vendredi 17 novembre 2017

TROIS MERVEILLES : L'EGLISE DE SAINT-NECTAIRE


Si l'on veut rejoindre Saint-Nectaire en partant d'Orcival, mieux vaut avoir une confiance sans faille en son GPS.
On monte, on descend, on tourne à droite ou à gauche, on quitte une petite route, pour une route encore plus petite.
 Et puis on arrive en crête, une de plus et l'on aperçoit, en bas, un peu embrumée (ce qui n'est pas le cas sur ce cliché !),  l'église de Saint-Nectaire, sur son promontoire.


Source : Wikipedia


Construite également au XIIe siècle, par les moines de la Chaise-Dieu, elle apparaît tout de suite comme plus petite et plus colorée  qu'Orcival.
Un narthex, une nef à quatre travées dont on aperçoit la structure dès l'extérieur, un transept doté d'une chapelle à chaque bras, un beau choeur autour duquel  s'ouvrent trois autres chapelles.





Ici tout est clair et la couleur est présente.




Les superbes chapiteaux sont pour un grand nombre historiés.


La flagellation


Ils nous parlent de la Passion, de la Résurrection, de la Transfiguration, de l'Apocalypse, du Jugement Dernier mais aussi de la vie de Saint-Nectaire, le Saint Patron.


Vie de Saint-Nectaire. Le passage du Tibre.
Source: sancy.com


Dans le bras gauche du transept, on peut découvrir le très beau buste reliquaire de Saint-Baudime, l'un de ses compagnons.


Source : El Mundo


Malheureusement, comme vous pouvez le constater, au fil des siècles, la cupidité l'a emporté sur la piété, puisque toutes les pierres précieuses, qui l'ornaient, ont été volées...

Je n'ai hélas, pas eu le réflexe de photographier, les magnifiques compositions d'automne qui ornaient le pied de l'autel : potirons, bottes de blé, fleurs de saison.

Ici, après le mystère d'Orcival, c'est la vie dans toute sa beauté qui l'emportait.

mardi 7 novembre 2017

LETTRES CHOISIES DE LA FAMILLE BRONTË 1821-1855








Auteurs : Anne, Branwell, Charlotte et Patrick BRONTË
Lettres choisies, traduites et annotées par Constance LACROIX
Editions : Quai Voltaire/La table ronde 2017 -591 pages-


Jusqu'à aujourd'hui, les lettres de la famille Brontë, ou tout au moins ce qu'il en reste, n'avaient jamais été publiées en français.
C'est pour combler ce manque que Constance Lacroix a choisi de rassembler et de traduire dans cet ouvrage, trois-cent-dix d'entre-elles, soit un tiers environ de la correspondance éditée en langue anglaise.

De fait et pour de multiples raisons, cette correspondance est surtout celle de Charlotte Brontë, puisque  90% des lettres traduites sont de sa main.

Ces lettres ont été adressées, entre 1821 et 1855, année de la mort de Charlotte à l'âge de trente-neuf ans, à quelques correspondants privilégiés, en tout premier lieu son amie Ellen Nussey, ses éditeurs George Smith et W. S. Taylor, ou à des membres de sa famille. 

Elles constituent bien sûr, un témoignage passionnant sur sa vie et celle de ses frère et soeurs, sur ses aspirations, son milieu, son époque mais, pour moi, sont surtout une formidable leçon de vie.

Bien loin de l'image doloriste que j'avais en tête, elles tracent le portrait d'une jeune-fille puis d'une jeune-femme, franche, loyale, coléreuse, ironique, déterminée, courageuse, qui forte de son éducation et de ses croyances, refuse de se laisser submerger par  tout ce qui limite sa vie ou la transforme en un champ de ruines.

Il y a la solitude de Haworth, d'abord, un monde clos auquel elle aimerait pouvoir plus souvent échapper. Toutes les conséquences d' une situation financière modeste, qui la pousse à devoir exercer le métier de gouvernante, pour lequel elle se sent si peu adaptée. Les responsabilités qu'elles considèrent comme siennes, fille devenue aînée d'un père veuf en charge de quatre enfants, "toutes les contraintes et le dur labeur" alors qu'elle est animée "d'un si vif désir de prendre son envol", d'"une si dévorante soif de voir, de connaître, d'apprendre."
Enfin les assauts successifs du malheur, la perte de sa mère  alors qu'elle a cinq ans, celle de ses soeurs aînées quelques années plus tard, celle encore plus cruelle, en l'espace de huit mois, alors qu'elle a  juste dépassé la trentaine,  de ses trois frère et soeurs, qui constituent avec son père, le centre de son univers.

Face à tout cela elle reste debout, considère qui lui reste encore "bien des motifs de gratitude", refuse la plainte, se tourne comme toujours vers le travail, qui "seul triomphe des chagrins les plus tenaces", se domine "en tyran" même si "les facultés se révoltent" et paie "le calme extérieur par une lutte intérieure presque insupportable".

