moi,  ici.

mardi 23 avril 2019

EN LIEU SÛR




Titre original : "Crossing in safety" - 1987 -
Auteur : WALLACE STEGNER
Traduction : Eric CHEDAILLE
Editions Gallmeister - 2017- 414 pages

 S'il est quelque chose que chacun de nous ou presque recherche, c'est bien un lieu sûr, où l'on est certain de retrouver gîte et couvert  mais aussi et surtout, la chaleur de bras ouverts, que ce soit ceux de l'amour ou de l'amitié.
Si de plus la nature est belle, si les journées peuvent s'y dérouler entre étude, canotage ou randonnées,  lectures et concerts nocturnes, si tous ceux qui se retrouvent ici pour une heure ou quelques jours sont lettrés, l'esprit ouvert et toujours prêts  à vous rendre la vie plus douce, ce lieu sûr prend sans aucun doute des airs de paradis. Comme il convient, "puisqu'il y est né" un serpent  "pas plus gros qu'une brindille" se faufile aussi parfois.

Si Sallie et Larry Morgan s'y retrouvent aujourd'hui c'est que Charity Lang le leur a demandé et aujourd'hui moins que jamais, ils n'ont pu résister à son appel.
Ils se connaissent depuis longtemps, trente ans au moins. Ils se sont rencontrés à Madison, une petite ville universitaire de l'Est où Sid, le mari de Charity, et Larry, ont trouvé un poste d'assistant. 
Tout les oppose a priori, lieu de naissance, parentèle, statut social,  et pourtant ils auront tout partagé avec autant de  générosité que de simplicité, jusqu'au moment, qui inaugure ce texte, prélude au premier adieu. 
Tout une vie ou presque.


Normann Rockwell : "Thansgiving"


En partie, autobiographique, comme le laisse supposer la dédicace du livre, ce roman en apparence si simple, décrit avec une criante vérité, une époque, un milieu,  deux histoires de couples et celle d'une amitié, tout ceci s'intriquant comme une évidence.
Il y est question d'amour,  de bonheurs, de drames ou de désillusions, de littérature,  de poésie, de fidélité, de dépendance toujours cruelle, mais assumée différemment. On y découvre aussi d'une façon poignante, comment une belle qualité peut devenir un très cruel poison

J'ai été particulièrement frappée par la manière dont Wallace Stenger  a su donner vie à ce récit, qui se construit par étapes entre présent et passé. Il sait rendre avec le même densité, la même sobriété,  les joies de la jeunesse, les brusques  malheurs, les petits moments et les détails, qui plus efficacement que de longs développements, soulignent la violence de certaines situations.
Je me suis souvent demandé si un film avait été tiré de ce roman, tant j'ai eu l'impression de "voir" les personnages tout autant que les lieux et suis encore étonnée de constater à quel point certaines scènes me sont précisément restées en mémoire alors que j'ai refermé ce livre depuis plusieurs semaines.

Un roman que je vous recommande vraiment, comme Dominique, l'avait fait à mon égard, ce dont je la remercie vivement !


Lac Willoughby. Vermont. USA


"Le bureau était aussi bien tenu que l'atelier. Sur la table se trouvait la machine à écrire portable, son couvercle en place, plusieurs blocs de papier à lettres impeccablement empilés, un vase japonais plein de crayons bien taillés. Au-dessus, sur l'étagère des livres. J'en ai lu les titres à la lumière grise : le Dictionnaire universel d'Oxford, le Thésaurus de Roget, le Dictionnaire des synonymes de  Webster, le Vade-mecum de la littérature anglaise, son pendant pour la littérature américaine, les Citations de Bartlett. Le Rameau d'or de James Frazer, des ouvrages sur les oiseaux, les fleurs, les arbres, les fougères. Un ouvrage était rangé à l'envers, dos contre le mur. Le sortant pour le replacer dans le bon sens, j'ai vu qu'il s'agissait d'un dictionnaire de rimes. Je me suis représenté Sid le dissimulant précipitamment lorsqu'il entendait quelqu'un venir, et j'ai eu honte pour lui. Après un temps, j'ai remis le volume comme il l'avait laissé."


mardi 16 avril 2019

L'ABBAYE DE CLUNY...


... où plutôt ce qu'il en reste.





Visiter Cluny , procède  beaucoup de l'exercice d'imagination.
Si cette charmante petite ville, laisse découvrir au hasard de ses rues de nombreuses traces de son brillant passé, dont les imposants bâtiments conventuels du XVIIIe siècle qui abritent depuis 1901, un des sites de l''Ecole Supérieure d'Arts et Métiers" (ENSAM), elle ne peut plus aujourd'hui que laisser supposer la gloire de ce qui fût au Moyen-Age, le plus grand ordre monastique d'Europe, dont la maison mère et sa gigantesque abbatiale, rayonnaient sur mille monastères répartis dans toute l'Europe.


