lundi 24 juin 2019

BLOG, EN MODE ETE !


Ceci sera mon premier article... en mode "été".
Je sais que durant deux mois je n'aurai guère le temps d'écrire. Par contre recopier un texte qui m'a intéressée ou émue, partager quelques photos, souvenirs de bons moments, me semble encore à ma portée. Plutôt qu'une pause radicale c'est donc la formule que j'ai choisie pour cet été.

Premier texte donc, tiré du très émouvant recueil de textes que Joyce Carol Oates a regroupés sous le titre "Paysage perdu", dont Tania, nous avait parlé ici.

Ce paysage perdu, c'est celui de son enfance dans une  ferme de l'état de New-York, auprès de ses parents, qu'elle sait évoquer avec tant de tendresse et de respect. C'est le chemin d'une enfant devenue écrivain.



Joyce Carol Oates à Pâques, le 17 avril 1949. Photo Fred Oates.

Ce texte est adressé à sa mère Carolina Oates.

"Jonquilles, narcisses, tulipes, naissant des bulbes que tu avais plantés dans les parterres autour de la maison.
Pivoines rouges, pivoines rose pâle, spirées, zinnias. Lilas, azalées.
Poussant à l'état sauvage le long de la clotûre derrière la vieille grange, volubilis, pois de senteur et houx.
Sauvages et résistants comme les plus hautes des mauvaises herbes, des tournesols aux limites de la basse-cour.
Ta fleur favorite, les roses. Ta rose favorite, Double Delight.
Ton légume de jardin préféré, les tomates. Tes tomates préférées les First Ladies. 
Un  inventaire de nos vies.
Le monde perdu des lessives (campagnardes) : cordes à linge, draps, serviettes, pantalons, robes, sous-vêtements, chaussettes claquant au vent, un vent qui semblait incessant, comme cela paraît primitif aujourd'hui !
Et pourtant il y avait du plaisir dans la répétition, dans la familiarité même de la tâche. Prendre chaque pièce de la lessive, la secouer, la lisser, la fixer sur la corde par des épingles en bois. De ma petite chambre d'enfant au premier étage, au fond de la maison, je pouvais à tout moment regarder par la fenêtre la lessive sécher sur les cordes et y voir un reflet de notre famille, comme des silhouettes fantomatiques aperçues dans l'eau."



Le rosier Double Delight. Source : Promesse de fleurs.


Joyce Carol Oates
"Paysage perdu". De l'enfant à l'écrivain Récit.
Editions Philippe Rey - 2017 - 417 pages

6 commentaires:

  1. Bel été à toi. C'est une jolie formule que tu nous proposes. Je crois que mon blog est passée en mode été dès fin mai, ce sera des publications aléatoires aussi.

    RépondreSupprimer
  2. Ce mode été va me ravir, je le sens.

    RépondreSupprimer
  3. Heureuse que tu aimes aussi ce recueil, Annie. Merci pour ce passage et la rose, à laquelle je rendrai hommage bientôt. Je te souhaite un bel été, à ta ou ton mode ;-).

    RépondreSupprimer
  4. bonne idée je devrais faire pareil parce qu'en plus pendant l'été les visiteurs des blogs se font plus rares

    RépondreSupprimer
  5. C'est curieux, sans avoir jamais lu JCO, j'aurais bien deviné que cet extrait (le fin) venait d'elle !
    Je viendrai lire régulièrement vos "pages marquées" de l'été, merci Annie.

    RépondreSupprimer
  6. Merci pour ce bel extrait! Le plaisir de pendre et sécher le linge est si joliment écrit, si vrai aussi quand on prend le temps...
    L'été est toujours en pointillé comme tu dis, chez moi aussi.
    On se retrouvera de temps en temps, toujours avec grand plaisir ici!
    Amicalement.

    RépondreSupprimer

La sérénité, c'est important ! J'ai donc choisi la modération des commentaires pour vous éviter de perdre la votre, devant des photos floutées qu'il vous faut cocher pour prouver que vous n'êtes pas un robot. Dîtes-moi si cela marche !