Comme rarement, on peut mesurer aussi  dans ses pages le poids, l'étouffement qu'ont dû subir ces générations de femmes :

Si l'on n'apprend rien du processus créatif qui aboutit à l'écriture de "Jane Eyre" et de ses autres romans, on suit par contre avec un intérêt hésitant entre colère et "hilarité" tous les méandres de leur publication. Nom masculin d'emprunt, interrogations sur la possibilité que "Jane Eyre" "porte la marque de plus d'un esprit et de plus d'un sexe" et, une fois le pot aux roses soupçonné ou découvert, avalanche de stupidités :
"Si Jane Eyre est l'oeuvre d'une femme, il faut que celle-ci ait dépouillé toute féminité";  Roman  digne de louanges "sous réserve qu'il fût bien d'un auteur masculin" mais jugé "exécrable s'il était de la main d'une dame"...

Le cercle privé n'est guère plus ouvert. Alors qu'elle vient de se marier à Arthur Nicholls, un pasteur, ancien vicaire de son père, par ailleurs "un chrétien accompli et un homme de coeur", elle découvre qu'il lui faudra  demander à ses destinataires de fournir à son mari, sur papier,  la promesse de brûler, après lecture, les lettres qu'elle leur adresse, "sans quoi il n'y en aura pas du tout". 

Qui se souvient d'Arthur Nicholls ? Qui ne connaît pas Charlotte Brontë ? Quelle oeuvre encore plus riche aurait-elle pu produire dans un autre contexte ?

J'ai refermé le livre partagée entre admiration et tristesse. J'y retournerai car c'est vraiment un très beau livre.




Charlotte Brontë à 29 ans




jeudi 2 novembre 2017

CHINE, 130 ANS PLUS TARD...



Souvenir d'un voyage en Chine 1974

"La nouvelle de la présence d'un étranger dans la ville s'était propagée à la vitesse de l'éclair, et en un rien de temps je fus entouré et suivi par des milliers de gens des deux sexes et d'âges les plus divers qui tous voulaient voir ma physionomie et ma vêture."

"Les gamins surtout nous observaient avec crainte et inquiétude, sentiments sans nul doute inspirés de ceux qu'éprouvaient plus ou moins leurs parents." 

Robert FORTUNE : "Le vagabond des fleurs" 1843-1846

dimanche 29 octobre 2017

LE VAGABOND DES FLEURS





Titre original : "Three Years'Wandering in the Northern Provinces of China"
Auteur : Robert FORTUNE
Traductrice : Joëlle VINCENT
Editions : Petite bibliothèque Payot. 2003.317 pages


C'est pour le compte de la Société d'horticulture de Londres, qui vient de le nommer botaniste, que Robert FORTUNE (1812-1880), tout juste trentenaire, entreprend son premier voyage en Chine, au lendemain du traité de Nankin (1842), qui vient de mettre fin à la première guerre de l'opium.

Inutile de dire que les relations entre les deux pays restent assez tendues.

Mais le jeune-homme est entreprenant, courageux, d'un optimisme qui frise parfois l'inconscience et sa passion pour les fleurs, qu'il compte expédier  et acclimater dans les jardins horticoles de Chiswick le pousse à toutes les audaces.

Pivoine Moutan. Source : Viagallica

Arrivé dans "la superbe baie de Victoria", aujourd'hui Hong-Kong, il entreprend un très long périple,  qui durera trois ans, jusqu'aux provinces septentrionales de la Chine, pour visiter les jardins et les plantations qui lui permettront d'effectuer sa collecte.

Cette expédition ne se fait pas sans mal, à pied, à cheval, en bateau, dans son costume anglais ou grimé en chinois. Il lui faut échapper aux chiens, ses ennemis récurrents, aux typhons, aux brigands qui peuplent les routes, aux pirates qui sillonnent les mers et même aux mandarins sournois, pourtant parfaitement courtois qui tentent de le tromper, comme il l'a fait lui-même...

Bardé de certitudes, notamment religieuses et de quelques solides préjugés, il a cependant l'esprit ouvert et l'oeil aiguisé.

Chacune de ses étapes, fait l'objet d'une description sommaire mais efficace : aspect du site, description de la villes où il s'établit pour quelques temps, climat, caractéristiques de la population, pratiques religieuses, état du commerce, langue, nourriture... rien n'est passé sous silence. 
Plantes, jardins, techniques de jardinage ne sont, bien entendu, pas oubliés non plus.

