lundi 23 mai 2011

UNE CHAMBRE A SOI 2/3


Mary Seton, car ainsi s'appelle notre narratrice, invitée qu'elle ait à s'exprimer sur "Les femmes et le roman" s'interroge beaucoup : 
"Pourquoi les hommes boivent-ils du vin et les femmes de l'eau ? Pourquoi un sexe est-il prospère et l'autre si pauvre ? Quel est l'effet de la pauvreté sur le roman ? Quelles sont les conditions nécessaires à la création des oeuvres d'art ?" 
A cette question, au moins, elle a une réponse : 
"Il est indispensable qu'une femme possède quelque argent et une chambre a soi si elle veut écrire une oeuvre de fiction".
Tout le livre va consister à expliquer comment elle est arrivée à cette conclusion.

 Le chemin est long et difficile et l'entraîne à développer de nombreux thèmes :
- ce que les hommes ont dit et disent des femmes,
- colère et créativité,
- accès à l'éducation,
- histoire de la littérature féminine,
- circonstances sociales qui entourent celle-ci,
- écriture féminine,
- androgynie...

Pour moi, qui ne suis ni une romancière ni une artiste, mais simplement une femme de soixante-et-un ans qui essaye de comprendre pourquoi le chemin semble encore si dur pour la plupart d'entre-nous, j'ai  surtout été touchée par le lien qui est fait entre le mépris encore affiché pour les femmes, la colère que nous ressentons et parfois exprimons,  l'absence de confiance en soi que cela entraîne et les difficultés que nous pouvons avoir.

Certes, aujourd'hui, ces propos pourraient difficilement être tenus :

"Nick Greene, pensai-je, me remémorant l'histoire  que j'avais inventée à propos de la soeur de Shakespeare, disait qu'une actrice lui faisait penser à un chien qui danse. Johnson, deux cents ans plus tard, répéta cette phrase en l'appliquant aux femmes qui prêchaient. Et voici, dis-je ces mêmes mots appliqués, en cette année de grâce 1928, aux femmes qui essayent de composer des oeuvres musicales. "A propos de  de Mlle Germaine Tailleferre, on ne peut que répéter les paroles du Dr Johnson concernant une femme prêcheuse, en les transposant en termes de musique : Monsieur une femme qui compose est semblable à un chien qui marche sur ses pattes de derrière. Ce qu'il fait n'est pas bien fait, mais vous êtes surpris de le voir faire "

Mais en l'an de grâce 2011, je suis certaine de chacune d'entre-nous peut encore citer la phrase, qui l'a laissée sans voix, bloquée dans un projet quand ce n'est pas dans le cours de sa vie, propulsée dans  la colère ou  mieux dans l'action -alors que peut-être elle aurait préféré écrire de la poésie...-


J'ai l'impression que quatre-vingt ans plus tard, une partie d'entre-nous a gagné l'indépendance financière, certaines conquis "une chambre à soi", mais combien ont vraiment"cette liberté d'esprit", cette confiance en soi forte et tranquille, qui seules à mon avis permettent d'être et de créer, chacune à sa mesure.

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1 commentaire:

  1. C'est sûr, mais beaucoup de femmes ne veulent pas s'attarder sur ce fait. les histoires d'amour sont très difficiles, les rapports avec les hommes difficiles parfois parce qu'ils nous demandent d'être tout à la fois, mais surtout de continuer à faire le ménage. J'ai entendu un homme dire lors d'une séparation avec sa femme qui lui reprochait de l'aider très peu à la maison, vous râlez mais vous le faites quand même ! Quel cynisme et quel c...! Oui , les femmes françaises n'élèvent pas beaucoup la voix et elles se plient beaucoup aux désirs des hommes parce qu'elles veulent absolument être aimées. Quand je vais manger chez des amis, ce sont très souvent les femmes qui se lèvent pour aller à la cuisine. Elles le font, elles ne disent rien, ça leur paraît normal, ou alors elles savent que ce serait une guerre sans fin. Elles achètent la paix sociale, se juchent sur des talons aiguilles, portent des mini-jupes, des décolletés vertigineux, pour être désirées, pour avoir la "chance" d'avoir une vie amoureuse et ne pas se faire larguer à 40 ou 50 ans.

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