mardi 8 janvier 2019

LE NOËL DU COMMISSAIRE RICCIARDI




Titre original : " Per mano mia"
Auteur : MAURIZIO DE GIOVANNI 
Traduction : Odile ROUSSEAU
Editions : Rivages/noir -2018- 364 pages

Chaque mois de décembre, j'aime aller à la recherche de ces romans de Noël, que les éditeurs ne manquent pas de nous proposer pour cette occasion : Charles Dickens, Selma Lagerlöf, Agatha Christie, Anne Perry sont souvent sollicités, avec pour résultats de belles découvertes, des retrouvailles sympathiques ou de franches déceptions.
Cette année je n'ai même pas eu à me mettre en quête. C'est Maryline qui m'a apporté sur un plateau, ce " Noël du commissaire Ricciardi", cinquième volume d'une série commencée par le cycle des saisons , qui se poursuit par "Les Pâques" du même héros.


L'enfant-Jésus et Joseph. Source : lombrail-teucquam.com

J'ai passé, un bien agréable moment.

Il faut dire que de nombreux ingrédients se conjuguaient pour assurer celui-ci :
- Un grand dépaysement dans l'espace et le temps : Naples, en hiver - un guide et un plan sous les yeux ne seraient pas inutiles-  et un moment  - 1931- où l'ordre fasciste resserre son étau sur la ville.
- Des personnages principaux attachants : le  jeune commissaire Ricciardi, beau avec sa mèche rebelle  qui lui tombe sur le front, aristocrate qu'une vieille tante couve et martyrise à la fois, une âme nostalgique, poursuivie autant par son triste passé que par le don étrange qui lui fait ressentir  souffrances et pensées de ceux qui viennent brutalement de quitter la vie. Son fidèle adjoint Maione, père de famille quinquagénaire, blessé par le drame récent, qui le lie indéfectiblement à son supérieur.
- Une valse hésitation amoureuse, entre tendresse et de tristesse.
- Une intrigue étrange : un couple  de petits notables du régime, assassiné à la veille de Noël et des coupables potentiels trop évidents, symboles de la violence des temps : misère, calomnie et délation triomphantes.
- Et pour terminer, Noël bien sûr et ses traditions napolitaines, : menus de fête - fusilli à la viande, capitone, une "énorme anguille à la machoire proéminente", flanchet de veau en bouillon,  et les scauratielli, des "beignets en forme de petites tresses"-  et au-dessus de tout la crèche.


Crèche napolitaine du XVIIIe siècle. Source : regardantiquaire. canalblog.com

Aussi curieux que cela puisse sembler, c'est elle, qui est au coeur du roman et de l'intrigue. Elle, qui comme en Provence, s'enrichit chaque année d'un santon supplémentaire, elle, dont chaque personnage et chaque élément du paysage cache un symbole et permet un enseignement :

"Elle est le triomphe de foi dans la vie de tous les jours, avec les symboles de ce en quoi nous croyons qui se mêlent au quotidien. Et elle sert à faire comprendre aux enfants que Dieu, la Madone et les saints nous voient toujours, quoi que nous fassions et que par conséquent nous devons nous comporter selon Leur volonté, même lorsque nous pensons être tout seuls."

Certes...


Crèche napolitaine : chanteur. Source : holyart.fr

Poursuivant sur ma lancée, j'ai attaqué le cycle des saisons, en commençant par celle qui inaugure la série, l'Hiver. Mais cette fois point de crèche, mais l'opéra et ses chanteurs, au centre du mystère. Puis j'ai continué par le Printemps et j'y suis encore : intrigue plus confuse me semble-t-il,  multiplicité des passions, et toujours misère et violence de la plus banale - racontars et insultes - jusqu'à la plus sanglante - mutilation et meurtre -.

Je crois qu'avant de poursuivre je ferai une pause et tire de ces lectures un peu désordonnées, quelques enseignements :
- Si chaque roman forme en lui-même une entité, il vaut mieux cependant commencer par le premier, en introduisant peut-être celui de Noël avant le suivant ( à vérifier après avoir lu toute la série !), car l'histoire couvre une seule année, avec tout ce que cela implique, en termes d'évolution des personnages et de leurs rapports.
- Il est préférable  également me semble-t- il, ne pas tout lire à la suite, afin d'éviter les redites nécessaires à la lecture indépendante de chaque roman, mais un peu lassantes lorsqu'on lit la série de bout en bout.

Mais cela reste des points de détail.

Un univers original, entre réalité et moments oniriques, un contexte historique passionnant, un cadre géographique qui fait rêver,  des références culturelles enrichissantes, beaucoup de sensibilité, cela ne se refuse pas !


