dimanche 20 avril 2014

CLAP !








D'une pause  bien involontaire à une pause volontaire, il n'y a qu'un pas que je franchis aujourd'hui.
Et comme je ne suis pas encore certaine de vouloir  écrire "Fin" sur l'ardoise, je préfère laisser celle-ci vide en attendant d'y voir plus clair.
Merci pour vos passages, merci pour vos commentaires, merci pour vos livres prêtés !
De toute façon, à bientôt sur vos blogs...

dimanche 2 mars 2014

UN LIEVRE... SANS TORTUE


Dans la neige fraîche - La Chalp de Crévoux - Hautes-Alpes. France

mercredi 26 février 2014

COMMENT VIVRE ?

Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse.



Titre original : "How to live  or A life of Montaigne in one question and twenty attemps at an answer" - 2010 -
Auteure : Sarah BAKEWELL
Traducteur : Pierre-Emmanuel Dauzat
Editions : Albin Michel -2013 - 489 pages

C'est bien sûr  Dominique, qui m'a donné envie de lire ce livre.
En lectrice hésitante de Montaigne, souvent saisi, jamais fini, je ne pouvais qu'être séduite par l'enthousiasme de son billet.
Autant le dire tout de suite je n'ai pas été déçue !

F. Quesnel. Montaigne vers 1588


Le titre est déjà en lui-même un plaisir :
"Comment vivre ?" Belle et profonde question, dont la gravité est cependant atténuée par le sous-titre, plus évocateur d'un manuel de développement personnel que de philosophie, propre à décomplexer ceux et celles, dont je suis, que le sujet, de prime abord,  pourrait effaroucher.

Vingt chapitres suivent, toujours précédés de la même lancinante question, suivie de vingt  réponses possibles , tout droit sorties de l'existence de Montaigne et du curieux ouvrage qu'il se mit à écrire, proche de la quarantaine, après avoir lui-même frôlé la mort et vécu la cruelle expérience, quatre fois répétée en neuf ans, de la perte de La Boétie et de celle de son père, de son frère et de son premier enfant, à peine celle-ci née.

Une page des Essais -1588-

Chacun peut y trouver son miel : du plus philosophe : "Ne pas s'inquiéter de la mort",  au  plus prosaïque et au plus économe de lui-même : "Faire du bon boulot sans trop", sans oublier le laborieux : "Lire beaucoup, oublier l'essentiel de ce que l'on a lu et avoir l'esprit lent",  le révolté : "Tout remettre en question", le vagabond : "Voir le monde",  le pragmatique : "Utiliser de petites ruses", le contradictoire : "Se ménager une arrière-boutique", "Être convivial : vivre avec les autres".

Mais  ce n'est pas tout ! 
Suivant l'exemple de celui qu'elle a découvert lors d'un voyage en train, parce que c'était le seul ouvrage en anglais que le libraire de la gare proposait,  Sarah Bakewell s'accorde les mêmes libertés que celles qu'il s'est toujours données : divaguer, sembler passer d'un sujet à l'autre.
Ainsi, si chaque chapitre est bien l'occasion de découvrir, pas à pas, le déroulement de la vie et de la pensée de Montaigne, c'est tout autant le moyen :
- de réviser  l'histoire de la philosophie antique ou un des aspects les plus sombres de notre vie nationale, les guerres de religion,
- de découvrir qu'elle fut l'accueil réservé en France à cet ouvrage admiré, mis à l'index, puis à nouveau adulé, mais également quel est son écho dans d'autres pays, comme en Grande-Bretagne, où il jouit d'un engouement tout particulier,
- de suivre les polémiques que ses différentes éditions entraînèrent,
- de partager l'admiration  que lui portèrent notamment Stéphane Zweig ou Virginia Woolf.
L'occasion enfin de mieux connaître ceux qui furent parmi ses plus chers, son ami La Boétie  et  Marie de Gournay, sa tardivement, "fille et disciple".

Quel fatras allez-vous peut-être penser.
Pas du tout !
Une belle tresse au contraire, parfaitement structurée, dont on suit chaque brin, de chapitre en chapitre. Une construction  rigoureuse adoucie par un style vivant et plein d'humour et quelques réflexions personnelles bien senties sur nos travers contemporains,
Une chronologie, une très riche bibliographie complètent en outre cet ouvrage, permettant ainsi à chacun de se repérer ou d'enrichir ses plus anciennes ou toutes récentes connaissances.