Tout l'intéresse en fait et c'est l'un des charmes de ce livre.
On apprend tout sur la culture, les récoltes et les traitements du thé. Il met fin, en passant, à la querelle sur l'origine du thé vert et du thé noir, tous provenant du Thea Viridis, contrairement à ce qu' affirmaient d'autres botanistes jusqu'alors. On découvre  beaucoup sur le commerce et l'usage de l'opium, dont il voit les ravages autour de lui. On étudie, à sa suite, la culture du mûrier.

On sourit aussi en lisant :

"Pour ma part, je crains fort, que Hong-Kong, ne coure à l'échec en voulant se poser en place mercantile."
ou bien :
"Mais un matin, alors que j'étais sorti de Shangaï, pour marcher dans la campagne environnante..."

On se passionne pour ses aventures rocambolesques, dignes du meilleur roman d'aventures.

De retour Londres, le 6 mai 1846, il constate avec soulagement, que les plantes expédiées sont arrivées en excellent état. Ce sont celles, pivoines arbustives, anémones du japon, orchidées..., que nous admirons encore dans nos jardins ou nos intérieurs.


Anémone du Japon. 

Source : Education, environnement, nature et patrimoine.


Robert FORTUNE reprendra bientôt la mer, se lançant dans de nouvelles aventures, pour dérober aux chinois les plus précieuses variétés de thé...

Mais c'est une autre histoire.

mercredi 25 octobre 2017

QU'ARRIVE-T-IL AUX OISEAUX ?

Depuis des années, nous nourrissons les oiseaux durant la mauvaise saison.
Au premier froid, nous sortons nos mangeoires, accrochons les boules de graisse et attendons.
En général deux ou trois jours plus tard, une première mésange arrive, suivie bientôt d'une deuxième... Les charbonnières, les bleues, les noires, les nonnettes, cela ne s'arrête plus d'autant , que le rouge-gorge, la sittelle, les chardonnerets, les tarins des aulnes, les pinsons des arbres, les gros-becs les suivent plus ou moins fidèlement.




L'hiver dernier déjà, nous avions été surpris. Très peu de visites. Quelques mésanges, le rouge-gorge et la sittelle, ce fut à peu près tout.

Cet été a été "normal". Plus de mangeoires bien sûr et plus d'oiseaux à demeure.

A la mi-septembre nous avons commencé à nous étonner.
Les merles, nombreux, nous ont rendu visite. Plus précisément, ils sont venus chaque matin et chaque soir gentiment défoncer notre jardin à la recherche de vers et d'insectes, qu'ils ne trouvaient pas ailleurs.




Quelques jours plus tard, nouvelle surprise, deux chardonnerets sont apparus. 
Ce sont les cosmos, brusquement agités, qui ont attiré notre regard. Nous avons vite compris que les oiseaux venaient picorer les graines au coeur des fleurs fanées. 
Cela nous a d'autant plus étonnés, que les chardonnerets viennent surtout à partir du mois de janvier.

Enfin, la semaine dernière, nouvel étonnement, vers seize heures, grands battements d'ailes autour du mât sur lequel nous accrochons les mangeoires : plusieurs mésanges qui picoraient comme elles pouvaient la tige métallique, à la recherche de tout ce qui avait pu y adhérer.
Même jeu les jours suivants.
Très surpris, nous nous sommes décidés à déposer dans une assiette des graines de tournesol sur lesquelles elles se sont précipitées. Nous avons ajouté quatre boules de graisse.

Depuis cela ne s'arrête pas. A toute heure du jour les mésanges sont là, contrairement à l'hiver où elles ne viennent que le matin de bonne heure, autour de midi et avant la tombée de la nuit. Ce soir, la sittelle et le rouge-gorge sont venus également.

Nous en avons déduit qu'ils avaient faim, très faim.




Nous avons pensé tout d'abord que la sécheresse, qui sévit ici, pouvait y être pour quelque chose.

C'est juste à ce moment que j'ai pris connaissance du résultat d'une étude, conduite en Allemagne depuis 1989 et qui conclut à :

 "un déclin dramatique des insectes volants de 76% en moyenne et jusqu'à 82% au milieu de l'été, dans les aires protégées allemandes, en seulement 27 ans..."*

L'intensification des pratiques agricoles, avec l'emploi notamment de pesticides et d'engrais de synthèse en serait la cause.
Sans pouvoir l'affirmer, les auteurs pensent "qu'il y a une bonne chance", si l'on peut dire, que la situation soit la même en France puisque les pratiques agricoles y sont de même nature.

Je me suis souvenue alors que cet été je n'avais pratiquement pas vu de "gendarmes", qui pullulaient ici jusqu'alors.

Source : Wikipedia

Les papillons, de leur côté, avaient été très peu nombreux.

Depuis je regarde mes oiseaux avec tristesse, me demandant si je ne suis pas entrain d'assister à quelque chose qui ressemble "à une catastrophe écologique imminente"*.

Pas drôle.


