mercredi 26 février 2014

COMMENT VIVRE ?

Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse.



Titre original : "How to live  or A life of Montaigne in one question and twenty attemps at an answer" - 2010 -
Auteure : Sarah BAKEWELL
Traducteur : Pierre-Emmanuel Dauzat
Editions : Albin Michel -2013 - 489 pages

C'est bien sûr  Dominique, qui m'a donné envie de lire ce livre.
En lectrice hésitante de Montaigne, souvent saisi, jamais fini, je ne pouvais qu'être séduite par l'enthousiasme de son billet.
Autant le dire tout de suite je n'ai pas été déçue !

F. Quesnel. Montaigne vers 1588


Le titre est déjà en lui-même un plaisir :
"Comment vivre ?" Belle et profonde question, dont la gravité est cependant atténuée par le sous-titre, plus évocateur d'un manuel de développement personnel que de philosophie, propre à décomplexer ceux et celles, dont je suis, que le sujet, de prime abord,  pourrait effaroucher.

Vingt chapitres suivent, toujours précédés de la même lancinante question, suivie de vingt  réponses possibles , tout droit sorties de l'existence de Montaigne et du curieux ouvrage qu'il se mit à écrire, proche de la quarantaine, après avoir lui-même frôlé la mort et vécu la cruelle expérience, quatre fois répétée en neuf ans, de la perte de La Boétie et de celle de son père, de son frère et de son premier enfant, à peine celle-ci née.

Une page des Essais -1588-

Chacun peut y trouver son miel : du plus philosophe : "Ne pas s'inquiéter de la mort",  au  plus prosaïque et au plus économe de lui-même : "Faire du bon boulot sans trop", sans oublier le laborieux : "Lire beaucoup, oublier l'essentiel de ce que l'on a lu et avoir l'esprit lent",  le révolté : "Tout remettre en question", le vagabond : "Voir le monde",  le pragmatique : "Utiliser de petites ruses", le contradictoire : "Se ménager une arrière-boutique", "Être convivial : vivre avec les autres".

Mais  ce n'est pas tout ! 
Suivant l'exemple de celui qu'elle a découvert lors d'un voyage en train, parce que c'était le seul ouvrage en anglais que le libraire de la gare proposait,  Sarah Bakewell s'accorde les mêmes libertés que celles qu'il s'est toujours données : divaguer, sembler passer d'un sujet à l'autre.
Ainsi, si chaque chapitre est bien l'occasion de découvrir, pas à pas, le déroulement de la vie et de la pensée de Montaigne, c'est tout autant le moyen :
- de réviser  l'histoire de la philosophie antique ou un des aspects les plus sombres de notre vie nationale, les guerres de religion,
- de découvrir qu'elle fut l'accueil réservé en France à cet ouvrage admiré, mis à l'index, puis à nouveau adulé, mais également quel est son écho dans d'autres pays, comme en Grande-Bretagne, où il jouit d'un engouement tout particulier,
- de suivre les polémiques que ses différentes éditions entraînèrent,
- de partager l'admiration  que lui portèrent notamment Stéphane Zweig ou Virginia Woolf.
L'occasion enfin de mieux connaître ceux qui furent parmi ses plus chers, son ami La Boétie  et  Marie de Gournay, sa tardivement, "fille et disciple".

Quel fatras allez-vous peut-être penser.
Pas du tout !
Une belle tresse au contraire, parfaitement structurée, dont on suit chaque brin, de chapitre en chapitre. Une construction  rigoureuse adoucie par un style vivant et plein d'humour et quelques réflexions personnelles bien senties sur nos travers contemporains,
Une chronologie, une très riche bibliographie complètent en outre cet ouvrage, permettant ainsi à chacun de se repérer ou d'enrichir ses plus anciennes ou toutes récentes connaissances.

En refermant ce livre enjoué et profond à la fois, je n'avais plus que trois souhaits :
- partager mon admiration pour celui qui est au coeur de l'ouvrage et celle qui a su ainsi nous le faire découvrir avec autant de science que de talent,
- remercier à nouveau Dominique pour cette belle découverte,
- et bien sûr me mettre à lire, vraiment, "Les Essais"

Sarah Bakewell

10 commentaires:

  1. Tout à fait d'accord avec votre avis sur Montaigne, je trouve qu'il est l'expression du bon sens même et ses conseils sont difficilement discutables. Encore que pour la plupart, ceci dit sans vanité, il en est beaucoup que j'adoptais sans avoir dû lire le philosophe. Mais s'entendre conforter certains de ses avis par un tel maître procure une réelle satisfaction.
    C'est également par Dominique que j'ai approché mieux Montaigne, qu'elle en soit remerciée bien sûr. Et vous pour ce billet qui conforte les qualités du sieur Eyquem.

    J'ai acheté il y a quelques temps un livre du même style que le Bakewell sur Nietzschze et ce qu'il est possible d'en tirer pour vivre. Je dois encore le lire.

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    1. Alors, bonne lecture ! Surtout si cet ouvrage est aussi intéressant que celui-ci et aussi agréable à lire !

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  2. Superbe billet, qui confirme l'enthousiasme soulevé par cet essai. Sarah Bakewell ramène avec succès des lecteurs, anciens et nouveaux; à Montaigne (un peu comme Alain de Botton l'avait fait pour Proust avec "Comment Proust peut changer votre vie" ?)

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    1. Merci Tania. Oui c'est du beau travail, qui donne envie d'aller plus loin. Une vraie réussite !

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  3. Lovely post, Annie! I'm so glad you enjoyed this. It sounds like it would be quite interesting on many levels.

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    1. Yes, it is, Suko and I'm sure you'ld like it.

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  4. Je l'avais déjà noté chez Dominique, j'attendrai qu'il sorte en poche pour l'avoir à mon entière disposition :-)

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  5. J'espère que cela se fera rapidement, Aifelle. Mais tu as raison c'est un livre que l'on a envie de conserver avec soi, parce qu'on l'a aimé et qu'il est bien possible qu'on y retourne pour le plaisir ou pour approfondir un point ou l'autre.

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  6. Je l'ai terminé, après l'avoir lu trois fois. J'ai quelques petits bonheurs du jour en réserve !

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  7. C'est en effet une mine ! Je les attends avec impatience.

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