vendredi 15 avril 2011

CHARLOTTE PERKINS GILMAN ET HERLAND

Comme j'ai tenté de l'expliquer dans mon billet en anglais de lundi, la lecture d'"Herland" de Charlotte Perkins Gilman, a été pour moi une expérience curieuse mais très intéressante : lire, dans une langue que l'on ne maîtrise pas totalement, un livre dont on ne connaît ni l'auteur, ni la date de parution, dont le titre a priori n'est pas clair et dont le sujet vous reste totalement inconnu !
La seule chose que je savais c'est que l'on parlerait de femmes, puisque cet ouvrage est proposé dans le cadre du challenge "A year of feminist classics" et ces femmes par beaucoup de points m'ont ravie.

Pour commencer il faut dire quelques mots sur la vie riche et tourmentée de l'auteur, car elle éclaire son travail.


Charlotte Perkins Gilman  est née en Nouvelle-Angleterre, le 3 juillet 1860. Gravement malade, elle s'est donné la mort le 17 août 1935.
Issue de la bourgeoisie intellectuelle - sa tante, Harriet Beecher Stowe est l'auteur de "La case de l'oncle Tom"-, active dans les mouvements sociaux,  féministe , elle a fondé et animé des revues, écrit de nombreux articles et essais ("Women and Economics"), des romans, des nouvelles ("The yellow wallpaper") et des ouvrages de poésie.
Après son premier mariage et la naissance de sa fille, souffrant de dépression, elle a refusé le traitement qui lui était proposé - enfermement,  limitation de ses lectures et interdiction d'écrire !- puis est partie en Californie, laissant derrière elle mari et enfant, ce qui ternira durablement sa réputation.
Elle se décrivait elle -même comme socialiste et humaniste, pensant que  la société doit changer  mais que ce ne sera possible que lorsque les femmes auront acquis leur indépendance.
Et par "indépendance" elle pensait à des changements profonds "physiques, intellectuels, spirituels et sociaux", car elle considérait que "les femmes ne sont pas des hommes sous-développés", mais que , contraintes par le poids des conventions sociales, elles constituent "la moitié de l'humanité formée d'humains sous-développés". 


"Herland", roman utopique publié en 1915, est donc une illustration des thèses de Charlotte Perkins Gilman. 
Trois jeunes américains (hommes), poussés par la curiosité et la recherche d'aventures qu'ils imaginent romanesques, entament l'exploration d'un pays totalement isolé,  uniquement peuplé de femmes.
Ils vont découvrir un monde idéal, ignorant les conflits et la guerre, construit par des femmes qui peuvent être simplement elles-mêmes, libérées qu'elles sont des contraintes du patriarcat. Donnant à leur tour naissance, par parthénogenèse, uniquement à des petites-filles, elles sont à la fois de très bonnes mères pour tous ces enfants et des femmes libres de développer tous leurs talents, physiques, pratiques, intellectuels, ou spirituels.
Devant leurs principes doucement mais fermement contestés (ou plutôt foncièrement ignorés), nos trois aventuriers vont évoluer chacun à leur manière. Vers plus de "féminité" pour les uns, vers une virilité réaffirmée pour le troisième,  alors que tout ici infirme ce qu'elle soutend.

Ce que j'ai bien aimé :
- Les vérités assenées !
- Le ton du livre : nous sommes dans l'utopie et Charlotte Perkins Gilman  s'en donne à coeur joie : puisque l'on rêve, rêvons jusqu'au bout et livrons une vision d'un monde où l'intelligence, la bonté, le respect de l'autre sont vécus au quotidien.
- Le joyeux fouillis des thèmes traités : place des femmes et des hommes, religion, pédagogie, écologie...
- Le sentiment de liberté que m'a procuré la description de femmes libérées des modes, de la nécessité de plaire et du "comme il faut", responsables et solides et reconnues comme telles, exerçant leur intelligence et leurs talents, ne connaissant ni timidité ni sentiment quelconque d'infériorité.
- Les caractères contrastés des trois jeunes hommes et particulièrement, pour en rire, celui, savoureux dans ses certitudes malmenées, du bouillonnant Terry.

Ce que j'ai moins aimé :
- Le poids écrasant de la maternité  -"Motherhood" !-
- L'accablante absolue perfection de ces femmes intelligentes, sensibles, belles, efficaces et j'en oublie !

C'est à nouveau une belle découverte !


 Il n'existe pas de traduction française intégrale d'"Herland", mais, armée d'un bon dictionnaire, j'en ai trouvé la lecture assez facile. 
Seul le premier chapitre a fait l'objet d'une traduction  par Katherine Roussos sous le titre "L'aventure"et a été publié en 2010, dans la revue "Le champ des lettres" n°1.
Par contre on trouve aux éditions "Des femmes" (2007), une traduction de la nouvelle "The yellow wallpaper" - sous le titre "Le papier peint jaune".

4 commentaires:

  1. C'est passionnant. On voit bien le fonctionnement de l'utopie ici et sa fonction, c'est une sorte de démonstration a contrario, mais forcément toujours faussée car la nécessité de plaire ne vient pas seulement des hommes mais de la relation amoureuse. Elle peut prendre différentes formes. En tout cas, le personnage est vraiment intéressant : une femme qui laisse son enfant et son mari ce n'est pas si courant; elle a dû encourir l'anathème de la société bien-pensante. Ce serait une bonne occasion de me remettre à l'anglais. En tout cas, ce genre de réflexion forcément me passionne. J'aime vraiment beaucoup venir lire tes articles.

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  2. Chez toi j'en apprends à tous mes passages, je ne connaissais absolument pas cette écrivain même aux temps lointains maintenant où j'avais le temps de lire à outrance!

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  3. A great review. I very much admire your willingness to tackle books in English! (I feel quite lazy.) I would like to come back to this challenge at a time when I'm not so busy. I've bookmarked this post and and some others I've seen reviewed on your site and others for such time as I'm a little more caught up.

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  4. Vous avez aimé lire
    Charlotte PERKiNS GiLMAN et Monique WiTTiG?
    vous devez lire
    UNE TERRE À ELLES
    vers un féminisme du possible
    de Kate ROSE
    docteur en Lettres modernes de l’Université de Montpellier III
    professeur à l’Université Chinoise des Mines, de Xuzhou (Chine)

    Souscription sur internet en cliquant sur : http://www.bordulot.fr/detail-une-terre-a-elles-171.html

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