Cf "Le Monde" 20/10/2017, page 6.  "Le déclin des insectes atteindrait 80% en trente ans"Stéphane Foucart.

vendredi 20 octobre 2017

LE GARCON SAUVAGE




Titre original : "Il ragazzo selvatico" 
Auteur : Paolo GOGNETTI
Traductrice : Anita ROCHEDY
Editions: Zoe éditions 2013 : Poche 10/18 n°5271. 139 pages.


C'est un petit livre, tout léger dans la main, cent-trente-neuf pages imprimées assez gros. 
Dix-sept courts chapitres, résumés par un mot (Hiver, Maisons, Topographie...) pour évoquer huit mois, volontairement passés en montagne, par un jeune homme, saisi par le mal à vivre et qui retourne vers ce qui l'a toujours nourri.

"Il cherche quelque chose." 

Sans peut-êtres savoir exactement quoi.
Il vit une évènement après l'autre, au gré des rencontres ou des envies.
Il s'installe dans son chalet d'alpage.




Il lit. Il écrit un peu pour lui.
Il souffre d'insomnies.
Il affronte la neige du mois de mai et les pluies d'été qui ne cesseront guère.




Il aime les animaux sauvages.
Il crée un potager sans grand succès.
Il accueille avec joie les chiens de troupeaux.



Il se lie d'amitié avec ses voisins.
Il cuisine pour eux, il aide à faire les foins.
Il reçoit son père.

Il quitte la baita. Il y revient.
Il crie, il chante, il pleure.
Il  va au bout celui-même.




Il comprend ses failles et ses besoins.
Il a échoué et trouvé à la fois.
Il peut basculer du côté de l'âge adulte.

L'automne arrivé, il redescend.




 Rien de bien compliqué en fait : une expérience humaine, sincère et pudique, respectueuse de tout ce dont elle s'est nourrie, rendue par le biais d'une très belle écriture.

Dans mes balades, je regarderai à présent toujours avec tendresse, les jeunes mélèzes, pleins de bourgeons.





dimanche 15 octobre 2017

TROIS MERVEILLES : NOTRE DAME D'ORCIVAL

Lorsque l'on fait régulièrement le même voyage, du sud au nord, du nord au sud, on a parfois l'envie de prendre des chemins de traverse.
 C'est ce qui nous avons fait au tout début de ce mois d'octobre.
Adieu donc, autoroutes aux arrêts parfaitement balisés et prosaïques, bonjour, routes secondaires qui nous font découvrir des merveilles.

La première se cachait sur les flancs du Mont-Dore, dans un tout petit village au fond d'un vallon. On serpente, on serpente et tout à coup cette grande et superbe masse grise s'impose au regard.


.


La basilique Sainte-Marie d'Orcival, chef d'oeuvre de l'art roman auvergnat, bâtie d'un seul jet avant 1166, sur un lieu de pèlerinage à la Vierge, au succès grandissant.

Construite au flanc d'une colline à laquelle elle s'adapte parfaitement, elle n'a subi, durant les siècles suivants, que très peu de modifications.

Il suffit d'admirer l'extérieur, pour comprendre comment l'intérieur est organisé :

"... crypte en soubassement, absidioles ouvrant sur le déambulatoire, choeur et abside s'en détachant, massif barlong du transept."

Une longue et haute nef mène jusqu'au choeur.

Il faisait très gris ce jour là, et malgré les fenêtres  qui percent les murs épais, l'ambiance intérieure était aussi sombre qu'imposante.


La croisée du transept

Il semble qu'un badigeon clair et ocre rouge recouvrait la pierre. Mais il a disparu. Ne restent plus que la pierre grise et les belles sculptures, très majoritairement végétales des chapiteaux, qui témoignent "de l'engouement des sculpteurs auvergnats pour les formes de l'antiquité, que pouvaient leur inspirer les vestiges encore en place à proximité (temple de Mercure sur le Puy de Dôme et thermes du Mont-Dore)".   







Dans le choeur, est placée en majesté une Vierge du XIIe siècle, en noyer argent et argent doré. Assise sur un trône elle tient son enfant assis, bien droit sur ses genoux.

"Il ne s'agit pas d'exprimer un sentiment maternel mais de personnifier une Institution portant Dieu comme un roi."




On lui prête toujours le pouvoir de guérir et de nombreux pèlerins viennent toujours lui rendre hommage, particulièrement le jeudi de l'Ascension. Des trous de fixation ont été (malheureusement) percés en 1894 sur les têtes pour pouvoir, aux grandes occasions, y placer des couronnes.

Au fond de la nef, une belle tête de vache, comme un rappel de toutes celles qui paissent dans les prés alentour,  domine une grande cuve de pierre.


Elle ajoute au mystère que dégage ce beau monument.

C'est au moins l'impression que j'en garderai.


Source :http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/itiinv/orcival/orci01.htm