Plans de l'abbaye de Cluny II et III . Source : Bourgogne romane


C'est en 910 que "Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine et comte de Mâcon, fonde une abbaye placée sous la protection des saints Pierre et Paul, dépendant directement du pape" (Cluny I), qui devient rapidement un centre intellectuel important  et "le foyer de la réforme bénédictine".

" C'est le quatrième abbé de Cluny (954-994), Maïeul de Cluny,  qui construisit Cluny II à partir de 963, pour remplacer l'édifice précédent, devenu trop étroit et qui fut détruit à cette occasion. La nouvelle église abbatiale fut consacrée en 981".


Enfin, "la construction de Cluny III débuta vers 1080 sous l'abbatiat de Hugues de Semur... En 1088 eut lieu la pose symbolique d'une première pierre... La nef fut fermée et dédicacée en 1130, mais l'édifice était loin d'être achevé... Interrompu au cours de la deuxième moitié du XIIe siècle, le chantier reprit au début du xiiie siècle et vit l'achèvement de l'immense avant-nef de style gothique en 1220 par l'abbé Rolland Ier de Hainaut,  L'abbatiale devint alors, pour trois siècles, le plus grand édifice religieux d'Occident", avant la construction de Saint-Pierre de Rome.




Abbatiale de Cluny III. Source : passerelles.bnf.fr


Si son déclin est amorcé dès le XVe siècle et s'accélère durant le siècle suivant, dans le contexte des guerres de religion, ce sont les deux siècles suivants, qui malgré une embellie au milieu du XVIIIe siècle, parachèveront sa quasi disparition aussi bien sur le plan spirituel, avec la dissolution des ordres monastiques sous la révolution, que physiquement, puisque durant tout le XIXe siècle, cet ensemble sera livré aux marchands de biens et peu à peu dépecé.





Alors aujourd'hui, comment pouvons-nous découvrir l'abbatiale fantôme du Moyen-Age ?

Avant de commencer la visite et de prendre vos billets dans le palais dit "du pape Gélase", qui accueille aujourd'hui les visiteurs, je vous conseille de continuer droit devant vous puis de prendre la vaste esplanade et l'escalier monumental, qui montent à gauche jusqu'à l'avant nef, ajoutée en 1130, dont il reste quelques traces. En vous retournant vous pourrez apprécier ainsi la taille de l'abbatiale, dont on a, sinon,  difficilement une idée.

Ceci fait, en retournant sur vos pas, vous pourrez commencer la visite elle-même et admirer, le coeur serré, les vestiges de cette extraordinaire église.




Le plus spectaculaire reste certainement le fragment du grand transept, qui présente encore une coupole qui culmine à 31m et qui nous rappelle l'échelle de ce grandiose édifice.





Les bases des colonnes de la nef, en partie dégagées, ont été restituées, et  nous aident à comprendre
la structure des voûtes qui rythmaient le grand vaisseau.




Les huit chapiteaux du "rond-point du choeur de la Maior Ecclesia",  conservés aujourd'hui dans le farinier, nous font rêver  à toutes les sculptures disparues*, qui devaient composer un programme  d'une grande richesse iconographique  et symbolique :

On peut ainsi admirer, le chapiteau "des quatre derniers Tons du chant grégorien", avec leurs instruments et leurs symboles,







le chapiteau des "arbres et fleurs du Paradis" avec ses quatre fleuves,




 ou encore celui des "Vertus et/ou arts libéraux", avec ces quatre figures dans des mandorles en amande.

La force ou la rhétorique -vers1100 -


Répartis sur un vaste périmètre, vous pourrez ensuite découvrir les traces des autres bâtiments médiévaux, souvent insérés dans d'autres plus tardifs.

Ainsi en est-il des restes de la salle capitulaire,  de ceux du choeur de Cluny II et surtout, très bien restauré le farinier datant du XIIIe siècle, "seul bâtiment à usage domestique qui subsiste" et qui "servait au stockage des denrées".

Sa magnifique charpente nous laisse imaginer la beauté des parties plus nobles de l'abbaye aujourd'hui disparues.





Pour l'abbaye médiévale,  hélas,  c'est tout ou à peu près.

Commencé il y a quelques jours, cet article a été terminé au lendemain de l'incendie qui a détruit notamment la toiture et la flèche  de Notre-Dame de Paris et endommagé, sans qu'on sache encore à quel point, le reste du bâtiment.
Une occasion pour moi de remercier les pompiers de Paris et de l'Île de France, sans qui la cathédrale pourrait n'être plus, comme Cluny, qu'un souvenir. 