En refermant ce livre enjoué et profond à la fois, je n'avais plus que trois souhaits :
- partager mon admiration pour celui qui est au coeur de l'ouvrage et celle qui a su ainsi nous le faire découvrir avec autant de science que de talent,
- remercier à nouveau Dominique pour cette belle découverte,
- et bien sûr me mettre à lire, vraiment, "Les Essais"

Sarah Bakewell

dimanche 16 février 2014

UN REGARD



Notre Dame la Brune -XIIème siècle- Eglise Saint-Philibert de Tournus. Saône et Loire. France

vendredi 14 février 2014

LE BAZAR D'UN POETE






Titre original : "En digters basar"
Auteur : Hans Christian ANDERSEN
Traducteur : Michel FORGET
Editions : Corti - Domaine romantique - 2013 / 435 pages


Le 31 octobre 1840, Hans-Christian Andersen s'embarque  à Copenhague pour un très long périple à travers l'Europe et "l'Orient".
S'il n'est pas encore l'auteur des "Contes et Histoires" qui le rendront universellement célèbre, c'est un jeune écrivain de trente-cinq ans à la réputation déjà flatteuse, poussé par un irrésistible besoin de changer d'air, comme chaque fois qu'il se sent malheureux, une double blessure d'amour et d'amour-propre cette fois.
Pas moins de neuf mois lui seront nécessaires pour traverser l'Allemagne et l'Italie, déjà visitées quelques années plus tôt, la Grèce, nouvellement libérée du joug Ottoman, qu'il découvre avec émerveillement, une partie de l'actuelle Turquie , dont bien sûr Constantinople, avant d'entreprendre un périlleux voyage de retour, en bateau, sur la mer Noire et le Danube.

Source : Bibliothèque Sainte-Geneviève. Paris

Comme d'habitude, ce n'est qu'une fois au port,  fin juillet 1841, qu'il rédigera le récit de son voyage ou plutôt qu'il donnera forme en une succession de courts chapitres, aux souvenirs qui l'ont le plus marqué.
Un bazar, oui, un joyeux mélange de tableaux croqués sur le vif, et bien qu'il regrette amèrement de ne pas l'être - "Que ne suis-je peintre ?"-, Andersen nous offre des croquis merveilleux, de relations de rencontres prestigieuses - Liszt, les souverains de Grèce - ou non, traitées avec la même acuité, quelques très courtes nouvelles ou contes.
Et toujours beaucoup d'enthousiasme : pour la nature et ses beautés douces ou cruelles, les Apennins, les cascades de Tivoli, le Stromboli, les Cyclades, le Bosphore, la mer Noire, le Danube... pour toutes ces villes traversées, Augsbourg, Nuremberg, Munich, Rome, Naples, Athènes, Smyrne, Constantinople, Pest, Buda, Vienne... pour ces monuments imaginés et aujourd'hui découverts, le Colisée, l'Acropole... pour toutes les nouvelles techniques aussi, le chemin de fer, le bateau à vapeur, le daguerréotype... qui rendent ce siècle si intéressant.
Par- dessus tout un regard curieux et bienveillant - à quelques exceptions près ! - portés sur les autres : leurs costumes, leurs coutumes, leurs fêtes, leurs rites aussi étonnants soient-ils pour ce luthérien, habitant de l'exotique Danemark, qui ne s'offusque pas d'être pris par tous pour... un américain.

Constantinople. Source : site ARTE

Si la nostalgie pointe, c'est juste pour un très court moment : le voyage est éreintant, les quarantaines assommantes - la peste rode encore en ce temps - il faut toujours quitter les amis à peine ceux-ci rencontrés, celle qu'on croit aimer se marie bien loin d'ici en cet instant, la mort peut nous saisir brusquement comme elle vient de le faire pour la très jeune, très belle et très talentueuse Malibran.
Car bien sûr en parlant des autres Andersen parle également de lui-même : sa vanité transparaît parfois - nul n'est parfait- mais  c'est surtout son attention aux autres, humains ou animaux, que l'on retient, comme son regard aiguisé  et son imagination rapide qui savent métamorphoser en un instant une cruche d'argile et une enfant :

"Je ne crois pas que j'aurais été bien surpris si le petit cheval d'argile, avec son oiseau derrière l'oreille, avait soudain pris vie, s'il avait grossi et s'était transformé en grand cheval capable de nous porter, la petite Zuleika et moi, et de nous enlever dans les airs, au-dessus de la mer de Marmara, et pas davantage si, à peine au sol parmi la myrte, la petite s'était transformée en grande jeune-fille, aussi ravissante qu'au temps de son enfance et aussi ardente que le soleil qui avait déposé ses rayons dans ses yeux noirs."