21 commentaires:

  1. Oh, belle surprise, je suis ravie. Tu as été quelque peu gourmande durant ces fêtes de fin d'année, c'est vrai qu'en enchaînant les romans, il y a des redites puisque qu'il y a des rappels. Ce que je n'ai pas subi car je suis lente... J'ai lu également ce titre de Noël durant les fêtes, avec toujours autant de plaisir. J'espère qu'il ne t'a pas trop dévoilé l'intrigue du précédent ( l'Automne, parmi les meilleurs à mon goût ). Nous arrivons en 1932 avec ce Noël, j'ai l'impression que l'auteur va suivre le cours du temps, ce qui me réjouit. J'ai beaucoup aimé dans ce titre cette attention portée aux crèches, les crèches napolitaines réputées, avec le regret de ne pas avoir visité le musée dédié à Naples ( c'était l'été, nous avons fait d'autres choix ). Maintenant, je vais gentiment attendre le printemps pour lire Pâques.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est en effet un plaisir de voir qu'on fait école ! Encore merci à toi !

      Supprimer
  2. Il me semblait bien avoir vu cette série chez Maryline. Tu confirmes ses qualités

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout à fait. J'aime particulièrement l'association d'un thème à l'intrigue, comme c'est le cas dans Noël et l'Hiver.

      Supprimer
  3. Tu me fais découvrir ce romancier dont le roman présente d'autres atouts que l'intrigue policière, si je comprends bien.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout à fait Tania, tout au moins dans les deux premiers que j'ai lus : Noël et l'Hiver.

      Supprimer
  4. Je découvre et note immédiatement ! Merci. Je vais suivre vos conseils et lire dans l'ordre chronologique cette série italienne.
    Bonne journée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense que c'est mieux, en laissant un peu de temps entre chaque tome. Pourquoi pas saison après saison ?

      Supprimer
  5. Jamais entendu parler de cette série, mais elle a tout pour me plaire. Et si tu as passé un bon moment, pourquoi m'en priverais-je?:-)

    RépondreSupprimer
  6. This series has probably not been translated to English, because I’m sure I’d have heard of it as this is a genre I enjoy. A good detective story with a strong sense of place .. and a little history education also. And it is fun , I agree, to find Holiday reading at the right time!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. The series is translated in English. You can find on Amazon (and kindle too !). Good read to you !

      Supprimer
  7. j'ai vu ce commissaire sur un blog je crois mais je n'ai jamais rien lu, j'aime bien le mélange entre le polar et la petite histoire d'une région
    je note pour un jour prochain

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est sur le blog de Maryline. Voyager dans son fauteuil est toujours agréable, je te comprends !

      Supprimer
  8. Je suis intéressé par le maquettisme, la crèche sur votre photo m'attire comme toutes les créations miniatures de ce genre que l'on voit en période de Noël. Elle font partie de la féerie des fêtes, l'enfance remonte. Ajouter un personnage chaque année,c'est magnifique.
    Je ne suis pas certain d'entamer ces cinq récits mais vous les avez si bien partagés que je les garde en mémoire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'apprécie particulièrement les crèches. Je viens juste d'en ranger six, de de tailles et de formats différents. Ma mère en a également une superbe, qu'elle "fait" chaque année dans un joli décor... Cela ressemble donc à une passion ! Merci pour votre gentille conclusion.

      Supprimer
  9. C'est vrai qu'on aime bien retrouver entre la réalité et la fiction quelques ponts...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je trouve cela bien plaisant. Cela peut devenir un jeu ensuite de marcher dans les traces des personnages dans un cadre donné. Bon dimanche, Anis !

      Supprimer
  10. J'ai toujours besoin d'avoir la tête et les mains dans la réalité, alors je ne peux qu'approuver ta réflexion !

    RépondreSupprimer
  11. Bonjour Annie, le Noël et les Pâques m'attendent... J'avais beaucoup le cycle des saisons avec son commissaire et le contexte histoire de 1931 en plein fascisme. Il faut dire qu'il n'y a jamais de vrai "happy end" dans ces romans. Bon dimanche.

    RépondreSupprimer
  12. Nous avons le même rituel. Je saurai donc où venir trouver des idées si besoin.

    RépondreSupprimer

La sérénité, c'est important ! J'ai donc choisi la modération des commentaires pour vous éviter de perdre la votre, devant des photos floutées qu'il vous faut cocher pour prouver que vous n'êtes pas un robot. Dîtes-moi si cela marche !