jeudi 1 février 2018

UN SI PROCHE ORIENT





Auteure : Marie SEURAT
Editions : Grasset 1991 -219 pages-


L'Université du temps libre de ma petite ville propose cette année deux cours sur le thème de "La Syrie racontée par ses écrivaines".
Quatre livres sont donc au programme et les cours se déroulant au mois de mars, j'ai pensé, qu'il était temps de me mettre au travail. J'ai donc commencé par le premier de la liste, qui est également,  celui publié le plus loin dans le temps.
Il évoque, entre autre,  une  Syrie, aujourd'hui disparue puisque contemporaine de l'enfance et du début de l'adolescence  de Marie Seurat, née en 1949, ou plutôt de Marie Maamar Bachi, comme elle se nommait alors.

Autant le dire tout de suite, il ne s'agit pas de mémoires orientales baignant dans une douce nostalgie, mais plutôt du récit partiel d'une vie marquée par trop d'appartenances, par un drame majeur aussi : l'enlèvement par le Jihad islamique de son époux, Michel Seurat, le 22 mai 1985, son  décès en détention annoncé en mars de l'année suivante et les vingt années qui furent nécessaires, pour que le corps de celui-ci soit rapatrié en France.

Pourtant de Michel Seurat, il est assez peu question ici, même si son absence, plane sur tout le livre. C'est le décès en 1990 de son ami Jean-Pierre Thieck, orientaliste comme lui et soutien sans faille de Marie Seurat durant son épreuve, qui est à l'origine de celui-ci.


Qui suis-je ? Comment vivre, lorsque l'on est marquée par des identités multiples ? 

Pour moi telles sont  surtout les questions que se pose l'auteure, qui tisse sous nos yeux, le récit de sa vie, alternant les chapitres entre un hier oriental (Alep, Beyrouth) des lendemains mêlés (Oxford, New-York, Beyrouth), un aujourd'hui français, sans que jamais le lien avec ce "si proche Orient" ne soit jamais coupé.

Qui est-elle,  en effet, cette enfant gâtée d'une minorité chrétienne chassée d'Anatolie par les Kurdes ou les Turcs, née à Alep dans une famille de la haute-bourgeoisie, élevée par des nurses, puis dans une école chrétienne,  sous la haute-main de sa spectaculaire mère bardée de bonnes manières autant que de solides préjugés, adolescente  révoltée suivant sa famille à Beyrouth, provoquant père et mère  jusqu'à épuiser leur patience, jeune étudiante à Oxford, goûtant à la drogue, comme aux charmes de la gentry, graphiste à New-York, pour la revue Arab World, déclarant,  avec une certaine coquetterie, détester les livres tout en vivant  au milieu d'intellectuels...

Quant à la Syrie, "Terre monochrome et silencieuse" "prélude aux steppes de l'Asie", elle est décrite à hauteur d'une enfant qui mêle ses sensations, violentes et délicieuse aux certitudes, qui se révèleront si fragiles, des adultes qui l'entourent.

C'est un livre que j'ai trouvé très attachant "douloureux, indécent et d'une gaieté de funambule", comme semble l'être son auteure (ah les difficultés de l'écriture inclusive !),  agaçant parfois aussi, mais symbole également de courage et de désir de vivre.

"Vous avez la vie chevillée au corps", lui avait dit un jour un ami jésuite.

Cette vie,  Bien et Mal mêlés, Marie Seurat sait la rendre avec brio, dans un style vibrant, qui est l'un des grands charmes de cet ouvrage.





16 commentaires:

  1. j'ai lu ce livre à sa sortie, à l'époque l'histoire de Michel Seurat était dans toutes les têtes, j'avais aimé une partie du livre mais j'avais trouvé que Marie se mettait très en avant, certes elle avait souffert mais la disparition de son mari passait un peu au second plan, ceci dit ma lecture est très ancienne et mes souvenirs ne sont peut être pas parfaits

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce livre n'avait pas pour but de parler de son mari en effet, mais d'elle. Je me souviens d'avoir été à l'époque éblouie par le courage et la ténacité sans faille de Joëlle Brunerie Kaufmann et intriguée par Marie Seurat, qui semblait si douloureusement passionnée. Ce livre m'a éclairée à son sujet et confirmée dans mes sentiments d'alors.

      Supprimer
  2. Ce cours doit être passionnant. Je suis curieuse des autres lectures conseillées. J'avais noté un livre - récit de voyage, l'auteure est une voyageuse belge, Lieve Joris " Les Portes de Damas ".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce livre ne fait pas partie de ma liste ! A ajouter peut-être ?

      Supprimer
  3. Je l'ai lu à sa sortie, comme Dominique, et j'en garde à peu près les mêmes impressions. Je me souviens pourtant que j'avais beaucoup aimé son évocation de la Syrie, dont à l'époque je ne savais presque rien.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En effet, son évocation de la Syrie fait rêver... et pleurer à la fois quand on sait ce que l'avenir lui a réservé ! Bonne journée, Aifelle !

      Supprimer
  4. Quelle initiative intéressante venant de cette université!
    Cela fait plaisir de savoir qu'il y a au moins 4 syriennes qui ont écrit sur leur pays, ville, société.
    Bons cours Annie!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense qu'il doit y en avoir bien d'autres... Merci, Colo !

      Supprimer
  5. Trop d'appartenances ? Elles peuvent être une richesse, mais ce n'est pas la première qui montre la difficulté de vivre au croisement des cultures (je pense à "Désorientale" de Négar Djavadi et à Darina Al-Joundi dans "Le jour où Nina Simone a cessé de chanter"). Je suis curieuse de lire tes billets suivants.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense que c'est un sujet sans fin... Chacun réagissant comme il peut. Je note les deux livres que tu signales. Merci à toi, Tania.

      Supprimer
  6. Je le note, il entre dans une série après Asli Erdogan que je viens de terminer

    RépondreSupprimer
  7. Je fonctionne souvent comme cela, par séries...Un peu moins depuis que je tiens ce blog, pour ne pas lasser mes lecteurs et lectrices !

    RépondreSupprimer
  8. Je ne suis pas très attirée par la personnalité de cette femme d'après ce que tu en dis et les commentaires. Evidemment reste la découverte du pays tel qu'il était avant.
    Pas de références chez les syriennes mais j'aime l'iranienne Chahdortt Djavann.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ma réponse a une nouvelle fois disparu ! C'est vrai que l'on est souvent attiré par un type de personnalité ou plutôt, certaines personnalités nous font fuir, peut-être un peu rapidement ! Merci pour cette référence iranienne. Pour ma part j'aime beaucoup aussi les livres de Zoyâ Pirzâd, iranienne elle aussi.

      Supprimer
  9. "L'université du temps libre", chez nous on a l'université du troisième âge, elle a sans doute la même vocation. Cette personne «marquée par trop d'appartenances» est un thème qui m'intéresse. Je note ce titre et ce projet de la Syrie racontée par ses écrivains mérite qu'on s'y attarde.

    RépondreSupprimer
  10. Oui, ce sont les mêmes, mais on aime tellement les euphémismes ! C'est un beau thème et c'est un beau projet, qu'il faudrait creuser, car quatre livres, ce n'est pas grand chose.

    RépondreSupprimer