jeudi 21 février 2013

TERRES DE SANG. L'Europe entre Hitler et Staline.





Titre original : "Bloodlands. Europ between Hitler and Stalin"
Auteur : Timothy SNYDER
Traducteur : Pierre-Emmanuel DAUZAT
Editions  : Gallimard - 2012- 628 pages-

Autant vous le dire tout de suite, ce n'est pas à une lecture facile que je vous invite aujourd'hui. C'est une lecture qui m'a laissée sidérée, jour après jour, chapitre après chapitre et aujourd'hui encore alors que je tente d'en rendre compte.

Il ne s'agit pas d'un roman mais d'un livre d'histoire, écrit magistralement par un professeur de l'université de Yale, doublé, à n'en pas douter, d'un humaniste, qui a choisi d'analyser de quelle manière, entre 1933 et 1945, au coeur de l'Europe centrale, deux régimes totalitaires, le communisme version stalinienne et le nazisme, ont délibérément conduit des politiques de meurtres de masse, qui ont abouti à la mort, de plus de 14 millions de personnes, prisonniers de guerre et civils.

Ce qui fait  l'intéret  de ce livre c'est tout d'abord le parti choisi par l'auteur de centrer son étude sur le territoire que convoitèrent successivement, les régimes stalinien et nazi et dont ils firent, le lieu de leurs utopies mortifères. "Les terres de sang" c'est tout l'espace formé par la Pologne centrale, les pays baltes, la Biélorussie, l'Ukraine, la bordure occidentale de la Fédération russe, jusqu'à l'actuelle Léningrad. Pour son malheur il s'agissait également de l'espace où vivait depuis des siècles, la très grande majorité des juifs d'Europe.
C'est ensuite l'extrême richesse de sa documentation : documents d'archives, études historiques, ouvrages philosophiques, mais aussi romans, journaux intimes, articles, pas moins de 50 pages de bibliographie... dont l'auteur a su tirer une magistrale synthèse,
Mais c'est aussi le ton adopté, un mélange d'objectivité scientifique, de passion quasi militante : il faut que ces choses soient dites, et de volonté permanente  de rappeler que ces 14 millions d'individus ne sont pas une masse indistincte, mais quatorze millions de fois un être humain, hommes, femmes, enfants, quatorze millions de fois une identité.

Je suis  ressortie  de la lecture de ce livre, plus riche en connaissances :  tout ce que  je savais a été  ordonné, hiérarchisé et surtout complété par la somme des faits que j'ignorais et peut-être plus encore par la découverte des logiques effrayantes de leur enchaînement.
J'en suis bien sûr également ressortie, effrayée par cette évidence : nous, êtres humains, sommes capables de cela,  autant de cruauté, autant de cynisme, autant d'aveuglement, autant de lâcheté.
C'est un grand mystère, dont il faut se souvenir constamment, chaque fois que nous nous sentons prêt à considérer "l'autre" comme moins humain que nous-même, c'est à dire, souvent !



Pour compléter cette lecture où aborder les mêmes faits d'une autre manière, je vous conseille très vivement de lire le très beau livre de Daniel Mendelsohn "Les disparus" ("The lost") paru en France en 2007. 


Il aborde les mêmes évènements de manière très personnelle, puisqu'il s'agit de l'enquête qu'il a menée pour retrouver la trace de son grand-oncle disparu avec toute sa famille famille, en Ukraine, durant cette période.
On comprend mieux en le lisant, le poids toujours actuel de ces évènements sur ceux qui en ont été témoins, ceux qui en ont été acteurs, ceux qui en sont réchappés, et même sur ceux qui en ont tout ignoré pendant très longtemps. 
 












    

12 commentaires:

  1. Je ne me sens pas vraiment prête à me lancer dans ce genre de lecture en ce moment, même si je ne doute pas de son intérêt. J'avais beaucoup apprécié "les disparus". Je connaissais mal cet aspect-là de l'histoire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je le comprends, Aifelle. En ce moment (notamment après un séjour à Berlin) c'est une période de l'histoire qui me passionne et dont hélas, je ne cesse pas de découvrir les facettes plus cruelles les unes que les autres.

      Supprimer
  2. It is frightening what humans can be capable of. And this was such an incredibly sad chapter (out of many)...and this one of course during our lifetimes. One must hope that things will improve someday somehow.

    I applaud you for tackling this book and am more than a little ashamed of myself that I do not have the strength of character to do so.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Yes, we have always to hope that things 'll improve. But, sometimes, we are afraid that they wo'nt...

      Supprimer
  3. Wonderful review, Annie. This book sounds profound.

    RépondreSupprimer
  4. ah .... des lectures "pas-pour-moi-en-ce-moment" ! J'ai plutôt besoin d'un espace dse lectures bonbon-réconfort... du coup je pioche à droite à gauche des choses légères qui me permettent de m'évader des soucis.
    Par contre j'avais lu l'année dernière les écrits d'Etty Hillesum et j'avis été fascinée par cette jeune femme.
    Passe une très belle fin de semaine !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends ! Mon problème en ce oment est que j'ai du mal à lire des choses légères; Elles m'ennuient vite, je ne sais pas pourquoi. Très bon dimanche !

      Supprimer
  5. Oui, c'est vraiment une tragédie de l'histoire pour ces peuples qui ont tant souffert. Malheureusement on ne tire guère des leçons de l'histoire. Il n'y a pas vraiment de progrès moral.

    RépondreSupprimer
  6. C'est pour cela , je pense qu'il faut continuer à lre sur ce sujet et à en parler et qu'il faut surtout être vigilante !

    RépondreSupprimer
  7. Terres de sang m'a énormément impressionné, on a beau connaitre séparément les évènements cette mise en perspective est frappante, glaçante et pourtant indispensable
    Je ferai un billet dans quelques temps à travers un thème mais ce livre est pour moi LE livre de l'année 2012

    RépondreSupprimer
  8. Je l'attends avec impatience ! Pour moi, tu l'auras compris, c'est en effet un grand livre, un de ceux qu'il faut absoluement lire, même si c'est aussi un exercice difficile.

    RépondreSupprimer