samedi 20 août 2011

EMPORTEE



Auteur : Paule du BOUCHET
Editions : Acte Sud 2011
Récit -109 pages-

Le 4 septembre 1999, Tina Jolas, emportée par un cancer a quitté définitivement sa fille, Paule du Bouchet. Quarante-deux ans plus tôt, emportée par la passion qui l'unissait au poète René Char, elle avait déjà quitté enfants et mari.

Entre ces deux moments, Paule du Bouchet n'a voulu qu'une chose, en vain, que sa mère lui revienne. Une mère adorée, admirée, désirée, que rien ne fit plier, ni les larmes, ni les maux de ventre, ni les opérations ni les tentatives de suicide : il ne fallait pas l'appeler "c'est à dire la solliciter ailleurs, occuper sa pensée qui doit être toute à lui", " Elle est dans le cercle implacable de son bonheur". 
Même la mort de Réné Char en 1988  n'a rien changé : 
" "Enfin!" En ce jour de février où maman m'a dit au téléphone la voix brisée : "René est mort!", 
j'ai pensé je crois : "Enfin elle me revient". Elle ne m'est jamais revenue car elle est partie avec lui".

En commençant ce récit, Paule du Bouchet souhaitait donner à sa mère "la sépulture qui doit être la sienne"
Je pense qu'elle y est arrivé, avec un  amour inaltéré, par des chemins détournés où se mêlent, l'évocation de son enfance et de sa jeunesse ravagées et l'image lumineuse mais aussi effrayante d'une femme, qu'au lendemain de sa mort, son mari décrit si bien  :
"Tant qu'elle était au monde sa grâce était si puissante que tout pouvait s'oublier. A présent qu'elle n'est plus là, toute la face noire, toute la souffrance revient prendre la place. Je suis trop fatigué. Ne me parle plus d'elle."

Souffrance,  le mot est lâché.  Elle parcourt tout le récit. 
Pour ma part, j'ai  surtout été touchée par celle de l'enfant, qui  a vécu, depuis ses six ans "dans une imminence de départ toujours dans l'air""Ma mère partait tout le temps", "toujours trop tôt, trop tôt alors que je ne dormais pas encore, trop tôr alors que nous n'avions pas fini de dîner, trop tôt alors que je n'étais pas partie en vacances. Trop tôt pour mourir". Une enfant si marquée par sa peur de l'abandon, qu'à onze ans, tous rites du coucher accomplis, elle suit en chemise de nuit sur la lande, sans se faire voir,  son père, dans sa promenade du soir. Une enfant, devenue adulte consciente aussi  "de la terrible rivalité" qui l'unissait à René Char, celle "d'une appropriation désespérée, dont l'enjeu paraît fatal à chaque étape et à chacun, "lui" et moi, mais qui n'est pas de même nature. A la fois celui d'une passion incommensurable et celui d'un drame d'enfant." Consciente aussi qu'elle a certainement utilisé sa souffrance "comme un argument, un levier qui a justifié tous mes errements, tout le poids que j'ai fait peser à ceux qui m'aimaient, elle en particulier, ma mère."

Je trouve émouvant de savoir, que Paule du Bouchet, pianiste et philosophe, responsable du département Musique de Gallimard Jeunesse et de la collection "Ecoutez lire", est également  l'auteur d'une vingtaine de livres pour enfants. 
J'ai bien envie de les lire !





2 commentaires:

  1. Je suis heureuse que ce livre t'ait "emportée" à ton tour. Tu as su très bien en extraire les phrases significatives, mais elles le sont toutes dans ce texte remarquable. J'ai moi aussi été touchée avant tout par la souffrance de la petite fille.

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  2. Je ne comprends pas qu'une femme ne puisse exister en dehors du regard d'un homme. Pour moi c'est une aliénation. Et ne pas s'occuper de son propre enfant est impardonnable. Je suis peut être un peu bornée, d'ailleurs, je le reconnais.

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