Un très beau voyage, donc, en très bonne compagnie, que je vous recommande vivement !


Merci à Nicole pour ce cadeau et merci, en tout premier lieu, à celui sans qui ce voyage nous serait probablement resté totalement étranger.

dimanche 9 février 2014

mercredi 5 février 2014

REPARER LES VIVANTS




Auteure : Maylis de KERANGAL
Editions :  Gallimard -verticales- 2014. 281 pages



Vingt-trois heures et cinquante-neuf minutes, voila le temps qui s'écoule entre le moment où Simon Limbres, dix-neuf ans, endormi dans les bras de Juliette,  est réveillé par l'alarme de son portable et celui où Claire Méjean, nouveau coeur dans la poitrine, plaie recousue, repose au bloc opératoire "le temps que son corps récupère", tandis  que "l'on range la pièce en démence" et que l'équipe, qui l'a opérée, tout comme elle le fera dans quelques semaines, retourne à la vie ordinaire.
Durant ce laps de temps, Simon aura retrouvé ses copains,  roulé avec eux jusqu'à la plage dans la vieille camionnette grimée "en van californien", revêtu ses "sous vêtements spéciaux en polypropylène" et sa combinaison, saisi son surf, vécu "entre la terreur et le désir", "la meilleure session de l'année".
La dernière de sa vie aussi.
Car il va mourir, si bêtement, quelques minutes ? heures ? après, et tandis qu'il repose, tout va brusquement s'effondrer pour ses parents, sa famille, sa copine, ses amis et tout s'accélérer pour ceux, médecins, chirurgiens, infirmiers, chargés justement de "réparer les vivants" et donc d'obtenir, aussi humainement que possible, le consentement des parents, puis d'effectuer tous les actes nécessaires à la répartition, au prélèvement, au transport, à la réimplantation des greffons : "Soit un foie, deux poumons, deux reins. Et un coeur."

Comme le rappelle synthétiquement un journaliste du "Monde des livres", la semaine dernière :

" Dans ce roman magnifique, l'écrivaine ne sépare jamais la technique de la poésie, la quotidienneté de la métaphysique ni l'intimité blessée de l'efficacité collective - celle des équipes médicales." 

Tout cela est vrai et je reconnais que c'est avec talent que  Maylis de Kérangal a su rendre notamment la solitude des parents, celle que connaissent tous ceux qu'un évènement dramatique sépare brusquement du reste du monde, ou la curieuse impression de décalage que l'on a tous ressentie, entrant dans un bloc opératoire, entre notre angoisse de ce moment pour nous exceptionnel et la banalité de cette journée - "encore un et on va se boire un café"- pour les soignants qui nous entourent.

Débutant le livre pleine d'enthousiasme - j'avais beaucoup aimé ses ouvrages précédents -  et en pleine connaissance de cause - je savais parfaitement de quoi il s'agissait - je me suis peu à peu refermée, refusant en quelque sorte de me glisser "dans le grand surf" qui nous est proposé, jusqu'à me glacer  à la lecture de la description clinique et quasi chorégraphique de l'opération de prélèvement.

Je me suis demandée  s'il était bien nécessaire d'entrer ainsi "dans la zone du secret", celle qui en fait nous protège et encore plus ceux qui, un jour, ont été ou seront confrontés à cette situation : dire "oui" et cette volonté, ici affichée, m'a mise profondément mal à l'aise. 

Réaction toute personnelle donc, comme celle de retrait devant peut-être trop d'éloges, ce piège, si désagréable, auquel nous nous laissons parfois attraper et qui nous laisse, déçus, alors que nous étions prêts à adhérer à une valeur plus mesurée.