* "le palais Jean de Bourbon édifié au XVe siècle et qui accueille  le musée d'Art et d'Archéologie de le ville" et que nous n'avons pu visiter en accueille d'autres exemples dont quelques  fragments du grand tympan.



lundi 8 avril 2019

INDIGNATION





Titre original : "Indignation" - 2008 -
Auteur : PHILIP ROTH
Traduction : Marie-Claire PASQUIER
Editions : Folio Gallimard - 2010 - 238 pages

Si Marcus Messmer, dix-neuf ans en cette deuxième année de la guerre de Corée, n'avait pas perdu deux de ces cousins germains à la guerre "fantassins sans grade" qui s'étaient fait tuer "l'un à Anzio en 1943, l'autre dans la bataille des Ardennes en 1944",

si son père, boucher kasher de son état à Newark, n'était pas devenu fou d'angoisse à l'idée que "son fils unique et bien-aimé" ait à "affronter les périls de l'existence...", "fou d'avoir aussi découvert qu'un petit garçon grandit, en âge et en taille, qu'il se met à éclipser ses parents, et qu'à ce moment-là on ne peut pas le garder pour soi, qu'il faut le livrer au monde",

si Marcus n'avait pas choisi, après un an de  constante surveillance  paternelle, de quitter sa petite université de Newark, pour le Winesburg Collège, à des kilomètres de là, dans l'Ohio,

s'il n'était pas tombé amoureux d'une jeune-fille fragile aux moeurs trop libres pour sa propre expérience amoureuse,

si le Président et le Doyen de cette université n'avaient pas été conservateurs, au point d'obliger tous les étudiants, quelque soit leur croyance à suivre quarante offices religieux durant leur première année de scolarité, 

si les règles régissant les rapports entre garçons et filles n'avaient pas été aussi strictes,

si la mère de Marcus, par ailleurs la meilleure des femmes, avait pu faire preuve de plus d'ouverture d'esprit et  avait moins bien manié le chantage,

si le Doyen de Winesburg, n'avait pas trouvé inquiétant que cet étudiant modèle, change deux fois de chambre pour pouvoir travailler en paix et refuse, pour les mêmes raisons de s'inscrire à l'une des fraternités du campus,

si Marcus lui-même, n'avait pas été  "aussi mal préparé à la vie", si ce garçon  pétri par le sens du devoir et corseté dans sa volonté de réussir coûte que coûte ses études, pour compenser les sacrifices financiers de ses parents et échapper au sang de la boucherie familiale, comme à celui du  front coréen, avait pu faire preuve d'un peu plus de souplesse,

sa destinée aurait pu être toute autre.

Mais on ne choisit pas, et comme le dit Marcus lui-même à sa mère avant de partir dans sa chambre en claquant la porte :

"le moindre incident peut avoir des conséquences tragiques."







Vingt-huitième livre de  Philip Roth et second ouvrage du cycle "Némésis"  composé de quatre romans courts publiés entre 2006 et  2010, "Indignation", évoque, comme "Némésis" (dernier roman du cycle), le destin d'un tout jeune-homme dans une Amérique en guerre. Les deux héros, ont bien des points communs. Bons garçons tous les deux, tous les deux ont en lot une vie pareillement brisée, bien que de façon différente.
Si celle de  Bucky  est en partie son choix, celle de Marcus ne l'est pas, bien qu'il en soit aussi partiellement responsable.
L'un retourne sa douleur contre lui-même, l'autre sa colère - son indignation - contre un monde auquel il ne comprend pas grand chose.
Pas plus l'un que l'autre ne savent en fait s'adapter et en payent le prix fort.

Roman sur le destin, "Indignation" (comme "Némésis"),  nous renvoie à ce qui constitue le fil de nos vies.
Entre déterminisme et hasard, il nous laisse devant ce mystère, que chacun d'entre nous aimerait pouvoir élucider avant qu'il ne soit trop tard.


Dans leurs commentaires à mon texte sur "Némésis", Claudialucia et Dasola m'avaient fait part,  du plaisir qu'elles avaient tiré de la lecture d"Indignation", Dasola le préférant à" Némésis".
Pour ma part, j'ai énormément aimé ces deux livres et suis bien en mal d'affirmer une préférence.
Je pense que "Némésis", m'a peut-être plus particulièrement touchée, parce que je pense partager quelques traits de caractère avec Bucky et que j'ai aimé , mais d'une manière moins personnelle, l'indignation qui anime Marcus comme Philip Roth lui-même.
Bref une "réponse de normand" (pardon Aifelle) ! 



Monument aux morts de la guerre de Corée. Washington D.C.

dimanche 7 avril 2019

DES NOUVELLES DU FRONT INFORMATIQUE



Petit résumé de la situation après de longues heures de travail inutile.

Vos commentaires a priori m'arrivent bien et je n'ai plus qu'à les publier après approbation.

Mes commentaires sur vos blogs, publiés en tant qu"Annie", s'affichent sur les blogs dont la plate-forme n'est pas BLOGGER, les autres disparaissant je ne sais où.

Sur ceux dont la plate-forme est Blogger, j'ai découvert grâce à Keisha qu'ils étaient publiés si je répondais en tant qu'"Anonyme".... Je n'ai donc plus qu'à signer ensuite ces réponses pour que vous sachiez qui est cet intrus.

De la même façon je ne peux répondre à vos commentaires sur mon blog, qu'en étant "Anonyme"...

Je ne sais pas si vous avez bien suivi ce délire.
J'espère juste que cela ne durera pas trop longtemps.

Merci en tout cas pour votre soutien !

Les "Corbeaux"  ont encore de beaux jours devant eux !